Economie
Rond à béton: Trois opérateurs contrôlent 80% du marché national selon le Conseil de la concurrence
13/02/2026 - 16:14
Meriem Khaer
Le Conseil de la concurrence a soumis le marché du rond à béton à une analyse approfondie qui couvre la période 2018-2024. Cette étude souligne les capacités de production sous-exploitées, ainsi que des marges bénéficiaires variables, qui demeurent inférieures au seuil de référence adopté en Europe.
Dans son avis, le Conseil de la Concurrence montre que l’analyse du taux de marge nette révèle que la rentabilité des entreprises, sur la période étudiée, est restée au-dessous du seuil de 8%, considéré par la Commission européenne comme suffisant pour couvrir les investissements dans ce secteur.
Marges bénéficiaires
Concernant les niveaux de rentabilité, les meilleurs ont été enregistrés en 2019 et 2021, années marquées par une bonne dynamique du secteur du bâtiment, avec des marges nettes comprises entre 2,5% et 3,4%. En 2024, malgré l’augmentation de la demande qui a enregistré plus de 5% en volume et d’environ 9% en valeur par rapport à 2023, la rentabilité n’a pas dépassé ces niveaux. Le Conseil note que la reprise observée en 2023 et 2024 a principalement bénéficié aux opérateurs ayant investi dans l’excellence opérationnelle et l’amélioration de l’efficacité industrielle.
Dans un marché nécessitant des investissements lourds, au niveau de la création d’aciéries, les données confirment que la marge nette et le rendement des capitaux investis demeurent inférieurs à ceux observés dans d’autres marchés, les fluctuations étant principalement liées à des facteurs externes.
Concentration de la production: 80% détenus par trois entreprises
Selon l’avis du Conseil de la Concurrence, trois entreprises contrôlent près de 80% de la capacité nationale de production de rond à béton, soit une estimation de 3,29 millions de tonnes par an. Entre 2018 et 2024, l’offre nationale a été dominée par deux opérateurs ayant lancé leurs activités sidérurgiques en mai 2022, contribuant ensemble à 70% à 80% de l’offre.
Sur le plan géographique, à l’exception d’une usine de façonnage du fer à Nador, l’ensemble des unités industrielles est concentré dans la région Casablanca-Settat, principal pôle de consommation. Cette localisation bénéficie de la proximité des ports de Casablanca et de Jorf Lasfar pour l’acheminement des matières premières, qu’il s’agisse de ferraille ou de billettes importées.
La capacité annuelle totale dans cette région atteint environ 2,7 millions de tonnes pour les produits semi-finis, dont 800.000 tonnes issues d’une usine, et près de 2,6 millions de tonnes de rond à béton. Les unités de Casablanca-Settat assurent entre 90% et 100% de la production nationale selon les diamètres.
Marges des distributeurs
Les hausses des prix moyens de vente TTC pratiquées par les distributeurs en 2022 ont permis de compenser l’augmentation des coûts des carburants et des intrants liés à la distribution du rond à béton, ainsi que l’appui accordé par l’État aux professionnels du transport à partir d’avril 2022.
Toutefois, les données montrent que les hausses de prix en 2021 et durant les neuf premiers mois de 2022 n’ont pas amélioré les marges commerciales, lesquelles ont plutôt reculé par rapport aux années précédentes. L’éventuelle hausse des marges chez certains distributeurs demeure liée au volume d’activité, à l’étendue géographique et à des activités connexes.
Investissements de plusieurs milliards de dirhams
Entre 2018 et 2021, l’industrie du rond à béton a enregistré des investissements de 2,396 milliards de dirhams. L’année 2021 a notamment été marquée par un renforcement de l’intégration amont des processus de production. À l’horizon 2026, plus de 4,6 milliards de dirhams d’investissements sont programmés, incluant des projets de développement de la production d’acier long et de valorisation du minerai de fer.
Taux d’utilisation des capacités: moins de 50% en 2022
La capacité annuelle du marché est estimée à 3,29 millions de tonnes, avec une offre diversifiée selon les diamètres. Néanmoins, le taux d’utilisation est resté inférieur aux attentes: la moyenne nationale était inférieure à 50% fin 2022, malgré les mesures de protection commerciale en vigueur depuis 2013. Elle a atteint environ 52% fin 2023. Entre 2018 et 2021, hors année 2020 affectée par la pandémie, ce taux est passé de 34,6% à 44,7%. Avant l’arrêt d’activité d’une entreprise en 2023, il avoisinait 52%. Entre 2022 et 2024, une amélioration notable a été observée, le taux progressant d’environ 45 % à plus de 53%.
Régime fiscal et importations
L’activité sidérurgique liée au rond à béton est soumise aux dispositions du Code général des impôts, notamment l’impôt sur les sociétés, la TVA et la taxe professionnelle. L’article 13 de la loi de finances 2013 a instauré une taxe spéciale sur le fer à béton de 0,10 dirham par kilogramme vendu, soit 100 dirhams la tonne, dont les recettes sont affectées au financement des programmes de résorption de l’habitat insalubre.
En matière d’importation, le rond à béton bénéficie de droits de douane nuls dans le cadre de plusieurs accords de libre-échange, tandis qu’un droit de 30% s’applique hors accords. Les intrants industriels, tels que les billettes et la ferraille importées, sont soumis à des droits réduits, à la taxe parafiscale à l’importation et à la TVA. Depuis 2019, l’importation et l’exportation de la ferraille sont soumises à licence afin de préserver les ressources nationales et de respecter les engagements environnementaux.
Mesures de sauvegarde et défense commerciale
Afin de protéger la production nationale contre les importations massives, des mesures de sauvegarde ont été instaurées sous forme de droits de douane additionnels appliqués au-delà de contingents d’importation. Régulièrement révisées et prorogées entre 2014 et 2023, ces mesures ont contribué à améliorer la compétitivité du produit local et à limiter les impacts négatifs sur l’industrie sidérurgique nationale.
Par ailleurs, l’amendement de l’accord de libre-échange avec la Turquie prévoit l’application d’un droit d’importation renforcé sur le rond à béton après l’expiration des mesures de sauvegarde. Plus récemment, l’importation de billettes d’acier à forte teneur en CO₂ a été soumise à licence, illustrant l’intégration croissante des considérations environnementales dans la régulation du secteur.
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