Technologie
NVIDIA: qui est cet architecte secret de l’IA?
16/05/2025 - 15:24
Matar Bensalmia
À première vue, Nvidia n’a rien d’un empire. C’est une entreprise née dans les années 90, connue à l’époque pour ses cartes graphiques utilisées dans les jeux vidéo. Des puces conçues pour afficher plus de pixels, rendre les explosions plus réalistes et offrir des mondes en trois dimensions aux fervents des jeux vidéo. Rien qui ne laissait présager que, trois décennies plus tard, elle deviendrait le socle technologique d’une révolution planétaire telle que l’intelligence artificielle.
Et pourtant, en 2025, Nvidia est partout. Dans les datacenters géants de Microsoft et Google, dans les laboratoires d’OpenAI, chez Meta, Amazon, Tesla, et dans les universités les plus prestigieuses. Les modèles d’IA générative, ceux qui dessinent, écrivent, codent ou même pensent, tournent grâce à ses processeurs. Plus précisément ses “GPU”, ces puces capables de traiter des millions d’opérations en parallèle, idéales pour entraîner des réseaux de neurones complexes. Dans les coulisses de chaque avancée spectaculaire de l’IA, il y a presque toujours une puce Nvidia.
L’année où une puce a ouvert la voie à l’intelligence
Le déclic a eu lieu en 2012. Cette année-là, un chercheur nommé Alex Krizhevsky conçoit AlexNet, un réseau de neurones convolutifs. Le modèle est entraîné pour reconnaître des millions d’images à l’aide de deux cartes graphiques “Nvidia GTX 580”, grâce à un code développé en “CUDA”, la plateforme de calcul parallèle lancée par Nvidia en 2007.
Ce projet va remporter haut la main le concours “ImageNet”, une compétition de référence en vision par ordinateur, avec une précision jamais vue jusque-là. Le monde de la recherche comprend alors que les GPU, jusque-là réservés au jeu vidéo et au graphisme, sont capables de propulser des architectures d’apprentissage profond. Nvidia, qui avait déjà anticipé le potentiel de ses puces dans le calcul scientifique, saisit l’opportunité. L’entreprise accélère ses investissements dans le développement d’outils logiciels, perfectionne CUDA, et devient l’alliée naturelle des chercheurs en intelligence artificielle.
Aujourd’hui, Nvidia détient plus de 98% du marché des GPU pour centres de données. Son processeur vedette, le “H100”, est si convoité qu’il est considéré comme un bien stratégique. En effet, en pleine guerre technologique entre les États-Unis et la Chine, Washington en limite l’exportation, tandis que Pékin cherche désespérément à créer ses propres équivalents. Pendant ce temps, Nvidia surfe sur une vague sans précédent. En 2023, son chiffre d’affaires a explosé de 126%, atteignant 60,9 milliards de dollars. Sa valorisation boursière frôle les 3.000 milliards. Elle se hisse donc aux côtés des titans comme Apple ou Microsoft.
Nividia est silencieuse… mais incontournable
Le plus étonnant dans cette ascension fulgurante, c’est qu’elle s’est faite sans tapage. Alors que d’autres géants multiplient les conférences de presse et les campagnes de communication, Nvidia avance en silence, mais partout. Et pourtant, très peu savent qui est vraiment cette entreprise. Son siège social, modeste, à Santa Clara, est loin du clinquant de la Silicon Valley. Ses équipes, concentrées sur la recherche, sont rarement médiatisées. Mais chaque ligne de code d’un modèle comme ChatGPT ou Gemini dépend d’elles. Chaque image générée par une IA, chaque décision automatisée, chaque assistant intelligent, repose d’une manière ou d’une autre, sur une technologie propre à Nvidia.
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