Economie
Casablanca-Settat: moteur économique du Maroc avec des inégalités persistantes
17/10/2025 - 13:19
Khaoula Benhaddou
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de publier le rapport régional 2025 sur la région Casablanca-Settat (RCS). Ce rapport dresse l’état des lieux de la mise en oeuvre des 17 ODD au niveau de la région de Casablanca-Settat, tout en identifiant les principaux défis et enjeux à relever, ainsi que les mesures et les stratégies mises en oeuvre au niveau de la région pour accélérer l’atteinte des cibles.
Région la plus peuplée et la plus dynamique du Maroc, Casablanca-Settat continue de jouer un rôle central dans l’économie nationale. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), elle concentre à elle seule une part considérable de la richesse, de l’emploi et de la production industrielle du pays. Pourtant, derrière cette vitalité économique, se cachent encore des fractures sociales qui freinent une répartition équitable du développement.
Fruit d’un travail collaboratif incluant la Wilaya, les provinces et préfectures, le conseil régional, les services déconcentrés de l’Etat, les organismes et agences, le milieu académique et la société civile, ce rapport présente également un tableau de bord permettant de positionner la région par rapport au national au regard des ODD et une liste de correspondance entre les principales stratégies déclinées au niveau territorial et les ODD.
Profil de la Région Casablanca Settat
RCS, la région la plus peuplée du Maroc, avec 7,7 millions d’habitants en 2024, représente 20,9% de la population nationale et concentre une part significative de la richesse, de l’emploi et de la production industrielle du pays. D’ici 2030, sa population devrait dépasser 8,3 millions, avec un taux d’urbanisation estimé à 80,6%.
Santé et infrastructures sociales : des progrès tangibles
La région dispose en 2023 de 27 hôpitaux publics et 142 cliniques privées, représentant un tiers des établissements privés nationaux. La couverture médicale s’est améliorée, portée par l’extension du RAMED, l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) et d’autres régimes sociaux. Le taux de couverture médicale est passé de 48,6% en 2017 à 67,4% en 2024.
La santé maternelle et infantile a également progressé, avec 91,4% de femmes enceintes ayant bénéficié d’une consultation prénatale en 2018 et un taux de vaccination des enfants de 12 à 23 mois de 95,5%.
Education nationale: le taux de scolarisation dépasse les 80%
En matière d’éducation, la RCS a amélioré l’accès et la qualité de l’enseignement. Le taux de préscolarisation a atteint 83,35% en 2023-2024, contre 72% en 2020-2021. L’enseignement secondaire collégial et qualifiant progresse également, avec des taux de scolarisation respectifs de 85,8% et 60,3%. La parité filles-garçons est pratiquement atteinte dans tous les cycles.
Logement et urbanisme sept villes de la RCS ont été déclarées sans bidonvilles
Le programme "Villes sans Bidonvilles" a démarré dans sa première phase avec 88.843 ménages à traiter entre 2006 et 2014, suivi d’une convention signée pour traiter 61000 ménages, en plus d’une autre convention pour le traitement de 20.474 ménages actuellement en cours. Ainsi, sept villes de la RCS ont été déclarées sans bidonvilles.
Par ailleurs, 2.120 ménages ont bénéficié d’un relogement hors convention, tandis que 825 ménages ont reçu une indemnisation. Notons que la région a besoin de 5443 logements pour mettre en place un nouveau programme pour l’éradication du phénomène.
De même, le programme de requalification et restructuration a ciblé, au niveau de la région, 112 quartiers regroupant une population d’environ 503720 habitants. Ces efforts ont permis d’enregistrer des acquis se traduisant par la diminution continue de la proportion de l’habitat sommaire urbain, passant de 9,7% en 2014 à 8,0% en 2017, puis à 7,6% en 2024.Toutefois, elle demeure nettement plus élevée que celle affichée au niveau national (3,3% en 2024).
Des inégalités sociales et spatiales persistantes
Malgré ces progrès, la région reste marquée par de fortes disparités. L’indice de Gini est passé de 39,6% à 42,4% entre 2014 et 2022, et l’écart de niveau de vie entre urbains et ruraux s’est accentué (2,1 fois en 2022 contre 1,9 en 2014). Les 10% les plus riches concentrent 34,8% des dépenses totales, contre 2,8% pour les 10% les plus pauvres.
Infrastructures et économie : une région connectée et productive
RCS bénéficie d’infrastructures multimodales (ports, aéroports, autoroutes et lignes ferroviaires) qui renforcent son rôle de hub économique. Malgré un ralentissement de la croissance régionale (de 7% en 2015 à 0,2% en 2022), la région conserve sa position de leader en termes de richesse et d’attractivité industrielle.
Emploi et travail: des défis à relever
La RCS abrite, à elle seule, 22,4% de l’ensemble des actifs âgés de 15 ans et plus, enregistrant ainsi un taux d’activité de 46,1%, supérieur à la moyenne nationale (43,6%). La région a également enregistré un taux d’emploi passant de 45,0% en 2019 à 39,2% en 2023, contre 38,0% au niveau national. Ce taux cache des disparités par milieu de résidence (36,5% en milieu urbain contre 49,7% en milieu rural) et par sexe (60,2% pour les hommes et 18,9% pour les femmes).
Par ailleurs, la région concentre, en 2023, plus d’un quart des chômeurs (25,8%) enregistrés au niveau national. La région a affiché en 2023, un taux de chômage de 15,0% contre 11,3% en 2017. C’est un taux supérieur à celui enregistré au niveau national (13,0%)
RCS est le premier pourvoyeur de la richesse nationale
L’évolution du taux de croissance économique à l’échelle de la région révèle une tendance baissière entre 2015 et 2022, passant de 7,0% en 2015 à 0,2% en 2022 (contre respectivement 4,5% et 1,5% au niveau national).
La RCS demeure ainsi la première région créatrice de la richesse nationale, elle a réalisé, en 2022, un PIB de près de 417,8 milliards de dirhams, ce qui représente près d’un tiers du PIB national. De même, le PIB par habitant de la région s’est également accru significativement, en passant de 45 773 dirhams en 2015 à 54 997 dirhams en 2022, enregistrant ainsi un PIB par habitant supérieur à la moyenne nationale (36 284 dirhams).
Genre et égalité : des progrès fragiles
Malgré les réformes constitutionnelles et juridiques, la violence envers les femmes reste préoccupante. En 2019, 71,1% des femmes âgées de 15 à 74 ans ont été victimes de violences sous diverses formes.
Eau, assainissement et électricité : une couverture quasi universelle
Les infrastructures hydriques se sont renforcées, avec un accès généralisé à l’eau potable en milieu urbain (97,3% de raccordement) et des progrès notables en milieu rural (passage de 91% à 98,8% entre 2015 et 2024).
Le rapport du HCP étalé sur plus de 190 pages jette la lumière sur d'autres secteurs comme le changement climatique, la promotion des énergies renouvelables, la gestion durable des ressources naturelles et des déchets, la justice ainsi que les partenariats pour le développement durable.
Malgré son dynamisme économique et ses infrastructures de pointe, Casablanca-Settat reste marquée par des inégalités persistantes et des défis sociaux majeurs. La région, moteur du Maroc, illustre que croissance et prospérité ne riment pas toujours avec équité, et que la route vers un développement durable véritable reste encore longue.
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