Société
Découverte archéologique majeure près de Tanger: premières datations de tombes mégalithiques en Afrique du Nord-Ouest
20/05/2025 - 18:20
Ouiam Faraj | Mohammed Fizazi
Des archéologues marocains et espagnols ont mis au jour près de Tanger des tombes mégalithiques inédites, accompagnées de peintures rupestres et de menhirs. Cette découverte, datée au radiocarbone, révèle l’importance stratégique et culturelle de la région à la fin de la préhistoire
Une équipe de chercheurs composée de l’archéologue marocain Youssef Bokbot (Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine, Ministère marocain de la Culture), du professeur espagnol Jorge Onrubia Pintado (Université de Castille-La Manche) et du doctorant Hamza Benatia (Université de Barcelone), a récemment publié dans la revue African Archaeological Review les résultats de plusieurs années de fouilles menées dans les environs de Tanger, au nord du Maroc.
Les travaux ont permis de mettre au jour trois sépultures anciennes, identifiées comme des tombes en "ciste" mégalithiques, accompagnées de peintures rupestres et de menhirs (pierres dressées), certains éléments remontant à une période comprise entre 3000 et 500 avant J.-C., soit entre l’âge du Bronze et l’âge du Fer. Ces découvertes confirment la richesse du patrimoine archéologique de la région et son rôle dans les réseaux de communication et d’échange de la protohistoire.
Première datation au carbone 14 d’une ciste mégalithique en Afrique du Nord-Ouest
L’un des apports majeurs de l’étude est la datation au radiocarbone d’une sépulture mégalithique de type ciste, une première en Afrique du Nord-Ouest. Le site de Daroua Zaydan, objet de cette analyse, aurait été utilisé entre 2119 et 1890 avant notre ère. Cette datation fournit un repère chronologique précieux pour situer ce type de pratiques funéraires dans la région.
L’équipe de recherche a également documenté la présence de peintures rupestres polychromes et de menhirs placés en des points stratégiques. Ces éléments soutiennent l’hypothèse selon laquelle la péninsule de Tanger constituait un centre rituel d’importance, mais aussi un carrefour commercial et maritime actif reliant le nord du Maroc au sud de la péninsule Ibérique à la préhistoire.
La situation géographique particulière de la péninsule – au carrefour de l’Afrique, de l’Europe, de l’Atlantique et de la Méditerranée – en faisait un point de passage stratégique dès le Paléolithique supérieur. Les nouvelles données archéologiques suggèrent une complexité des paysages rituels bien plus grande qu’on ne le supposait jusque-là, avec des parallèles observés dans le sud de l’Espagne et dans le Sahara.
Une révision des récits historiques
Les résultats de cette recherche appellent à une réévaluation des récits académiques traditionnels sur la préhistoire nord-africaine. Selon les auteurs, les découvertes témoignent d’un réseau de relations sociales, culturelles et économiques transrégionales auquel le nord-ouest du continent africain prenait pleinement part, remettant en question l’idée d’un isolement historique de cette région.
Dans une déclaration à SNRTnews, Youssef Bokbot souligne que ces découvertes s’inscrivent dans un programme de recherche amorcé depuis près de quatre ans autour de la thèse de doctorat de Hamza Benatia, consacrée à l’étude de la péninsule de Tanger. Il rappelle que cette zone représente l’extrême nord-ouest de l’Afrique et partage une proximité géographique immédiate avec l’Espagne.
L’archéologue précise que ces nouvelles découvertes ne peuvent être dissociées d’autres fouilles menées dans la région, notamment à Oued Laou, où une agglomération attribuée à une population locale (amazighe) a été identifiée, active plusieurs siècles avant l’arrivée des Phéniciens. Tandis qu’à Oued Laou, les chercheurs ont trouvé un village sans sépultures, les environs de Tanger ont révélé des tombes sans traces d’habitat, soulignant une répartition fonctionnelle complémentaire des sites.
Enfin, Bokbot met en lumière l’intensité des échanges commerciaux entre le Maroc et les élites ibériques à l’époque, incluant le commerce de l’ivoire et des œufs d’autruche. Il évoque également la possibilité que certaines peintures rupestres récemment mises au jour, en cours d’analyse en laboratoire, puissent remonter à une période allant de 10 000 à 12 000 ans avant notre ère.
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