Politique
“Algorithmes” et “partis digitaux”: vont-ils trancher sur les élections législatives?
23/04/2026 - 14:12
Youness Oubaali
À l’approche des élections du 23 septembre 2026, les réseaux sociaux ne sont plus qu'un moyen complémentaire. Elles sont devenues un terrain central de la bataille électorale, puisqu’on y trouve des voix et des électeurs à convaincre avec des programmes et des visions, d’une manière adaptée à l’évolution des technologies de communication.
Le concept des partis digitaux a émergé dans le contexte des transformations que connait la technologie de communication. Les réseaux sociaux sont devenus un passage principal vers les électeurs, surtout avec la montée de l’abstention politique.
Plusieurs partis sont entrés dans une course pour adopter des outils numériques avancés, dans le but de renouveler leurs discours et toucher de nouvelles catégories d’électeurs.
Tentatives et expériences
Dans ce cadre, l’expérience du Parti de l’Istiqlal s’est distinguée comme l’un des premiers modèles à miser sur l’intelligence artificielle dans la communication politique.
Début 2025, le parti a lancé de la "Balance" deux personnages virtuels développés par l'intelligence artificielle (IA) , avec pour objectif de parler aux jeunes dans un langage digital proche d’eux et les attirer vers la participation politique.
De son côté, l’Union Socialiste des Forces Populaires a, pour la première fois, présenté des propositions détaillées liées à l’IA, affirmant que celle-ci aura un impact sur les prochaines élections.
Quant au Parti de la Justice et du Développement, il a commencé à lancer des formations dans le domaine de l’IA et de la communication digitale afin d’accompagner ces évolutions.
D’autres partis commencent également à bouger en direction des prochaines élections.
Le professeur en sciences politiques Mohamed Hamidi estime que “les partis digitaux sont une continuité naturelle des profondes mutations dans la communication politique."
Et d'ajouter: "Les médias classiques ne suffisent plus à eux seuls pour atteindre l’électorat. Les réseaux sociaux sont devenus un passage obligé pour atteindre l’opinion publique, surtout chez les jeunes, qui représentent une grande masse électorale, mais aussi la catégorie la plus abstentionniste.”
Selon les propos qu’il déclare à SNRTnews, cela place les partis face à une équation compliquée: comment séduire une jeunesse qui s’exprime avec un langage numérique différent, fonctionne avec une logique rapide et interactive, alors que le discours partisan reste encore prisonnier des discours traditionnels?
Des méthodes classiques toujours collées aux partis
Dans ce contexte, Hamidi souligne que la majorité des partis continuent à utiliser des méthodes classiques dans leur communication digitale. Leurs pages officielles paraissent figées et se limitent souvent à publier des communiqués et des photos sans attractivité ni interaction.
Il ajoute que ce style de communication montre un manque de compréhension réelle des enjeux du digital, qui repose d’abord sur l’interaction, le débat et l’engagement, et non sur la simple diffusion des messages rhétoriques.
Il indique aussi que le problème ne se limite pas à la faiblesse du contenu, mais touche également au manque de continuité. Les partis s’activent numériquement à certaines périodes, surtout juste avant les élections, puis retombent dans le silence. Cela affaiblit leur crédibilité et rend leur présence peu influente.
De son côté, le spécialiste en communication politique Said Fares attire l’attention sur un autre phénomène qui aggrave la crise numérique des partis: la personnalisation de la communication politique.
Il explique que “certains partis semblent très dépendants de leurs leaders, au point que ces derniers deviennent l’unique vitrine du parti, parfois même, ils monopolisent la communication via leurs comptes personnels, ce qui vide le parti de son identité institutionnelle et le rend dépendant de l’image d’un individu”.
Fares ajoute que beaucoup de comptes partisans se contentent de couvrir les activités des dirigeants ou de republier leurs sorties médiatiques, sans participer aux débats publics ni proposer un contenu explicatif et interactif qui rapproche les programmes des citoyens.
Selon lui, ce style ne construit pas une confiance digitale, au contraire, il creuse davantage le fossé entre l’acteur politique et la société.
Vers une bataille numérique intense
Les deux intervenants s’attendent à ce que les plateformes numériques des partis connaissent une forte dynamique à l’approche des élections. Elles deviendront des espaces de mobilisation, d’appel au vote, mais aussi d’échanges de critiques entre majorité et opposition.
Ils rappellent également des expériences internationales, notamment en France et en Espagne, qui montrent que la réussite en communication politique digitale ne dépend pas seulement de la présence en ligne, mais surtout de la capacité à comprendre les algorithmes des plateformes et produire un contenu adapté à chaque réseau, que ce soit Facebook, X, TikTok ou Instagram.
Ils estiment enfin que l’utilisation de l’IA et des technologies digitales peut devenir une porte d’entrée pour renforcer la participation des jeunes, grâce à un contenu attractif et interactif aligné avec leurs centres d’intérêt.
Mais atteindre cet objectif dépendra surtout de la capacité des partis à comprendre les codes des plateformes numériques et à produire un contenu simple, proche du langage des jeunes, que ce soit pour les convaincre de voter ou de s’engager en politique.
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