Société
Nouveauté paléontologique au Maroc: Des traces de "lézards jurassiques" découverts pour la première fois en Afrique
23/04/2026 - 21:08
Youness Oubaali
Une équipe de chercheurs marocains est parvenue à étudier une dalle rocheuse dans la région d'Amsemrir, dans le Haut Atlas, contenant 12 empreintes de pas d'un reptile ayant vécu à l'ère jurassique, il y a 160 millions d'années.
L'étude s'est appuyée sur l'analyse d'une plaque rocheuse renfermant 12 traces conservées dans des couches géologiques. Ces traces ont été documentées à l'aide de techniques modernes, ce qui a permis aux chercheurs d'en extraire des caractéristiques morphologiques précises.
Une première scientifique
Omar Aït Hadou, qui a dirigé l'équipe de recherche, a expliqué à SNRTnews que l'importance de cette découverte réside dans le fait qu'elle constitue une première scientifique: il s'agit des premières traces documentées d'un lézard de type Lacertoid datant du Jurassique sur l'ancien continent du Gondwana, qui comprend l'Afrique. Il a précisé que les traces découvertes ont été transférées à la Faculté des Sciences Dhar El Mahraz de Fès.
Les résultats ont mis en évidence une empreinte de main complète et bien conservée, présentant cinq doigts et un patron de marche en appui total du pied, avec une nette prédominance du quatrième doigt en longueur — des caractéristiques correspondant aux reptiles lacertoïdes, proches des lézards modernes. L'animal qui a laissé ces traces était vraisemblablement de petite taille, chaque empreinte ne dépassant pas environ deux centimètres de long.
À la lumière de ces résultats, l'étude a souligné l'existence d'un important potentiel fossilifère dans la région, susceptible de receler des traces d'espèces encore inconnues. Il est donc nécessaire d'intensifier les opérations de fouilles scientifiques systématiques dans la zone, afin d'élargir la base de données sur l'histoire de la vie au Maroc durant le Jurassique.
Troisième documentation mondiale
L'importance scientifique de cette découverte tient au fait qu'elle constitue la troisième documentation mondiale de traces de reptiles de ce type datant du Jurassique, après deux cas enregistrés aux États-Unis et en Espagne. Elle représente également la première preuve provenant du continent Gondwana, qui englobait l'Afrique durant cette période géologique.
Dans le même contexte, ces données revêtent une importance particulière pour la reconstitution de la distribution géographique ancienne des êtres vivants. L'étude confirme la présence de ces reptiles sur le bord méridional de la mer de Téthys, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour comprendre leur dispersion entre les anciens continents, notamment entre le nord de l'Afrique et la péninsule Ibérique.
Un écosystème jurassique riche
Sur le plan environnemental, les données recueillies indiquent que la région du Haut Atlas abritait, durant le Jurassique, un écosystème diversifié associant milieux humides et plaines alluviales, où coexistaient de petits reptiles, des dinosaures, des invertébrés et des créatures semi-aquatiques — un tableau écologique complexe témoignant de la richesse de la vie à cette époque.
L'étude a également émis l'hypothèse d'interactions écologiques entre ces créatures, notamment des relations de prédation entre dinosaures carnivores et petits reptiles, ce qui renforce l'idée de réseaux trophiques intégrés au sein de ces anciens écosystèmes.
Omar Aït Hadou a souligné que les recherches se sont poursuivies pendant plusieurs mois dans la région d'Amsemrir, où des traces de dinosaures et de crocodiles avaient déjà été découvertes. Il a ajouté que la formation des « couches rouges » de la région est riche en traces de vertébrés en cours d'étude, soulignant la nécessité d'intensifier les campagnes de fouilles dans les zones présentant des formations similaires à Amsemrir, comme Imlichil, Midelt et Demnate.
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