Economie
Kettani: "Il y a eu une résilience du dirham pendant la pandémie"
11/02/2022 - 10:51
Lina Wafy
Monnaie officielle du Maroc, le dirham marocain n’est pas librement convertible. Depuis 2015, il est indexé par rapport au dollar à hauteur de 40% et à l’euro à hauteur de 60%. Cette semi-flexibilité tend à assimiler le système de change flottant, avant de devenir une monnaie totalement flexible, et favoriser l’accès au marché mondial. Évolution, effet de la crise, risques… Omar Kettani, professeur en économie à l’Université Mohammed V de Rabat, présente ses éclairages à SNRTnews.
SNRTnews: Comment le dirham marocain a évolué durant ces deux dernières années de pandémie, par rapport à l’euro et au dollar ?
Omar Kettani: Il faut reconnaître qu’il s’est relativement maintenu. Il y a eu une résistance du dirham marocain pendant la pandémie. Cela n’est pas dû à une politique particulièrement menée vis-à-vis du dirham, mais plutôt grâce au rapatriement des devises de la part des travailleurs marocains à l’étranger qui ont battu tous les records.
Cela a permis au dirham d’être approvisionné par des devises, mais également aux banques marocaines d’être très à l’aise au niveau de leur fonds propres en devise, même si la part de ces dernières n’est pas très importante. Elle est estimée à près de 5%.
Donc, effectivement il y a eu une résilience du dirham marocain pendant la pandémie. Heureusement, il n’a pas directement subit les effets de la crise sanitaire. Mais, le danger n’est pas à exclure.
Quel est l’impact de la politique de change adopté par le Maroc sur l’évolution du dirham ?
Malheureusement depuis des décennies, le Fonds monétaire international essaie de faire pression sur Bank Al-Maghrib (BAM) pour qu’il y ait une flexibilité du dirham, et qu’il ne soit plus rattaché à des monnaies fortes comme le dollar et l’euro.
Grâce à la décision de la BAM de ne pas appliquer les directives du Fonds monétaire international, le taux du dirham a pu se maintenir par rapport aux devises. Il a pu résister aux pressions d’une flexibilité de cette monnaie, mais cela n’augure rien de bon pour l’avenir, car les pressions sont très fortes.
Depuis une trentaine d’années, la monnaie marocaine s’est bien portée, sans respecter les directives du fonds monétaire, c’est-à-dire une flexibilité accélérée. Cette flexibilité était passée de 2,5% à 5%, peu avant la pandémie à l’heure où la situation de l’économie marocaine n’était pas mauvaise.
Quel est votre pronostic monétaire pour l’année 2022 ?
Le pronostic pour l’année 2022 est un taux de croissance très faible, aux alentours de 1,5%. Cela signifie tout simplement que le dirham va énormément subir la conjoncture de la situation interne, des exportations marocaines à l’extérieur, des importations, et du déficit de la balance commerciale qui s’est accentué à presque 23%.
À ce moment-là, le dirham ne sera plus stable pour deux raisons. La première: la flexibilité augmente et si le dirham accélère cette flexibilité, il sera livré au marché et à de plus fortes fluctuations. Or, lorsqu’il est rattaché au dollar et à l’euro, il est plus stable.
La deuxième raison, c’est qu’avec la conjoncture pandémique actuelle, les pronostics sont mauvais pour le moment. Peut-être qu’avec un peu de pluie, la croissance peut se situer autour de 1.5 à 2%.
Donc, bonjour les dégâts au niveau de la fluctuation du dirham, bonjour l’instabilité du dirham, et bonjour des dévaluations du dirham.
Il faut de même savoir que le dirham est fort, c’est la seule monnaie arabe qui a résisté depuis une décennie ou plus. Elle a résisté parce qu’elle n’a pas suivie les directives du fonds monétaire internationale.
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