Société
Propagation de fake news: Dangers et implications légales
04/10/2025 - 12:52
Morad Karakhi
Plusieurs fausses informations ont circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux en marge des récentes manifestations de jeunes. Les autorités locales et nationales ont rapidement démenti ces rumeurs, soulignant leur caractère infondé.
la Wilaya de la région de Casablanca a nié avoir donné quelque instruction que ce soit ordonnant la fermeture de commerces ou l’écourtement des horaires de travail, qualifiant les messages en circulation de "fausses informations". La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a, elle aussi, réfuté des publications accompagnées de photos montrant, selon leur légende, l’incendie d’un véhicule de police lors d’un rassemblement. La DGSN a précisé que ces images étaient "assorties d’un commentaire mensonger" prétendant que la voiture avait été incendiée lors d’un acte protestataire, et qu’elles n’avaient aucun rapport avec la réalité. Dans le même registre, la Wilaya de Tanger a catégoriquement nié être à l’origine d’une note largement partagée sur les réseaux sociaux, attribuée au Wali de la région Tanger–Tétouan–Al Hoceïma et évoquant des mesures de sécurité dans la ville.
Parmi les contenus identifiés et réfutés figurent des notes administratives fictives annonçant des mesures comme des fermetures ou des évacuations, des images d’incidents accompagnées de légendes mensongères, et des documents attribués à des responsables locaux sans aucune authentification.
Interrogé par SNRTnews, l’avocat Yassine Assila, membre du barreau de Casablanca, a rappelé que le droit pénal marocain prévoit des sanctions contre la captation, la diffusion ou la mise en circulation non autorisée d’images, d’enregistrements ou d’informations relevant de la vie privée, ainsi que contre la diffusion de compositions ou d’allégations mensongères visant à porter atteinte à la réputation d’autrui. Il a précisé que le Code pénal, dans ses articles 447-1 et 447-2, punit de peines de prison allant de six mois à trois ans et d’amendes de 2.000 à 20.000 dirhams la diffusion non autorisée de propos, d’images privées ou de faits mensongers.
Pour l’avocat, la grande capacité de diffusion des "fake news" tient essentiellement à la nature interactive des réseaux sociaux, qui autorisent la circulation instantanée d’informations au-delà des frontières spatiales et temporelles. Selon lui, ces contenus misent sur l’exploitation des émotions et des affects plutôt que sur des faits vérifiables, ce qui favorise la création d’un "réel alternatif" dans l’esprit des récepteurs.
Le chercheur en sociologie Abdelfattah Ezzine attire également l’attention sur la pluralité des responsabilités. Selon lui, si les auteurs initiaux des fausses informations portent la charge la plus lourde, les utilisateurs ordinaires qui partagent ces contenus — souvent sans intention malveillante — contribuent fortement à leur amplification. Il souligne par ailleurs le rôle central de la presse professionnelle comme "rempart": respect des normes déontologiques, vérification des sources, recours à des techniques de vérification numérique et campagnes de sensibilisation. Enfin, il insiste sur l’importance d’une éducation au raisonnement critique et à la littératie numérique comme solution durable pour réduire l’incidence et l’impact des rumeurs.
Les épisodes récents confirment que la prolifération d’informations erronées pendant des moments de tension sociale représente un enjeu majeur pour la cohésion et la crédibilité de l’information. Les démentis officiels, le cadre répressif rappelé par les juristes et les appels des spécialistes à développer la vérification et l’éducation aux médias figurent parmi les réponses mises en avant pour contrer cette menace.
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