Société
Pauvreté multidimensionnelle au Maroc: recul marqué mais les inégalités territoriales persistent
22/05/2025 - 10:26
Mohammed Fizazi
La pauvreté multidimensionnelle a reculé de manière significative au Maroc entre 2014 et 2024, notamment en milieu rural. Toutefois, de fortes disparités régionales et locales subsistent, selon la nouvelle cartographie du Haut-Commissariat au Plan
La dernière cartographie de la pauvreté multidimensionnelle au Maroc, actualisée à partir des données des recensements de 2014 et 2024, révèle une amélioration notable de la situation sociale du pays. Le Haut-Commissariat au Plan y met en évidence une baisse significative du taux de pauvreté multidimensionnelle, en particulier en milieu rural, tout en soulignant la persistance de profondes disparités régionales et locales.
À l’échelle nationale, la part de la population en situation de pauvreté multidimensionnelle est passée de 11,9 % en 2014 à 6,8 % en 2024, soit une réduction de près de moitié. En chiffres absolus, cela représente une diminution d’environ 4 millions à 2,5 millions de personnes concernées. L’indice global, qui prend en compte l’intensité des privations dans les domaines de l’éducation, de la santé et des conditions de vie, a reculé de 4,5 % à 2,5 % sur la même période.
Cette tendance positive s’est traduite par une nette amélioration dans les campagnes, où la pauvreté reste néanmoins fortement concentrée. En 2024, près de 72 % des personnes pauvres résident toujours en milieu rural, contre 79 % en 2014. Le taux de pauvreté rurale a reculé de 23,6 % à 13,1 %, mais il demeure plus de quatre fois supérieur à celui des zones urbaines (3 % en 2024).
La vulnérabilité à la pauvreté – correspondant aux privations modérées – a également baissé, touchant désormais 8,1 % de la population, soit environ trois millions de personnes, dont 82 % vivent à la campagne.
Toutes les régions ont vu leur taux de pauvreté diminuer, mais l’ampleur de cette baisse varie fortement. Les reculs les plus notables concernent Marrakech-Safi, Béni Mellal-Khénifra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Drâa-Tafilalet. En revanche, les régions déjà peu touchées, comme Laâyoune-Sakia El Hamra ou Casablanca-Settat, ont enregistré des améliorations plus modestes.
En 2024, six régions affichent un taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale, dont Béni Mellal-Khénifra (9,8 %) et Fès-Meknès (9,0 %). Cinq régions concentrent à elles seules près de 70 % des personnes pauvres, avec Fès-Meknès en tête (16,2 %).
Les disparités sont tout aussi marquées au niveau provincial. Si certaines provinces comme Azilal, Chichaoua ou Essaouira ont enregistré des baisses spectaculaires de la pauvreté (jusqu’à -16,7 points), d’autres territoires continuent de présenter des taux élevés, dépassant parfois les 20 %, comme Figuig (24,1 %) et Taounate (21,1 %).
La dynamique est également perceptible au niveau communal. Une baisse du taux de pauvreté a été enregistrée dans près de 94 % des communes, avec un effet plus marqué en milieu rural. Les zones les plus pauvres en 2014 ont connu les reculs les plus importants. En 2024, plus de la moitié des localités présentent un taux de pauvreté inférieur à 10 %, bien que 16,3 % d’entre elles dépassent encore les 20 %.
Les résultats soulignent l’impact positif des politiques publiques de développement humain, notamment l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Dans les 702 communes rurales ciblées par les deux premières phases du programme, le taux de pauvreté est passé de 27,8 % en 2014 à 15,5 % en 2024, contre une baisse moins marquée dans les communes non couvertes.
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