Sport
Nawal El Moutawakel: "Le moment de remise de la médaille à El Bakkali était spécial"
04/08/2021 - 23:08
SNRTnewsDepuis Tokyo, l’ex-championne olympique et membre de la Commission internationale olympique, Nawal El Moutawakel, a fait part à SNRTnews de ses sentiments suite au triomphe du champion Soufiane El Bakkali qui a remporté la médaille d’or du 3.000 m steeple. L’ex-championne olympique s’est étalée, dans cet entretien exclusif, sur les détails de sa rencontre avec Soufiane El Bakkali et du moment de remise de la médaille d’or.
SNRTnews: Quelles émotions avez-vous éprouvées en regardant le champion Soufiane El Bakkali triompher au 3.000 m steeple ?
Nawal El Moutawekel: Croyez-moi, les émotions que j’ai ressenties en ce moment-là étaient indescriptibles. Les émotions se mélangent lorsque tu regardes ton compatriote gagner la course et remporter la médaille d’or. Notre âme était en transcendance alors que nous suivions son parcours en course.
Vous étiez-vous rencontrés avant la remise de la médaille ?
Effectivement. Je l’avais rencontré (Soufiane El Bakkali) durant la matinée précédant la remise de la médaille d’or. Il a partagé avec moi ses sentiments à la veille de la course finale. Il avait beaucoup souffert, d’autant plus qu’il s’inquiétait profondément de l'idée de perdre le titre. Tout de même, il m’a annoncé qu’il avait une forte volonté de relever le défi, d’autant plus qu’il était parmi les tout derniers athlètes marocains n’ayant pas encore participé aux compétitions et qu’il était bien conscient qu’aucun de ses collègues ayant déjà pris part aux compétitions n’avait remporté une médaille.
Cette nuit, il ressentait, comme il me l’a dit, que les attentes de toute l’équipe olympique nationale dépendaient de lui. Il m’a ainsi raconté qu’il se disait que c’est une chance unique.
El Bakkali avait déclaré qu’avant que la médaille ne lui soit remise, il a reçu plusieurs appels de la part d’ex-champions. Vous a-t-il parlé de cela ?
Tout à fait. L’un des points qui m’ont intrigué lorsqu’il me contait les événements de la veille de la finale était qu’il avait reçu un appel de la part du champion Hicham El Guerrouj et que ce dernier l’a encouragé et motivé. Il m’a dit que la conversation avec El Guerrouj a boosté sa confiance en soi et lui a procuré une charge positive qui l’a stimulé à aller de l’avant. "Je me disais que c’est une opportunité unique, car les Jeux olympiques sont organisés une fois tous les quatre ans", m'a-t-il affirmé.
Comment qualifiez-vous la performance d’El Bekkali lors des Jeux olympiques ?
Tout d’abord je dois dire que Soufiane s’est entièrement investi, moralement comme physiquement, et a fourni tout son effort afin de rendre hommage au sport marocain et préserver la fierté nationale. Il est classé aux premiers rangs au niveau de sa course. Du point de vue technique, sa prestation était excellente et son triomphe a été bien mérité. En plus d’avoir brisé la domination kenyane et éthiopienne sur le 3.000m steeple, sa performance a poussé tous ceux qui suivaient la finale au podium à se mettre debout et saluer ce champion.
Tout court, sa performance était à la hauteur. Il a parcouru la course avec délicatesse et une intelligence sans pareil. En outre, Soufiane représente, à mon avis, le profil du champion exemplaire avec un esprit sportif, éthique et humanitaire. Cette impression est partagée par tous ici à Tokyo.
Qu’en est-il de votre deuxième rencontre lors de la remise de la médaille ?
Je ne vous cache pas que ce fut une rencontre émotionnelle par excellence. J’ai pleuré, et lui non plus n’a pas pu retenir ses larmes. Nous étions très touchés par cette rencontre, car c’était un moment émouvant, surtout avant qu’il monte au podium. La médaille a été remise par une Marocaine à un Marocain. Bien que j’aie remis des médailles à plusieurs autres champions, cette fois-ci était spéciale et avait un goût particulier. Ce moment a été tant attendu et l’attente fut dure.
Nous attendions avec impatience de voir le drapeau marocain flotter haut dans le ciel à l’occasion de ce grand évènement mondial. Puis est venu Soufiane réaliser ce qu’aucun autre athlète marocain n’a pu faire. Grâce à lui, l’hymne national a été joué et le drapeau marocain hissé. Ce triomphe avait une grande valeur aux yeux de tous les Marocains. Personnellement, je considère qu’El Bekkali a réalisé le rêve de toute une nation, voire de tout un continent.
Nous sommes chanceux d’avoir ce champion, et d’avoir réalisé cette victoire que nous dédions à SM le Roi qui soutient les champions marocains et leur accorde beaucoup d’attention.
Que représente cette victoire pour le sport au Maroc ?
Ce triomphe est très important et nous devons lui accorder toute l’importance qu’il impose. Cette victoire est importante pour nous, mais elle l’est encore davantage pour les futures générations pour lesquelles Soufiane, Aouita, El Guerrouj, Skah, Nezha Bidouane, Moulay Brahim Boutayeb et Hasna Benhassi ainsi que bien d’autres champions qui ont tant donné et ont marqué les marocains, représentent des sources d’inspiration.
Les Jeux olympiques se déroulent cette année dans des conditions particulières, que pouvez-vous nous dire à ce propos, vous qui vivez en direct ces événements ?
Les Jeux olympiques se déroulent dans des conditions difficiles dues à la pandémie. Dans ces conditions je ne peux que remercier les journalistes qui suivent les évènements des olympiades ici au Japon et aussi au Maroc. Tout le monde a témoigné que nous n’avons pu ni célébrer comme on aurait aimé le faire ni nous réunir comme nous avions l’habitude de faire. Nous nous sommes conformés aux mesures préventives telles que la distanciation sociale ou encore le port du masque.
C’est la première fois où nous n’avons pas eu la possibilité de visiter le village olympique où résident les athlètes pour leur rendre visite. Nous espérons donc que le meilleur est à venir et que les circonstances s’amélioreront. En attendant, nous devons tous respecter les gestes préventifs afin de s’entraider dans la lutte contre la pandémie.
Que symbolise la médaille que vous portiez lors de la remise de la médaille à El Bekkali ?
Il s’agit tout simplement d’une médaille que doit porter chacun des membres de la commission internationale olympique désignés pour la remise des médailles aux champions. C’est une médaille qui symbolise l’appartenance de la personne qui la porte à l’entité qu’il représente, c'est à dire, à la commission internationale olympique.
Si vous regardez la deuxième facette de la médaille, vous trouverez mon nom inscrit ainsi que l’année de ma nomination à la commission internationale olympique, l’an 1998 à Nagano, ici au Japon.
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