Société
Ni chaud ni froid: ces jeunes qui bousculent les codes du quotidien
14/11/2025 - 10:06
Matar Bensalmia
Un matin froid de novembre, une lycéenne traverse la rue avec une glace à la main, comme un petit manifeste sucré. Plus loin, un adolescent sirote un soda dans le tramway, le regard plongé dans son téléphone. Pas un café, pas un petit-déjeuner, juste du sucre avalé à jeun. Pendant qu’une autre marche tête haute, ventre à l’air, dans un crop top d’été.
À première vue, des scènes banales. Pourtant, elles traduisent peut-être quelque chose de plus profond. Un rapport nouveau au monde, au corps et aux règles établies.
Ces jeunes semblent en effet vivre hors du temps, hors des saisons et peut-être même hors des cadres et des normes imposées par la société. Leur manière de s’habiller, de manger, de se déplacer ou de consommer ne répond plus vraiment aux logiques de leurs aînés ni à celles du bon sens climatique. Ce qui, pour d’autres, paraît incongru, devient pour eux un geste ordinaire, presque naturel.
Pour Dr Bouchaib Kerroumi, pédopsychiatre, ce phénomène s’inscrit dans une logique générationnelle plus large. “Chaque génération marque ses tendances comportementales pour afficher sa différenciation par rapport aux adultes et leurs habitudes”, explique-t-il dans une déclaration à SNRTnews.
Selon lui, “c’est aussi une simple imitation de leurs semblables, sans réfléchir aux conséquences, notamment des mauvaises habitudes alimentaires. C’est aux enseignants et aux parents d’aborder ces sujets, mais d’une manière détendue”.
Autrement dit, rien de pathologique dans cette liberté de ton et de gestes. Ce serait plutôt un langage symbolique, une manière d’exister en dehors des règles que l’on n’a pas choisies. Là où les générations précédentes revendiquaient leur différence par la musique, la politique ou les idéaux, celle-ci le fait par la spontanéité du quotidien. Manger une glace en hiver n’est pas seulement un caprice mais une façon de dire “je fais ce que je veux, quand je veux”, sans revendication bruyante, sans discours, juste un acte anodin chargé de sens.
Mais derrière ces gestes anodins se cache peut-être aussi une génération connectée à d’autres repères. Les frontières entre ici et ailleurs, chaud et froid, matin et soir s’effacent à mesure que le monde se vit sur écran. Les influenceurs d’Instagram portent des t-shirts en décembre, les séries américaines donnent à voir des étés éternels, et les jeunes finissent par habiter un climat mental plus global que local. Leurs références ne sont plus celles du thermomètre, mais celles de leur fil d’actualité.
Pour Dr Kerroumi, le rôle des adultes reste néanmoins essentiel. “C’est à l’école et à la maison qu’il faut parler de ces comportements, mais sans jugement”.
Alors oui, leurs choix surprennent parfois les adultes. Mais peut-être qu’en réalité, ces adolescents ne rejettent pas le monde mais apprennent juste à y trouver leur place, loin des codes stéréotypés.
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