Economie
Digitalisation de l’agriculture: Où en est le Maroc?
31/10/2025 - 10:49
Ouiam Faraj | Meriem Khaer
Alors que les agriculteurs redoutent une nouvelle saison marquée par la rareté des précipitations, les chercheurs agronomes œuvrent à trouver des solutions alternatives pour activer une agriculture durable et résistante aux changements climatiques, reposant principalement sur la numérisation et le tri génétique. Où en est le Maroc dans ce processus?
Dans une déclaration à SNRTnews, l'expert en sciences et ingénierie agronomique et professeur à la faculté pluridisciplinaire de l'Université Mohammed Ier de Nador, Kamal Aberkani estime que la digitalisation agricole est une des solutions futures pour faire face aux défis du changement climatique et de la sécheresse. Il précise que le Maroc "s’est engagé depuis environ deux décennies dans l’utilisation des satellites, des techniques de télédétection, des drones et des capteurs intelligents". Ces outils ont prouvé, selon les recherches, leur capacité à réduire les coûts d’irrigation, améliorer la productivité et la qualité des récoltes.
Carte nationale pour la numérisation agricole
Cette numérisation permet également de déterminer les meilleures zones de culture, le moment optimal pour semer, et le type de variétés génétiques appropriées, tout en permettant d’évaluer l’impact social et économique des activités agricoles. Cependant, son déploiement à large échelle fait face à des difficultés institutionnelles et pratiques, notamment la faible implication des institutions concernées et la difficulté de diffusion de ces technologies auprès des petits et moyens agriculteurs.
Le chercheur insiste sur la nécessité de concevoir une feuille de route nationale pour la numérisation agricole incluant sensibilisation, formation et incitations, afin que la technologie soit accessible à tous les acteurs du secteur.
Concernant les résultats des programmes basés sur la numérisation auxquels le Maroc a participé, Aberkani mentionne un projet scientifique en collaboration avec la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie, utilisant des technologies modernes dans la culture du melon et de la tomate, qui a permis une économie d’eau importante.
Un autre projet, en cours, concerne les céréales, la vigne et le melon, reposant sur le diagnostic agricole et la mesure de l’évaporation ainsi que de l’usage de l’eau par des technologies numériques.
Programme national de tests génétiques
Au volet génétique, M.Aberkani souligne l’importance du tri génétique pour obtenir des variétés résistantes à la sécheresse. Les recherches marocaines ont pu identifier des variétés végétales résistantes à la sécheresse et de cycle court, mais ces variétés doivent être testées sur le terrain, car le sol et le climat varient d’une région à une autre.
Le Maroc a besoin d’un programme national de tests génétiques impliquant les agriculteurs de toutes catégories, afin de garantir l’adéquation des variétés aux réalités environnementales locales. Il cite un projet international incluant 40 variétés d’aubergines résistantes à la sécheresse qui ont donné des résultats satisfaisants malgré une réduction de 50% de l’eau utilisée.
Pour les stimulateurs naturels, le Maroc participe à un projet scientifique avec la province canadienne de Québec pour tester des bactéries et champignons naturels qui renforcent l’immunité des plantes et enrichissent le sol par des méthodes biologiques, appliqués avec succès à la betterave sucrière et à la laitue, ouvrant la voie à une agriculture biologique durable.
Agriculture intelligente et durable
M. Aberkani conclut que pour atteindre une agriculture durable résistante aux changements climatiques, il faut agir sur plusieurs niveaux: étendre la digitalisation agricole, développer les variétés génétiques et utiliser les stimulateurs naturels, tout en assurant la formation des agriculteurs et des étudiants, et en impliquant les entreprises et les institutions de recherche.
Le gouvernement a mis en place un cadre financier adapté, mais le succès dépendra de la rapidité de la mise en œuvre sur le terrain et de la coordination entre les acteurs, afin que technologie et recherche scientifique soient des leviers efficaces pour la sécurité alimentaire et hydrique du Maroc.
Articles en relations
Economie
Société
Economie
Economie