Société
Casablanca: comment expliquer la prolifération des pigeons?
27/04/2025 - 22:14
Khaoula Benhaddou
Présents dans chaque coin de rue, ou presque, les pigeons font désormais partie du décor de Casablanca. Si pour certains, ces petits volatiles sont "mignons" et " "inoffensifs", d’autres souffrent de leurs odeurs, leurs roucoulements et surtout de leurs attaques de fiente. Comment expliquer la prolifération des pigeons dans la métropole? Les citoyens ont-ils une part de responsabilité? Et où en est le projet de Casabaia pour faire face à ces nuisibles? Éléments de réponse
Depuis plusieurs mois, les casablancais souffrent de la prolifération des pigeons. Si ces derniers peuvent paraitre inoffensifs, les habitants de plusieurs quartiers de la métropole souffrent de la saleté, de l’odeur et de leurs attaques de fiente.
"Le quartier Bourgogne est envahie par les pigeons. Nous souffrons au quotidien de la saleté, de l’odeur nauséabonde et du roucoulement qui commence dès l’aube, sans oublier l’allergie qu’a développé mon fils à cause d’eux", déplore un habitant du quartier.
A part l’odeur et la saleté, les habitants souffrent des attaques sur leurs voitures, "les pigeons volent tout prêt de nos voiture et heurtent souvent le pare-brise causant plusieurs dégâts", explique un automobiliste.
Comment expliquer la prolifération des pigeons à Casablanca ?
Contacté par SNRTnews, une source à Casabaia, société de développement local (SDL), précise que la prolifération des pigeons dans les artères de Casablanca, comme dans d’autres grandes villes marocaines et mondiales, s’explique par plusieurs facteurs combinés; "Casablanca offre un environnement urbain favorable, notamment grâce à la nourriture abondante. Les pigeons se nourrissent des restes de nourriture jetés dans les rues, des graines dispersées volontairement ou non et des déchets autour des marchés, terrasses et poubelles".
Et d’ajouter: "à part la nourriture abondante, l’architecture de la ville est adaptée, vu que les bâtiments, corniches, toits et monuments offrent des lieux de nidification idéaux comme les immeubles du centre-ville ou la mosquée Hassan II, sans oublier l’absence de prédateurs naturels puisqu'en ville, les rapaces (faucons, hiboux) sont rares, ce qui limite la régulation naturelle".
D’autres facteurs interviennent également comme l’explique Casabaia; "les poubelles mal fermées et les déchets alimentaires exposés (notamment près des souks, boulangeries et restaurants) constituent une source de nourriture facile, sans oublier que les pigeons se démarquent par une reproduction rapide et courte: Un couple de pigeons peut produire jusqu’à 12 pigeonneaux par an avec 4 à 6 couvées annuelles", souligne Casabaia qui précise que le pigeon biset urbain a évolué pour survivre en milieu hostile (pollution, bruit, etc).
Les facteurs climatiques et géographiques facilitent également la prolifération des pigeons; "Casablanca bénéficie d’un climat tempéré toute l’année, sans grand froid, ce qui favorise leur survie, sans oublier la proximité de la mer qui facilite l’accès à l’eau et aux ressources".
Les citoyens ont une grande part de responsabilité
Malgré l’interdiction, certains habitants jettent du pain ou des graines pour les pigeons (par tradition, croyance ou simple habitude), ce qui les encourage à se concentrer dans des zones précises.
"Les citoyens jouent un rôle crucial dans cette problématique. Beaucoup continuent de nourrir les pigeons, pensant bien faire, sans réaliser que cela contribue à leur multiplication incontrôlée", explique Casabaia qui rappelle que cette prolifération cause de nombreux dégâts. "Les fientes abîment les bâtiments et le mobilier urbain, obstruent les gouttières et peuvent transmettre des maladies comme la psittacose ou la salmonellose sans oublier la nuisance sonore et les dégâts matériels vu que les nids bouchent parfois des ventilations ou systèmes électriques".
Quid du plan d’action de Casabaia?
Mis en place depuis plusieurs mois, le plan d’action de Casabaia a pour but de réguler la population de pigeons et d’autres espèces nuisibles comme les pics-bœufs. Celui-ci inclut des campagnes de capture et redéploiements des oiseaux capturés, la sensibilisation, l’installation de dispositifs anti-nidification sur des bâtiments publics, et parfois l’usage de méthodes de stérilisation.
"Casabaia a pris plusieurs mesures pour limiter cette prolifération, notamment à travers la pose de filets sur les arbres et pics anti-pigeons sur les bâtiments publics, l’utilisation de lances filets pour la capture, le dénichage, les campagnes de stérilisation par pulvérisation à l’aide de drone pulvérisateur de produits naturels sur les nids pour empêcher l’éclosion des œufs et la pose de plaques signalétiques interdisant le nourrissage des oiseaux nuisibles. Cependant, l’efficacité reste limitée en raison du manque de coordination et de la persistance des habitudes urbaines favorisant leur reproduction".
A côté du plan d’action de Casabaia, l’Association marocaine pour la protection des rapaces (AMPR) a mené une initiative en partenariat avec la société de régulation de nuisible Perliargo.
Réalisée avec la permission de la Direction régionale des Eaux et forêts de Casablanca, cette initiative consiste à utiliser les faucons pour lutter contre la prolifération des pigeons. Le choix des faucons n’est pas fortuit puisqu’ils sont considérés comme des rapaces prédateurs pouvant consommer entre 600 et 800 pigeons chaque année.
Pour rappel, la première étape de ce projet a démarré en octobre 2019 en mettant en place un nichoir artificiel suspendu au 12e étage de la Grande mosquée Hassan II préparé spécialement pour attirer les faucons pèlerins.
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