Economie
Rapport de la banque mondiale: comment expliquer les scores moins élevés?
04/10/2024 - 18:19
Khaoula Benhaddou
Le nouveau rapport de la Banque mondiale Business Ready publié ce jeudi 3 octobre évalue de manière approfondie la performance du climat des affaires de 50 pays, dont le Maroc. Dans ce rapport, le Royaume obtient des scores plus élevés en matière de création d’entreprises, d’implantation d’entreprises et de services publics. Par contre, le règlement des litiges, l’insolvabilité des entreprises et la fiscalité ont obtenu des scores moins élevés. Explications
Business Ready, le nouveau projet de la banque mondiale qui remplace le rapport Doing Business vise à évaluer le climat des affaires et des investissements dans le monde.
Contrairement à Doing Business, ce nouveau projet ne fait pas de classement entre les pays. Il propose des données et des analyses plus complètes qui peuvent guider les réformes politiques et favoriser le développement du secteur privé. "Le rapport B-Ready est plus équilibré, plus représentatif, plus transparent, et plus constructif que le rapport Doing Business", a expliqué Indermit Gill, économiste en chef du groupe de la Banque mondiale.
Le Business Ready établit une évaluation complète pour dix thématiques clés : création d’entreprises, implantation d’entreprises, services d’utilité publique, marché du travail, services financiers, commerce international, fiscalité, règlement de litiges, marchés et concurrence, et insolvabilité des entreprises. Pour chacune de ces thématiques, l’évaluation repose sur trois piliers transversaux : cadre réglementaire, qualité des services publics et efficacité des services publics. "Nous croyons que cette data doit être un guide pour mener les réformes en faveur d’un meilleur environnement de travail", lit-on sur le site de la Banque mondiale.
Dans la première édition du rapport, 50 économies sont évaluées, dont le Maroc qui obtient les scores les plus élevés en matière de création et d’implantation d’entreprises (77/100) ainsi que la création d’entreprise, les services d’utilité publique et le commerce international.
Pour l’économiste Mehdi Fakir, le nouveau rapport de la Banque mondiale met en évidence les réformes initiées au Royaume "certes, le rapport met l'accent sur l'intérêt que représentent les réformes structurantes qu’a initié le Maroc mais il attire également l'attention sur les risques auxquels le Maroc est confronté notamment en ce qui concerne l’impact du changement climatique. Cet impact commence à être ressenti à travers ces années de sécheresse mais aussi ce qui s’est passé dernièrement à Tata". Et de poursuivre "Ce rapport invite à changer de mindset et la manière avec laquelle il faut se comporter pour gérer ces risques au regard de leur impact. Mais à mon avis il faut se féliciter des réalisations entreprises au Maroc sur le plan macroéconomique. Notre pays est dans la bonne voie".
Pour le spécialiste, un autre sujet s’impose "il s’agit des problématiques structurantes liées à la création de valeurs ajoutées notamment en ce qui concerne le chômage, les conflits sociaux, la corruption, et la nécessité de s'adapter à ces tensions sociales et à faire en sorte que la répartition des richesses et de la valeur ajoutée du développement soit de façon équilibrée".
La fiscalité, 48/100
"On se félicite certes de ce classement mais il faut nuancer. Ce n’est pas uniquement ces données qui vont nous permettre de juger la performance de nos indicateurs. Il faut voire derrière combien nous créons d’entreprises, combien nous clôturons d’entreprises dans la légalité ou même dans l’illégalité. Il y a aussi d’autres indicateurs comme les exportations, les prix du transfert, le commerce... On exporte beaucoup, mais aussi on importe beaucoup. Est-ce que derrière, on a vraiment un delta qui correspond? Nous sommes toujours déficitaires. Notre balance commerciale est toujours déficitaire" explique le spécialiste.
Et de poursuive "la pression fiscale et la parafiscale est énorme, entre la fiscalité et parafiscalité, les prélèvements, les droits... c’est un sujet qui interpelle et sur lequel on ne cesse d'attirer l'attention. Maintenant, est-ce que sur ce sujet précis, il y aurait une action de la part du gouvernement, je ne pense pas. Parce que la réforme fiscale suit son chemin. Cette année ce serait uniquement l'IR, qui peut subir quelques changements. Par contre, au niveau de l'IS, de la TVA, la parafiscalité ne va pas changer. Je pense qu’il faut alléger cette fiscalité. C'est vrai que nous sommes un pays fiscal par excellence, mais la fiscalité, doit devenir un levier de développement socioéconomique"
A part la fiscalité, le score du marché de travail était plus bas que d’autres secteurs. Pour Mehdi Fakir, beaucoup de facteurs interviennent dans ce score "certes la croissance est là, mais la création de valeurs ajoutées n'est pas un rendez-vous. Je pense que c'est un problème lié à la création de valeurs ajoutées et sa contribution, à la création d'emplois et au champ d'insertion. Je pense qu'on est en train de faire installer un nouveau modèle économique qui crée peut-être de la richesse, qui crée de la croissance éventuellement, mais pas assez de bons emplois" conclut le spécialiste qui appelle à changer de mindset et d'adopter le "modèle de développement qui est clair"
Pour rappel, le rapport de la banque mondiale précise que "Les résultats positifs affichés du Maroc dans ce domaine s'expliquent par la qualité des services publics offerts, parmi les meilleures pratiques internationales. Ces services, destinés tant aux employeurs qu'aux employés, couvrent divers instruments de protection sociale, notamment l'assurance chômage, l'assurance maladie, et les pensions de retraite, en plus du rôle actif de l'ANAPEC dans la promotion de l'emploi, ainsi que les mécanismes efficaces de résolution des conflits au travail. Par ailleurs, le Maroc se distingue par une réglementation du travail qui assure une protection solide des droits des travailleurs"
Le rapport souligne que bien que "le pays dispose d’atouts majeurs en matière de réglementation du travail et de protection des droits des employés, certaines améliorations peuvent encore être apportées pour renforcer la flexibilité des entreprises et l'efficacité du marché du travail, notamment en matière de recours aux contrats à durée déterminée (CDD), de gestion des heures supplémentaires, et des conditions de licenciement. Aussi, il est opportun de développer l'accès des employés à des formations professionnelles pour renforcer les compétences et la compétitivité sur le marché du travail".
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