Société
Santé: la révision de la Tarification nationale de référence toujours en salle d'attente!
16/10/2024 - 11:51
Khaoula Benhaddou
Inchangée depuis 2006, la Tarification Nationale de Référence (TNR) est un sujet qui fâche. Malgré les nombreuses tentatives, la révision de la TNR ne passe toujours pas. A quoi sert cette tarification ? Qu’est ce qui bloque son application ? Et comment elle permettra de mettre fin aux pratiques illégales dans les cliniques comme le noir et les chèques de garantie. Elements de réponses
La tarification nationale de référence (TNR) sert de base pour le remboursement des frais de consultation et de médicaments ou la prise en charge dans le cadre d’une hospitalisation dans le secteur privé.
Appliquée depuis 2006, la TNR est considérée par les spécialistes comme "dépassée et obsolète". A ce propos, des syndicats et associations qui travaillent dans le domaine de la santé ne cessent d’appeler à sa révision.
D’ailleurs, ces syndicats ont adressé une lettre à l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM) pour reprendre le dialogue à propos de ce dossier épineux.
Contacté par SNRTnews, Saïd Afif président du Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP) précise que la révision de la TNR est une question urgente "le Maroc est inscrit dans un chantier important relatif à la généralisation de la protection sociale. Ce projet a pour but d’offrir un accès juste et équitable des marocains aux services de santé. Pour accompagner ce projet important, il est essentiel de réviser la tarification nationale de référence".
Et de poursuivre "la révision de la TNR s’impose dans le contexte socioéconomique dans lequel nous vivons et qui impacte directement le pouvoir d’achat des marocains. Il est inadmissible que le patient, qui souffre de l’impact de l’inflation, continue de prendre en charge jusqu’à 60% des frais de certains dossiers médicaux. Il faut savoir que ces charges supplémentaires poussent plusieurs patients à abandonner les soins et à vivre malgré eux avec des maladies qui auront des répercussions graves plus tard. Cela est d’autant plus dangereux quand le patient souffre de maladies chroniques" déplore le spécialiste.
Pour plus de précisions, Dr Afif rappelle que "pour une consultation chez le généraliste, un patient paie 200 dhs alors qu’il n’est remboursé qu’à 80 dhs. Même chose pour une consultation chez le spécialiste qui coûte 300 dhs alors que le patient n’est remboursé par la CNSS qu’à 150 dhs. C’est injuste de demander aux patients de prendre en charge toute cette différence".
Et d'ajouter "3% des assurés qui souffrant de maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques, les maladies rénales ou le cancer consomment 52% du budget. 30% des dépenses partent dans les médicaments et seulement 4% sont alloués aux diagnostics et consultations. Si on révise cette tarification, elle nous permettra de mieux suivre les patients et surtout de prévenir plusieurs maladies chroniques".
La même problématique se pose en cas d’admission à la réanimation "pour une journée à la réanimation, le patient ne touchera que 1400 dhs de remboursement de la CNSS alors que ce tarif est dépassé de loin. Il faut revoir les prix de la réanimation et de la consultation si on veut vraiment atténuer les dépenses des patients et améliorer les services".
Des conventions en salle d’attente !
La révision de la tarification nationale de référence a fait l’objet de 3 conventions signées en janvier 2020 entre la CNSS, les établissements de soins privés, les médecins spécialistes du privé et les médecins généralistes du privé. Ces conventions devaient permettre de réduire le reste à charge pour les citoyens.
Ces conventions signées en 2020 avec l’ANAM, la CNSS et la tutelle stipulent que sur une consultation chez les spécialistes à 250 dirhams, à 150 dirhams chez le généraliste, un lit d’hospitalisation à 850 dirhams au lieu de 550 et une réanimation à 2.500 au lieu de 1.500 dirhams.
Entre temps, les prix de consultations chez les médecins ont augmenté et le remboursement n’a pas suivi…
La TNR mettra fin aux pratiques illégales de certaines cliniques
Interrogé sur la question au parlement, ce lundi 14 octobre, le ministre de la santé et la protection sociale Khaled Ait Taleb a admis l’existence de certains dysfonctionnements dans le secteur des cliniques privées "malgré les efforts réalisés, la demande des chèques de garantie et du noir dans certaines cliniques privées persiste toujours. Nous avons d’ailleurs recensé une série d’infractions dans des cliniques privées, qui exigent de chèques de garantie aux patients pour accéder aux soins, la surfacturation ou encore la pratique du noir. Ces pratiques nécessitent l’activation des missions de contrôle et d’inspection" et d'ajouter "la mise à jour de la tarification nationale de référence permettra de mettre fin à ces pratiques et à aller vers plus de transparence".
Affaire à suivre...
Articles en relations
Politique
Politique
Société
Société