Politique
UE-Maroc: 2025, une année record et un partenariat renforcé à l’horizon 2026
17/02/2026 - 15:21
Matar Bensalmia | Mohammed ChafiRéunis mardi 17 février à Rabat à l’occasion de leur conférence de presse annuelle, la Délégation de l’Union européenne au Maroc et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont dressé le bilan de l’année 2025 et dévoilé les priorités qui structureront la coopération bilatérale en 2026. Une rencontre inscrite dans un contexte politique et géostratégique dense, marqué notamment par la tenue, fin janvier à Bruxelles, du Conseil d’association UE–Maroc, le premier depuis sept ans.
Pour l’ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, Dimiter Tzantchev, l’année écoulée a constitué “une période de développement actif des relations bilatérales”, dans un environnement international traversé par de profondes recompositions. “Le dernier Conseil d’association tenu le 29 janvier a permis aux 27 États membres de réaffirmer leur volonté commune de renforcer le partenariat stratégique avec le Maroc”, a-t-il souligné, insistant sur le caractère inédit de cette réunion après plusieurs années d’interruption.
La position de l’UE sur le Sahara marocain réaffirmée
Ce Conseil d’association a également été l’occasion pour l’Union européenne de présenter officiellement sa position sur la question du Sahara marocain. Selon Dimiter Tzantchev, l’UE et ses États membres ont rappelé leur attachement au règlement de ce différend dans le cadre de la résolution 2792 du Conseil de sécurité de l’ONU. “L’Union européenne salue les résolutions qui appuient les négociations fondées sur le plan d’autonomie présenté par le Royaume du Maroc, en vue d’aboutir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable”, a-t-il précisé, soulignant que “l’autonomie véritable pourrait représenter l’une des solutions les plus réalistes”.
Au-delà de cette question centrale, l’ambassadeur a rappelé le rôle stratégique du Maroc dans le voisinage méridional de l’Union européenne. Migration, lutte contre le changement climatique, sécurité énergétique, stabilité régionale en Afrique du Nord et au Sahel ou encore lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale figurent parmi les dossiers structurants de cette coopération. “Dans un environnement international marqué par les tensions, la valeur de partenaires stratégiques comme le Maroc prend tout son sens”, a-t-il affirmé.
Le Pacte pour la Méditerranée, nouveau cadre structurant
L’année 2025 a également été marquée par le lancement du Pacte pour la Méditerranée, une initiative majeure destinée à renouveler et approfondir les relations entre l’Union européenne et les pays du sud de la Méditerranée. Ce pacte repose sur trois piliers complémentaires: humain, économique, et paix et stabilité.
Le pilier humain vise notamment le renforcement de l’éducation, de la formation, de la culture, du sport et de la mobilité des jeunes. Le pilier économique cible la croissance, la transition écologique, les énergies renouvelables et le développement d’une économie bleue durable. Quant au troisième pilier, il porte sur la gestion conjointe des migrations, la sécurité, la justice et la lutte contre les menaces partagées, y compris la gestion des frontières. Plus de 100 initiatives concrètes sont prévues, allant de la coopération énergétique transméditerranéenne à la création d’une université méditerranéenne, en passant par un système d’alerte précoce basé sur l’intelligence artificielle pour les catastrophes naturelles.
Une coopération aux impacts tangibles pour les citoyens
Illustrant la portée concrète de ce partenariat, Dimiter Tzantchev a mis en avant le programme “Karama”, par lequel l’Union européenne accompagne la réforme de la protection sociale au Maroc. En 2025, un appui financier de 292 millions de dirhams a permis d’élargir l’assurance maladie obligatoire, de digitaliser les aides sociales et de renforcer le ciblage des bénéficiaires. À fin août 2025, plus de quatre millions de familles marocaines bénéficiaient d’aides sociales directes, incluant 5,5 millions d’enfants et 1,3 million de personnes âgées.
Une année record pour la BEI au Maroc
Adrien De Bassompierre, chef de la représentation de la BEI au Maroc, a qualifié 2025 d’année record pour l’institution. “Nous avons signé de nouveaux engagements à hauteur de 740 millions d’euros, le niveau le plus élevé depuis 2012”, a-t-il indiqué, rappelant que le partenariat entre la BEI et le Maroc remonte à 1979, avec plus de 10 milliards d’euros investis à ce jour.
Ces engagements ont concerné des secteurs stratégiques. Dans le domaine de l’eau potable, un financement de 70 millions d’euros a été accordé à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable pour moderniser la production et le transport de l’eau, notamment au profit des zones rurales et des petites villes. En matière de transition énergétique, 170 millions d’euros ont été mobilisés pour renforcer et moderniser le réseau électrique, facilitant l’intégration des énergies renouvelables.
La BEI a également soutenu la reconstruction post-séisme avec une enveloppe de 500 millions d’euros, deuxième tranche d’un programme d’un milliard d’euros, destiné à la réhabilitation des routes, des écoles et des infrastructures de santé, contribuant à la reprise économique et au désenclavement des zones touchées.
Cap sur 2026: infrastructures, climat et emploi
Pour 2026, la BEI entend poursuivre son action en faveur des infrastructures essentielles, de la transition énergétique et de la résilience climatique. Les priorités incluent le renforcement des réseaux d’eau et d’électricité, le développement de la mobilité durable, l’appui aux universités, la transition numérique et l’accompagnement des régions dans leur développement territorial.
“Notre objectif est de générer des impacts concrets, créateurs d’emplois et de prospérité partagée, au service des citoyens marocains et européens”, a conclu Adrien De Bassompierre, rappelant que le Pacte pour la Méditerranée, le programme Global Gateway et le partenariat vert constituent désormais le fil conducteur de l’action de la BEI au Maroc.
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