Politique
Participation des jeunes aux élections: dynamique contrastée
05/04/2026 - 11:08
Meriem Khaer
La participation des jeunes aux élections au Maroc s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique contrastée, marquée par un engagement visible sur les réseaux sociaux, mais plus limité dans l'implication électorale souvent jugée insuffisante.
A l’approche des élections législatives qui auront lieu le 23 septembre 2026, les réseaux sociaux sont devenues des espaces d’expression politique pour les jeunes, ils y partagent leurs opinions, commentent l’actualité et débattent des enjeux sociaux, économiques et politiques. Cette présence active traduit un intérêt réel pour la vie publique, mais qui se traduira-t-elle pas par une participation concrète lors des élections?
Dans une déclaration à SNRTnews, la sociologue Samira Mizbar affirme que "le numérique facilite la conscientisation politique des jeunes. Ils peuvent y échanger, contrôler l’information, approfondir leurs connaissances, se forger des opinions et développer leur propre réflexion sur la scène politique au Maroc. Reste à capitaliser sur ceci pour les partis politiques qui, malheureusement, ont du mal à faire évoluer leurs pratiques et leurs organisations."
Et d'ajouter: "Le jour où les responsables de partis auront moins de 25 ans, ce sera le signe que les appareils politiques auront muté de manière profonde, et nous avec."
La sociologue souligne que plusieurs facteurs peuvent aussi expliquer ce décalage. D’abord le manque de confiance envers les acteurs politiques peut freiner le passage à l’acte. Ensuite, certains jeunes estiment que leur vote a peu d’impact réel sur les décisions publiques. À cela s’ajoutent des facteurs liés à l’information, à la sensibilisation ou encore à la complexité du processus électoral.
Cette situation révèle une transformation des formes de participation politique, les jeunes privilégient de plus en plus des modes d’expression alternatifs, notamment à travers le digital, les initiatives citoyennes ou les actions associatives.
Pour renforcer le lien entre engagement numérique et participation réelle, il est important de passer par une meilleure sensibilisation, une communication plus adaptée aux attentes des jeunes, à fin que cette transition du virtuel vers le concret consolide la participation des jeunes aux élections et valorise le rôle de la jeunesse dans la vie politique.
Dans ce cadre, le professeur de droit constitutionnel et de science politique à l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès, Amine Essaid, affirme que les jeunes préfèrent s’exprimer et interagir via les plateformes numériques, qui offrent une grande liberté d’expression et une circulation rapide de l’information.
Il explique que certaines expériences internationales offrent des pistes intéressantes. "Plusieurs partis ont su s’ouvrir au numérique en développant des outils interactifs innovants. Ils ont notamment recours à des plateformes digitales pour associer les citoyens à l’élaboration des programmes électoraux, instaurer des mécanismes de consultation directe et utiliser l’analyse de données pour mieux comprendre les attentes des jeunes", poursuit-il.
D’autres initiatives reposent sur des campagnes numériques interactives, incluant des diffusions en direct, des sondages instantanés ou des espaces de débat ouverts. Ces approches permettent de rapprocher les acteurs politiques des jeunes et de renforcer leur sentiment de participation. Les réseaux sociaux deviennent ainsi un levier de transformation du rapport entre jeunesse et politique, en passant d’une médiation classique à une interaction directe et numérique.
Professeur Essaid souligne qu'une part importante des jeunes actifs sur les réseaux sociaux n’est pas inscrite sur les listes électorales, en raison notamment du phénomène d’abstention. Les partis privilégient alors des stratégies centrées sur des notables capables de mobiliser des voix sur le terrain. Il en résulte un paradoxe: une forte présence numérique ne se traduit pas toujours par un poids réel dans les urnes, révélant un décalage entre influence digitale et influence électorale.
Pour réduire cette fracture, certaines pistes sont envisagées, notamment la réforme du système d’inscription sur les listes électorales. L’introduction d’un enregistrement automatique pourrait faciliter la participation des jeunes et transformer leur influence numérique en impact électoral concret.
Par ailleurs, bien que les jeunes soient très présents dans l’espace numérique au Maroc, cette présence reste souvent peu structurée et encore peu étudiée quant à son influence réelle sur les politiques publiques.
Professeur Essaid souligne que face à ces évolutions, il apparaît essentiel que les partis politiques, les syndicats, les associations et les institutions éducatives accompagnent cette dynamique.
Sans encadrement, cet espace peut favoriser la diffusion de contenus trompeurs ou de discours polarisants, amplifiés par des logiques algorithmiques. Le manque de communication politique et d’accès à l’information renforce ces dérives.
Dès lors, une modernisation de l’action politique s’impose, à travers la création de plateformes numériques adaptées, le développement d’initiatives en phase avec les attentes des jeunes et la mise en place d’académies de formation politique, y compris sous forme digitale, afin de renforcer leur engagement et leur participation à la vie publique.
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