Société
Cinq ans après le Covid-19, qu'est ce qui a changé?
22/03/2025 - 12:14
Khawla Znaizini | Mohammed Fizazi
En mars 2020, le monde est entré dans un état d'urgence sans précédent avec l'annonce de la pandémie de Covid-19, un événement qui a bouleversé le cours de la vie et apporté de nombreux défis, notamment psychologiques. En effet, de nombreuses personnes ont souffert de séquelles psychologiques persistantes, qu'il s'agisse d'anxiété, de dépression ou de perte du sentiment de sécurité, dans un contexte où l'on a reconnu tardivement que le virus avait perturbé les services de santé mentale dans la plupart des pays du monde.
Cinq ans ont passé, mais les répercussions psychologiques de la pandémie demeurent présentes dans les esprits, ébranlant les fondements des émotions et des pensées, et laissant une question toujours en suspens: dans quelle mesure la psychologie collective a-t-elle été affectée par la pandémie de Covid-19 ?
Mariam, 28 ans, comptable à Rabat, menait une vie normale avant la pandémie de Covid-19. Elle fréquentait régulièrement les cafés et restaurants avec ses amis et rendait visite à sa famille à Fès tous les deux mois. Mais avec le début du confinement, sa vie a changé.
Mariam confie à SNRTnews : "Au début, la peur du virus était naturelle, mais avec le temps, je suis devenue obsédée par l’hygiène. Si j’entre dans un endroit bondé, je ressens une forte anxiété et j’imagine que je vais être contaminée. Je me lave les mains des dizaines de fois par jour, je désinfecte mes vêtements et je refuse de serrer la main des gens. Même après la vaccination, je n’ai pas réussi à me débarrasser de ces peurs."
En juillet 2020, elle a contracté le Covid-19, mais s’en est remise. Pourtant, elle continue de souffrir d’une peur intense de l’infection : "J’ai l’impression que je vais mourir, puis je pleure avec une telle intensité que j’ai mal au corps et aux poumons", explique-t-elle. Cette anxiété est souvent accompagnée d’un sentiment de frustration, car elle n’arrive pas à progresser dans sa vie et craint qu’il lui faille des années pour retrouver une vie normale et surmonter les symptômes du trouble obsessionnel compulsif (TOC).
Mariam a suivi une thérapie pendant un an, mais elle souffre encore des effets du TOC, ce qui a affecté ses relations sociales. Elle décline les invitations de sa famille et de ses amis, préférant l’isolement et le travail à domicile.
Un deuil marqué par la pandémie
Abderrahim, la quarantaine, menait lui aussi une vie stable à Casablanca avec sa femme et ses enfants avant la pandémie, bien qu’il souffrît déjà d’anxiété. Chaque week-end, il rendait visite à ses parents à Rabat.
En janvier 2021, son père a contracté le Covid-19 et est décédé deux semaines plus tard. En raison des restrictions sanitaires, Abderrahim n’a pas pu lui faire ses adieux ni assister à ses funérailles.
"Cet événement m’a profondément marqué", confie-t-il à SNRTnews. "Avec le temps, ma détresse psychologique s’est aggravée : j’ai souffert de crises de panique et d’une dépression sévère, au point de m’isoler de ma famille."
Cinq ans après, il visite toujours la tombe de son père chaque semaine et continue de suivre une thérapie pour sa santé mentale.
Des émotions négatives et une redéfinition des priorités
La psychologue Amal Sebti explique à SNRTnews que la pandémie a provoqué un bouleversement majeur dans la vie des individus, malgré le retour à la normale. Elle note une augmentation des troubles psychologiques chez ses patients, ainsi qu’un nombre croissant de personnes souffrant d’effets persistants tels que l’anxiété, la dépression, l’insomnie, la perte du sentiment de sécurité, le trouble de stress post-traumatique, le burn-out et le TOC, notamment en lien avec l’hygiène. "De nombreuses personnes portent encore le masque aujourd’hui, bien que cinq ans se soient écoulés depuis la pandémie", souligne-t-elle.
Selon elle, des études psychologiques ont montré que les personnes ayant vécu de longues périodes d’isolement, comme durant le confinement, sont plus sujettes aux émotions négatives telles que la solitude et l’isolement. "Beaucoup ont perdu leurs compétences sociales, ce qui a entraîné une dépendance accrue aux réseaux sociaux et aux jeux vidéo comme moyen d’évasion. De plus, le confinement a exacerbé les troubles des individus ayant des tendances introverties et alimenté la peur de l’autre, tout en freinant le développement des compétences sociales chez les adolescents."
Cependant, la psychologue évoque aussi des effets positifs de la pandémie : "La crise a incité de nombreuses personnes à repenser leurs priorités. Elles cherchent davantage un sens à leur vie et ont changé leur perception du temps et du travail. Nous avons aussi constaté une amélioration de la résilience des individus face aux changements, notamment grâce au télétravail et à une meilleure organisation de la vie quotidienne."
Elle ajoute: "La santé mentale est devenue un sujet de premier plan, et il est désormais plus naturel de demander de l’aide psychologique. Ces évolutions montrent la capacité des humains à s’adapter et à grandir même dans les moments les plus difficiles."
Distance sociale et solidarité
Pour Nabil Safi, sociologue et psychologue, la pandémie n’a pas seulement affecté les individus, mais a aussi bouleversé le tissu social marocain. "La crise a conduit les gens à réévaluer leurs priorités. Le mode de vie basé sur des interactions sociales intenses et des rassemblements familiaux a changé, obligeant les individus à adopter de nouvelles habitudes comme la distanciation sociale, le télétravail et l’enseignement à distance. Cela a eu un impact sur la qualité des relations personnelles et les modes de communication."
Il explique que certaines personnes ont surmonté la crise en reprenant leur vie d’avant, tandis que d’autres ont vu leur mode de vie et leur état d’esprit profondément transformés. "Aujourd’hui, les gens sont plus prudents dans leurs interactions sociales, ce qui a affecté les liens traditionnels. Les relations familiales et amicales, autrefois essentielles, ont laissé place à des échanges plus distants, souvent médiatisés par la technologie. Cela a réduit les contacts directs et accru le sentiment d’isolement chez certains."
Cependant, il note que la pandémie a aussi renforcé certaines valeurs de solidarité. "Nous avons observé une augmentation des gestes d’entraide et de coopération en temps de crise, tandis que d’autres ont adopté un mode de vie plus individualiste par peur du virus."
Il conclut en soulignant que la crise a aussi renforcé l’intérêt pour la santé physique et mentale, poussant de nombreuses personnes à chercher des moyens plus efficaces pour gérer le stress quotidien et prendre soin d’elles-mêmes.
Articles en relations
Monde
Société
Monde
Monde