Politique
Partenariat stratégique Maroc-Italie : les explications du politologue Mustapha Sehimi
06/07/2023 - 16:04
Khaoula Benhaddou
Le Royaume du Maroc et la République italienne ont signé, le mercredi 5 juillet à Rome, le plan d’action pour la mise en œuvre du Partenariat stratégique multidimensionnel. Quelle est l’importance de ce partenariat sur le plan stratégique, politique et économique ? le politologue Mustapha Sehimi explique à SNRTnews l’importance de cette coopération. Interview
Tout d’abord, comment décrire les relations maroco-italiennes ?
Avec l’Italie, le Maroc a des relations traditionnelles et historiques qui n’ont été marqué par aucun contentieux. C’est un pays avec lequel on a des relations d’amitié et des liens étroits. C’est attesté par un certain nombre de points d’abord au plan bilatéral et ensuite pour ce qui est d’une convergence des approches pour des questions régionales et internationales.
Le bilatéral se porte bien, attesté par exemple par la signature d’un important accord de partenariat stratégique en novembre 2019 qui définit un certain nombre d’axes relatifs aux relations bilatérales aussi bien pour ce qui est du dialogue politique, la coopération économique, des positions communes sur des questions régionales et l’approfondissement de la coopération économique.
Qu’en est-il de la coopération sur le plan économique ?
Sur le plan économique, il y a un grand développement qui a été enregistré ces dernières années avec en 2022 des échanges commerciaux de 4 milliards d’euros en augmentation de plus de 20 % par rapport à 2021. Il y a également plus de 200 entreprises italiennes qui sont installées au Maroc. Dans ce registre, le groupe italien ENEL est aujourd'hui le premier investisseur au Maroc pour ce qui est des énergies renouvelables. Il y a également des entreprises italiennes dans des pôles industriels comme Tanger - Kénitra. Sur la dimension humaine de ces relations, il y a plus de 600.000 marocains installés en Italie. Parmi ces personnes, il y a près de 80.000 entrepreneurs qui sont dans des PME et TPME, donc il y a là un tissu économique productif. Par contre, il n'y a que 3000 étudiants marocains en Italie et c'est un point à développer.
Sur le plan bilatéral, que pouvez-vous nous dire sur le plan d’action arrêté lors de la visite de Nasser Bourita à Rome ?
Le ministre des affaires étrangères à Rome a eu des entretiens avec des responsables italiens notamment le vice-président du Conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères Antonio Tanjani. Il a également été reçu par le président de la Chambre des députés Lorenzo Fontana et il a également été reçu par Le président de la Commission "politique de l’Union européenne" au Sénat italien donc déjà la nature et la qualité de ces interlocuteurs est très intéressante à relever. Autre point très important, c'est la signature d’un plan d'action sur la base des principes d’un Partenariat stratégique arrêté en novembre 2019 sa partenaire. Maintenant, il faut traduire ce plan d'action par des mesures concrètes intéressantes dans divers secteurs. D’abord, la coopération économique et culturelle à renforcer, il y a aussi la coordination sécuritaire. Il faut y ajouter la mise sur pied d'un mécanisme de consultation pour les questions d'immigration et les questions consulaires et puis aussi à la création d'un Conseil d'affaires d'opérateur italien et marocain. Donc voilà des mesures de nature à consolider ce partenariat, surtout qu'elles sont concrètes et précises.
Quid du plan international ?
Il s’agit là d’une large convergence des approches de Rabat et de Rome sur ces questions-là. Sur la Méditerranée, l'Italie était extrêmement mobilisée pour une politique méditerranéenne de l'Union européenne, et ça va tout à fait au-devant des objectifs de la diplomatie marocaine pour faire de la Méditerranée un espace de co-développement et de rapprochement entre les deux rives de la méditerranée. En ce qui concerne le Proche-Orient, les positions sont convergentes, en particulier pour la préservation du statut d’Al Qods et sur la recherche d'une solution de la question palestinienne sur la base d'un processus de règlement avec deux États et Al QODS comme capitale de l'État palestinien.
L’Italie et le Maroc sont également en accord pour les questions régionales comme le dossier libyen et celui du Sahel!
Exactement, il y a également des échanges de vues convergents sur la situation en Libye qui préoccupe les deux pays. Le Maroc, parce que c'est un pays maghrébin très actif et mobilisé pour la recherche des solutions politiques en Libye. C'est le Maroc qui a accompagné le processus qui a conduit aux accords de Skhirat de décembre 2015 qui gardent toujours leur actualité, leur pertinence et d’ailleurs il y a deux semaines, il y avait encore une autre réunion à Bouznika pour mettre en place des mesures concrètes d'un processus devant conduire à des élections d'ici la fin décembre 2023.
Le même souci pour ce qui est de la situation au Sahel, de la lutte contre le terrorisme, où les deux pays sont intéressés. le Maroc pour des raisons de sécurité régionale, et l'Italie parce que ça intéresse aussi la sécurité de la rive sud de la Méditerranée, donc sur ce point-là et puis, il y a aussi une approche commune pour ce qui est de la nécessité de la régulation de l'immigration dans le cadre d'une nouvelle politique de l'Union européenne et de la lutte contre l'immigration clandestine, les trafics transnationaux, les trafics d'armes…
Lors de cette visite, les responsables italiens ont salué les réformes menées par SM le Roi Mohammed VI lors des dernières décennies
Le ministre des Affaires étrangères qui est vice-président du Conseil a souligné le rôle du Maroc pour ce qui est de son action dans la région et en Afrique dans la coopération Sud-Sud et la coopération Nord-Sud. il a rendu hommage à la stabilité du Maroc et à toutes les initiatives royales prises pour activer et accompagner des réformes, et promouvoir une nouvelle approche des relations entre le nord et le sud, avec l'Union Européenne, le Maghreb et l'Afrique. Et ça, ça fait partie évidemment des atouts importants du Maroc dans sa diplomatie.
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