Art & Culture
Tahar Rahim au FIFM: Confidences sur un parcours guidé par la peur de se répéter
04/12/2025 - 10:28
Mohammed Fizazi | Ayoub MouhyiddineInvité du programme "Conversations "de la 22e édition du Festival International du Film de Marrakech (FIFM), l’acteur français Tahar Rahim s’est entretenu avec la journaliste Jihane Bougrine. Il y dévoile sa méthode de travail, son rapport à la transformation physique, l’évolution de sa carrière et sa manière d’aborder ses rôles au fil du temps.
Souvent qualifié d’"acteur caméléon", Rahim considère cette appellation comme un encouragement, voyant dans la transformation un élément essentiel de son processus artistique. Pour "Alpha", réalisé par Julia Ducournau, il a perdu de nombreux kilos afin d’incarner un personnage marqué par la maladie et l’addiction. Il raconte comment la réalisatrice, remarquant un début de panaris, l’a incité à consulter, évitant ainsi une complication grave. Selon lui, le corps constitue un espace de vérité, et lorsque la métamorphose sert le récit, elle devient indispensable. Il souligne cependant la nécessité de se protéger durant ce type de rôles, notamment grâce à un encadrement médical et à une attention portée à l’impact de ces transformations sur ses proches.
Rahim évoque également son adolescence à Belfort, marquée par la découverte du cinéma, née de l’ennui et d’un rapport instinctif à la salle obscure. Les fugues pour aller voir des films nourrissent alors une vocation qui s’impose progressivement.
L’acteur décrit ensuite son travail avec Julia Ducournau, qui filme les corps comme des paysages, guidant ses comédiens par le rythme, l’énergie et la lumière. Il oppose cette approche à celle d’Asghar Farhadi, fondée sur une précision extrême qui, paradoxalement, donne à l’écran une impression de liberté totale.
Il revient aussi sur "Le Mauritanien", inspiré de l’histoire réelle de Mohamedou Ould Slahi. Bouleversé par le scénario, Rahim mesure la responsabilité d’incarner un témoignage authentique. Sa rencontre virtuelle avec Mohamedou le pousse à ajuster son jeu, soucieux de respecter l’intimité d’un homme profondément marqué par son parcours.
Interrogé sur son rapport aux langues, il explique que jouer en arabe, en anglais ou en italien modifie son rapport à l’émotion: chaque langue possède une musicalité particulière qui influence sa manière d’habiter un personnage.
Rahim a également abordé son évolution en tant qu’acteur. Il confie qu’il lui arrive parfois de percevoir un manque dans certains de ses rôles passés, attribuant ce sentiment à l’immaturité de l’époque ou à un instinct encore difficile à saisir. Il précise ne revoir ses films qu’à deux reprises: une première pour se découvrir dans le rôle, une seconde pour être en mesure d’en parler.
Il revient sur la manière dont il construit sa carrière, affirmant l’importance des refus autant que des engagements. Selon lui, une trajectoire se dessine aussi par les projets auxquels on renonce. Il dit vouloir continuer à défendre des films portés par de grands réalisateurs et cherche à repousser constamment ses propres limites. La peur de se répéter demeure l’un de ses moteurs : il souhaite explorer des terrains nouveaux, éviter la redite et maintenir une forme de risque nécessaire à sa créativité.
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