Société
Violences urbaines au Maroc: un phénomène amplifié par les réseaux sociaux
03/04/2025 - 11:02
Morad Karakhi | Mohammed Fizazi
Le Maroc connaît une recrudescence des actes de violence perpétrés principalement par des adolescents, souvent filmés et diffusés sur les réseaux sociaux. Cette tendance soulève des interrogations sur les causes sous-jacentes et les moyens de les endiguer
En avril courant, les forces de l'ordre de la ville de Tamesna ont arrêté un individu apparaissant dans une vidéo où il interceptait un groupe de personnes, dont des enfants mineurs, avant de menacer l’un d’eux avec une arme blanche et de lui dérober des effets personnels.
Avant cet incident, les éléments des forces de l'ordre de la ville d’Erfoud avait interpellé un étudiant d’un institut de formation professionnelle pour avoir agressé violemment une enseignante à l’aide d’un objet tranchant en pleine voie publique. Cette dernière a dû être transférée en soins intensifs.
Des causes multiples
Hassan Krenfel, professeur de sociologie à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d’El Jadida, estime que les cas d’agressions et de violences dans l’espace public ne sont pas nouveaux au Maroc, mais que les réseaux sociaux ont contribué à une diffusion plus large des vidéos et images documentant ces actes.
Il a expliqué, dans une déclaration à SNRTnews, que la majorité des auteurs de violences dans la rue qui filment leurs actes ont entre 15 et 20 ans. Cette tranche d’âge se caractérise par une volonté d’expression de soi et de recherche d’attention. Il souligne que le milieu social et l’éducation sont les principales causes de comportements violents.
Il ajoute que l’absence de moyens permettant à ces jeunes de se distinguer ou de réussir dans des domaines comme le sport, l’éducation ou l’art, combinée au manque d’encadrement et de conscience, pousse nombre d’entre eux à considérer la violence comme un moyen d’affirmation personnelle.
Selon lui, les réseaux sociaux facilitent la documentation et la diffusion massive de ces comportements dans une quête de "pseudo-célébrité", ce qui a fortement contribué à l’augmentation de ces actes criminels qui mènent leurs auteurs à passer des années derrière les barreaux.
Il précise que ces comportements trouvent principalement leur origine dans des problèmes sociaux et économiques tels que la pauvreté, le faible niveau d’instruction et la désintégration familiale, ce qui accroît le stress et le désespoir. Il mentionne aussi l’usage de drogues, très répandu chez les auteurs de ces actes, ce qui renforce leur audace à commettre des crimes.
Il a également souligné l’impact du numérique dans l’augmentation de la violence, à travers la prolifération de contenus agressifs en ligne et le manque de contrôle sur les réseaux sociaux.
Une responsabilité partagée
Dans le même contexte, Abdelfattah Ezzine, chercheur en sociologie, estime que la responsabilité de la propagation de la violence est partagée entre plusieurs acteurs, de la famille à l’école, en passant par les institutions de la société civile, les partis politiques et les médias.
Il a déclaré à SNRTnews que la promotion de la violence dans certains films, jeux vidéo et contenus numériques contribue largement à banaliser la violence chez les jeunes et les adolescents, notamment sur Internet, où de nombreux contenus glorifient la violence.
Il a ajouté que les agressions, qu’elles soient physiques ou verbales, sont devenues fréquentes dans les espaces publics, des marchés et rues aux transports et lieux de divertissement, ce qui accroît l’inquiétude des citoyens et pose de grands défis aux autorités sécuritaires et judiciaires.
Comment faire face à ces comportements?
Hassan Krenfel considère que la réponse ne doit pas se limiter à une approche sécuritaire, mais nécessite de renforcer la sensibilisation et l’éducation, en instaurant des valeurs morales et une éducation saine au sein de la famille et de l’école, et en diffusant une culture de dialogue et de tolérance.
Il poursuit en affirmant que le contexte social joue un rôle central. Il recommande d’orienter les politiques vers l’amélioration des conditions économiques et sociales, soulignant que la création d’emplois et le soutien des catégories vulnérables peuvent réduire les pressions psychologiques à l’origine de la violence.
Il appelle à orienter les adolescents et les jeunes vers des activités saines comme le sport, les arts ou la culture, et à leur apprendre à utiliser les réseaux sociaux à des fins éducatives et de sensibilisation.
De son côté, Abdelfattah Ezzine insiste sur l’importance de renforcer le rôle de la société civile, affirmant que les associations et organisations doivent jouer un rôle plus actif dans la diffusion de la conscience et l’organisation de campagnes contre la violence.
Il a souligné la nécessité de repenser les méthodes d’enseignement, en évitant de se limiter aux moyens traditionnels, et en intégrant des approches pédagogiques modernes, y compris la manière d’interagir avec les technologies et les réseaux sociaux, afin de renforcer les compétences de réception des enfants et des adolescents.
Enfin, il a insisté sur l’importance d’adopter des lois plus strictes pour restreindre la diffusion de contenus violents en ligne, estimant que "ceux qui diffusent la violence en sont les promoteurs".
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