Société
Le Maroc serre la vis sur les médicaments à base de codéine
08/07/2026 - 16:01
Khaoula Benhaddou
Longtemps toléré par les pharmaciens, l'achat sans ordonnance du Codoliprane et d'autres antalgiques contenant de la codéine appartient désormais au passé au Maroc. Les officines ont reçu pour consigne de ne plus délivrer ces médicaments sans prescription médicale, mettant fin à une pratique largement répandue depuis plusieurs années.
Douleurs de dents, migraine, menstruations…pour de nombreux patients, le "Codoliprane" était devenu un réflexe pour soulager les douleurs modérées à intenses. Désormais, sa délivrance est strictement conditionnée à la présentation d'une ordonnance, conformément à la réglementation en vigueur.
Contacté par SNRTnews, Khalid, un pharmacien confirme ne plus délivrer ce médicament, ni aucun autre produit contenant de la codéine, sans prescription médicale. "Les pharmacies ont reçu une communication claire leur demandant de ne plus vendre ces médicaments sans ordonnance", indique-t-il.
Selon ce pharmacien, cette mesure permettra de mieux encadrer l'utilisation de ces traitements et de limiter les risques liés à leur consommation. "Depuis plusieurs années, certains patients avaient pris l'habitude d'acheter du "Codoliprane" sans ordonnance, ce qui pouvait entraîner plusieurs problèmes de santé. Cette décision permettra d'assurer un meilleur suivi médical et de prévenir les abus" , explique-t-il.
Un risque de dépendance bien réel
Cette décision s'inscrit dans une tendance déjà observée dans plusieurs pays, où la codéine n'est plus accessible sans ordonnance en raison de son potentiel addictif.
Pour sa part Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, rappelle, dans une déclaration à SNRTnews que cette mesure est motivée par des considérations de santé publique.
"La codéine est déjà soumise à prescription dans plusieurs pays. Le Maroc a choisi de renforcer l'application de cette règle, car cette substance peut entraîner une dépendance. Certaines personnes utilisent régulièrement des médicaments associant le paracétamol à la codéine, ou d'autres produits contenant cette molécule, jusqu'à développer une véritable addiction", souligne-t-il.
Le spécialiste insiste également sur les dangers liés au mauvais usage de ces médicaments. "Beaucoup de patients ne respectent pas les doses recommandées ou associent la codéine à d'autres médicaments, ce qui augmente le risque de surdosage et de complications parfois graves", précise-t-il.
Au-delà du risque de dépendance, la codéine peut également altérer la vigilance. "Sa consommation peut avoir des conséquences sur la conduite automobile ainsi que sur les activités professionnelles nécessitant une attention soutenue, notamment chez les personnes qui manipulent des machines. C'est pourquoi son utilisation doit être évaluée et suivie par un médecin", ajoute le Dr Tayeb Hamdi.
Le médecin souligne également que le recours répété à des antalgiques contenant de la codéine peut masquer les symptômes d'une maladie sous-jacente, parfois chronique, retardant ainsi son diagnostic et sa prise en charge.
Mieux protéger les patients
Pour les professionnels de santé, cette mesure vise avant tout à renforcer la sécurité des patients. En consultant un médecin avant de prendre un médicament à base de codéine, le patient bénéficie d'un diagnostic adapté et d'une prise en charge plus appropriée.
En interdisant la vente libre de ces médicaments, les spécialistes espèrent ainsi réduire les risques de dépendance, de surdosage, d'intoxication et d'accidents liés à une baisse de vigilance, tout en favorisant un usage plus responsable des médicaments contenant de la codéine.
La fin de la délivrance sans ordonnance du Codoliprane constitue ainsi une nouvelle étape dans le renforcement du bon usage des médicaments au Maroc et dans la lutte contre les dérives de l'automédication.
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