Art & Culture
Accompagner le Festival International du Film de Marrakech… L’âge de maturité?
04/12/2025 - 13:44
Jamal El Khanoussi
Le débat qui anime ces jours-ci les médias marocains — radios, télévisions, sites électroniques et réseaux sociaux — est très prometteur. Un débat autour du Festival International du Film de Marrakech, autour des films… et autour du cinéma.
Une couverture quotidienne, des pages entières dans la presse nationale, un suivi minutieux sur les sites, des directs et des capsules vidéo… Une compétition pour accueillir les plus grandes stars, écouter les critiques les plus redoutables, capter les nouvelles et les secrets, dénicher les meilleurs angles de prise de vue… Une course vers l’excellence qu’il ne peut qu’être salutaire d’encourager.
Au fil des années, le Festival International du Film de Marrakech a réussi à former une génération de journalistes — femmes et hommes — ayant accompagné ses différentes éditions, maîtrisant ses détails et sa programmation. Une nouvelle génération de critiques, jeune et mature, s’est également structurée, nourrie d’horizons variés, ainsi que des cinéphiles passionnés d’un cinéma pur, héritier de l’âge d’or du septième art.
Le festival a pleinement compris l’importance d’accompagner journalistes et critiques, et la nécessité de tisser une "relation privilégiée" avec les femmes et les hommes des médias, avec les critiques de toutes écoles, car ils représentent une colonne vertébrale essentielle du festival, au même titre que les films soigneusement sélectionnés ou les stars du tapis rouge au rayonnement international.
Et parce que la critique cinématographique et le journalisme sérieux ne sont pas un luxe intellectuel mais une exigence fondamentale de tout événement artistique digne de ce nom, le Festival International du Film a largement ouvert ses portes à celles et ceux qui souhaitent apprendre à questionner l’image et lire les films.
Pour la deuxième année consécutive, il a organisé un atelier de critique cinématographique dirigé par le grand critique Charles Tesson, accueillant étudiants en cinéma et en journalisme des écoles et universités, ainsi que toute personne animée par la passion du septième art. Durant cinq jours, les étudiants — journalistes et critiques de demain — ont visionné les films des différentes sections, rencontré des réalisateurs internationaux, échangé avec eux, puisé dans leur expérience et leur savoir.
Ce n’est pas tout: la Fondation du Festival a également organisé à Casablanca, en juillet dernier, un atelier destiné aux journalistes, leur permettant de bénéficier du même programme de formation afin de renforcer leurs connaissances et affiner leurs talents.
Je ne vois aucune hiérarchie entre celles et ceux qui rédigent de longues critiques, les cinéphiles ardents, ceux qui formulent de brèves impressions sur les réseaux sociaux, ou les publications qui suivent les stars, leurs nouvelles et leurs secrets… Tous les ingrédients de cette recette sont nécessaires pour offrir un festival réussi, d’envergure internationale, dont nous sommes tous fiers.
Ce qui est admirable aujourd’hui, c’est que les débats populistes ou logistiques ont disparu, remplacés par un débat purement cinématographique: certains défendent le film nigérian, d’autres préfèrent le film marocain… On discute de savoir si "Aïcha Can’t Fly Away" mérite de trouver la voie vers les récompenses… On affirme que "El Sett" est une production remarquable d’un cinéaste talentueux, ou au contraire une œuvre surestimée. Le festival a réussi à créer un événement dans l’événement: un débat sur le cinéma, au cœur du cinéma, pour le cinéma.
Il est essentiel de rappeler que le journaliste et le critique méritent tous deux une place privilégiée au sein du festival: des salles de projection aux espaces de conférences… car ils se trouvent au cœur même de l’équation festival. La valeur qui leur est accordée impose une responsabilité qu’ils doivent assumer pleinement.
Le fruit de ce travail et de ces efforts commence déjà à se manifester. Journalistes et critiques ont généré un débat cinématographique authentique au cours de la 22e édition, et le festival leur a offert toutes les graines et tous les outils nécessaires: des films puissants, une programmation exigeante, et des stars de premier plan. Nous espérons donc que la formation s’intensifiera, et que cette attention se poursuivra… pour une 23e édition encore meilleure.
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