Société
Quête de vie au-delà de la terre: Le premier astronaute analogique marocain raconte son expérience
24/10/2025 - 17:02
Mohammed Fizazi
Premier Marocain à avoir participé à une mission spatiale analogique, Ismaïl El Omari, architecte et président de l’Association Marocaine des Sciences Spatiales, partage son expérience dans un environnement extrême reproduisant les conditions de vie sur Mars. Entre passion scientifique, engagement éducatif et rêve d’un futur astronaute marocain, il revient sur une aventure aussi symbolique qu’humaine.
Participer à une mission spatiale sans quitter la Terre: c’est le défi qu’a relevé Ismaïl El Omari en devenant astronaute analogique. Durant plusieurs jours, il a vécu en isolement total dans un réseau de grottes souterraines en Cantabrie, au nord de l’Espagne, un environnement choisi pour ses similitudes avec le sous-sol martien.
Cette simulation, alliant recherche scientifique et gestion du stress en milieu confiné, visait à préparer les futures missions humaines sur Mars tout en testant la résistance physique et mentale des équipages.
Pour Ismaïl El Omari, cette expérience marque aussi une étape historique: celle de voir le Maroc représenté dans l’exploration spatiale.
SNRTnews: Qu’est-ce qu’un astronaute analogique exactement?
Ismail El Omari: Un astronaute analogique est une personne qui participe à des missions de simulation spatiale ici sur Terre, dans des environnements extrêmes reproduisant les conditions que l’on pourrait rencontrer sur la Lune ou sur Mars. Ces missions servent à tester non seulement les équipements et protocoles scientifiques, mais aussi la résistance physique et mentale des équipages. C’est une manière très concrète de préparer l’humanité à vivre et à travailler durablement au-delà de notre planète.
En tant qu’architecte, quel parcours vous a conduit vers cette aventure si particulière?
Mon parcours a commencé avec l’architecture, mais j’ai toujours eu un regard tourné vers le ciel et vers les étoiles. Pour moi, concevoir un habitat, c’est avant tout imaginer comment l’humain peut coexister en harmonie avec son environnement; et cela vaut aussi bien pour la Terre que pour les environnements lunaires ou martiens.
Au fil des années à exercer en tant qu’architecte "terrien", un film m’a permis de rouvrir la porte de ce monde passionnant qu’est l’exploration spatiale habitée: le film "The Martian" d’Andy Weir. Une histoire très captivante qui m’a permis de découvrir la relation envoutante entre un astronaute laissé seul sur la planète rouge (Mars) et son habitat, sa seule et unique arche de Noé. Je venais sans le savoir à l’époque, de découvrir toute la pertinence d’une sous-spécialité scientifique, culturelle et psychologique du monde du spatial: l’Architecture Spatiale.

L’Architecture Spatiale se traduit donc comme un domaine qui explore la conception d’habitats capables de soutenir la vie au niveau extra-atmosphérique. J’ai eu la grande chance de suivre la toute première formation dédiée à l’Architecture Spatiale à l’International Space University (ISU) en France, et de collaborer avec différents profils du monde du spatial: astrophysiciens, ingénieurs, médecins, biologistes, artistes, psychologues… C’est cette expérience pluridisciplinaire qui m’a permis d’être sélectionné pour participer à une mission analogique internationale en Espagne, consacrée à la recherche de vie microbienne dans un environnement souterrain similaire à celui de Mars.
Expliquez-nous en quoi consistait plus spécifiquement votre mission spatiale analogique?
La mission s’est déroulée dans un vaste réseau de grottes souterraines en Cantabrie, au nord de l’Espagne, un environnement extrême choisi pour ses similitudes avec le sous-sol martien.
L’objectif était de simuler une mission humaine sur Mars en étudiant la présence potentielle de vie microbienne dans les roches. Pendant plusieurs jours, nous avons vécu en isolement complet, sans lumière naturelle, en suivant les mêmes protocoles qu’un équipage spatial réel.
Nous avons mené des recherches scientifiques, testé des équipements et observé la gestion du stress et de la coopération en milieu confiné.
C’était une expérience à la fois scientifique et humaine, qui m’a permis de mieux comprendre ce que signifie vivre dans un environnement extrême et de réfléchir à la place de l’humain dans l’exploration spatiale.
Vous êtes le premier Marocain à avoir vécu ce type de simulation. Comment avez-vous géré la dimension symbolique de cette expérience?
C’était une grande responsabilité. Porter le drapeau marocain dans un contexte aussi inédit, ce n’était pas seulement une aventure personnelle, mais une mission de représentation scientifique et culturelle.
Je voulais montrer que le Maroc a toute sa place dans le futur spatial mondial. Être là-bas, c’était dire aux jeunes de mon pays que tout est possible, que la science et la passion peuvent nous mener très loin, même jusque sous la surface martienne.
Chaque instant passé dans ce réseau de grottes, isolé du monde extérieur, me rappelait que je n’étais pas seul: je représentais une jeunesse marocaine curieuse, ambitieuse et pleine d’espoir.
Vous présidez l’Association Marocaine des Sciences Spatiales. Comment comptez-vous valoriser cette expérience pour inspirer les jeunes marocains?
À travers la MASS (Moroccan Association for Space Studies), nous voulons démocratiser l’accès à la science et à l’exploration spatiale pour les enfants et les jeunes du Maroc et de l’Afrique à travers des workshops, des compétitions et des camps de l’espace.
Notre premier programme, intitulé "AstroKids", est un programme destiné à initier les enfants du CM2 et de la 6ème année du primaire à l’astronomie, à la robotique et à la découverte scientifique à travers un workshop spatial.
Notre deuxième programme intitulé "Space.Ark" est quant à lui un programme dédié aux étudiants en architecture marocains et africains pour les initier aux bases de la conception et de la construction des modules habités en dehors de notre planète avec comme objectif de préparer un savoir faire africain qui peut porter les couleurs de l’Afrique dans cette mission extrême que l’humanité est entrain de concevoir: la conquête de l’espace.
L’objectif ultime est-il de voir un jour un astronaute marocain réel dans l’espace?
C’est plus qu’un objectif, c’est une conviction. Le Maroc enverra un jour un astronaute dans l’espace. Nos chercheurs, nos ingénieurs et nos jeunes talents en ont les compétences. Ce qu’il faut maintenant, c’est une stratégie nationale claire, axée sur la formation, la recherche scientifique et la coopération internationale.
Chaque initiative, qu’il s’agisse d’une mission analogique, d’un atelier éducatif ou d’un projet de recherche, nous rapproche de ce rêve collectif. Le premier astronaute marocain sera le symbole d’un pays qui croit en la science, en la jeunesse et en son destin parmi les étoiles.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux enfants et aux jeunes du Maroc?
Je leur dirais de croire profondément en leurs rêves, aussi grands soient-ils, et de ne jamais avoir peur de les rendre réels. Chaque idée, chaque passion, aussi folle qu’elle puisse paraître au départ, peut devenir une réalité si elle est portée avec patience et conviction.
Notre pays a besoin de rêveurs qui croient en leurs rêves. Parce que l’avenir, sur Terre comme dans l’espace, appartiendra toujours à ceux qui osent imaginer et passer à l'action autrement.
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