Economie
Nommé à la tête de la CNSS, Hassan Boubrik devient le principal acteur de la Couverture sociale au Maroc
15/02/2021 - 11:24
Younes SaourySa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé Hassan Boubrik à la tête de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour succéder à Said Ahmidouch, l’actuel Wali de Casablanca. Cette nomination a été actée lors du Conseil des ministres tenu ce jeudi 11 février au Palais Royal à Fès. Qui est Hassan Boubrik ? et quels sont les chantiers sur lesquels il est attendu ? Les réponses.
En succédant à Said Ahmidouch à la tête de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Hassan Boubrik se voit attribuer une mission hautement stratégique : chapeauter le chantier de généralisation de la protection sociale, initié par SM le Roi Mohammed VI le 29 juillet 2020.
Un chevronné de la « prévoyance »
Titulaire d’un diplôme de statisticien-économiste de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique de Paris, Hassan Boubrik a occupé plusieurs postes de responsabilité dans le domaine de la protection et de la prévoyance sociale. En 2011, il a été nommé par SM le Roi au poste de directeur des Assurances et de la prévoyance sociale au ministère de l’Économie et des Finances. Une première expérience qui lui a permis de se familiariser avec un secteur aux spécificités très particulières.
Cinq ans après cette mission officielle, Hassan Boubrik a été nommé par SM le Roi à la tête de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS). Il est ainsi devenu le premier responsable de la régulation et de la supervision des secteurs de l’assurance et de la prévoyance sociale au Maroc. Cette expérience a fait de Hassan Boubrik le candidat idéal pour remplacer Abdellatif Mortaki qui a assuré l’intérim à la tête de la CNSS depuis le départ de Said Ahmidouch en février 2019.
Le défi d’un méga-chantier
En tenant les manettes de la CNSS, Hassan Boubrik est devenu le principal acteur du chantier de généralisation de la couverture sociale au Maroc. (Re)lancé le 29 juillet 2020 par SM le Roi Mohammed VI, ce projet s’assigne pour objectif d’assurer l’accès à la couverture sociale et médicale à l’ensemble des citoyens. Le premier défi est bien clair : faire adhérer 22 millions de Marocains supplémentaires à un nouveau système "assurantiel".
Selon une source proche du dossier, cette mission est « très difficile » compte tenu de son fort impact social, la diversité des cibles du programme, mais surtout des échéances fixées par SM le Roi Mohammed VI et actées dans le projet de loi-cadre n°09-21, adoptée en Conseil des ministres le 11 février. Un petit résumé : Hassan Boubrik est appelé à participer à la mise en place des bases de la généralisation de l’assurance maladie obligatoire de base d’ici 2022, des allocations familiales avant 2024 et des indemnités de perte d’emploi avant 2025.
La digitalisation pour commencer
Conformément au projet de loi-cadre précité, la gestion de la couverture sociale au Maroc sera attribuée à un nouvel organisme qui sera créé par le gouvernement. Son objectif ? Mettre en place cette réforme et coordonner avec les différentes parties prenantes pour s’assurer de sa réussite. Le texte est laconique sur cet aspect puisqu’il ne précise pas les contours de l’organisme gestionnaire, toutefois, selon une source proche du dossier, qui préfère garder l’anonymat, « la CNSS jouera un rôle primordial dans la mise en place, le pilotage et la gestion du nouveau régime de couverture sociale ».
Avant de se pencher sur ce « méga-chantier », l’ancien directeur de l’ACAPS doit préparer la CNSS à l’ensemble des défis auxquels elle sera confrontée, notamment la digitalisation de ses processus de fonctionnement et de sa relation avec les clients. Un processus déjà enclenché par Said Ahmidouch qui a lancé en 2003 la stratégie de dématérialisation de sa relation avec les clients à travers le portail « Damancom ». Mais cela n’est pas suffisant. « La CNOPS doit gérer plusieurs millions d’adhérents supplémentaires qui s’ajouteront à ses 3,5 millions d’affiliés. Cela nécessite un système d’information infaillible, car une faille, même minime, mettra en péril les données personnelles des adhérents et bloquera tout le système », alerte notre source. Et d’ajouter que ce système d’information doit être « simple et accessible pour la population cible, surtout la population illettrée ou qui a un niveau éducatif moyen ».
Étendre la représentation géographique
En plus du renforcement du système d’information de la CNSS, Hassan Boubrik est appelé à renforcer la représentation géographique de la Caisse au niveau des 12 régions que compte le Royaume. Un préalable pour asseoir les bases d’une couverture sociale pour tous. La CNSS dispose, selon son rapport annuel de 2019, de 152 représentations et 13 délégations régionales. Selon notre source, la Caisse doit assurer davantage de représentation surtout au cas où elle devrait assumer la gestion du Régime d’assistance médicale (RAMED) en plus de l’assurance destinée aux libéraux, car ses « assurés seront répartis un peu partout au Maroc, même dans les petits patelins ». Un défi de plus qui attend l’économiste et dont le bon dénouement est corollaire d’un autre élément : renforcer les ressources humaines de la Caisse.
Assurer l’accès à la couverture médicale et sociale à plusieurs millions de citoyens nécessite le déploiement de ressources humaines considérables et surtout hautement qualifiées. Selon son dernier rapport annuel de 2019, la CNSS compte sur les services de 3.995 cadres et employés répartis au niveau de ses services centraux et régionaux. « L’entrée dans la nouvelle ère de la couverture sociale nécessitera, sans doute, le renforcement du capital humain de la CNSS. La caisse doit chercher des profils hautement qualifiés et qui sont à même de répondre aux besoins de la population assurée en termes d’informations, de services et de prestations », explique notre source.
Maintenir l’équilibre
Le nouveau directeur de la CNSS n’aura pas de soucis d’ordre financier. La CNSS a en effet cumulé un excédent de 29,05 milliards de dirhams depuis l’entrée en vigueur de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) de base en 2005, apprend-on de son rapport annuel de 2018. Une importante manne financière que Hassan Boubrik devra préserver pour faire face aux grandes mutations auxquelles assistera le régime de couverture sociale au Maroc.
Parmi les dossiers sur lesquels il est attendu, l’éventuelle application des nouveaux tarifs nationaux de référence (TNR), tel que prévu par les conventions nationales signées le 13 janvier 2020 avec les représentants des prestataires de soins du secteur privé, sous l’égide de l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM). Les prix de plusieurs prestations médicales et biologiques seront revus à la hausse, conformément auxdites conventions qui demeurent, jusqu’à présent, inapplicables en attendant leur signature par la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS), l’autre organisme gestionnaire de l’AMO. Cette dernière s’est abstenue de ratifier lesdites conventions au vu des risques qu’elles pèsent sur son équilibre financier.
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