Economie
Le CESE appelle à une reconnaissance stratégique de la petite et moyenne agriculture familiale
14/05/2025 - 15:02
Mohammed Fizazi | Mohammed ChafiDans un avis adopté à l’unanimité lors de sa 163e session en octobre 2024, et présenté ce mercredi 14 mai 2025 le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) appelle à une revalorisation de la petite et moyenne agriculture familiale (PMAF) au Maroc
Élaboré à partir d’une auto-saisine et fondé sur une approche participative, le rapport met en lumière l’importance de cette agriculture dans le tissu rural, ainsi que les défis structurels qui entravent son développement.
Selon le Conseil, cette forme d’agriculture représente environ 70 % des exploitations agricoles du pays, majoritairement concentrées sur des superficies inférieures à cinq hectares. Elle joue un rôle déterminant dans l’autosuffisance alimentaire des ménages ruraux, l’emploi agricole familial, la transmission des savoir-faire traditionnels et la préservation des ressources naturelles.
Malgré ce poids économique, social et environnemental, la PMAF demeure peu prise en compte dans les politiques agricoles et de développement rural. Les soutiens publics ont historiquement favorisé une agriculture intensive à haute valeur ajoutée, au détriment de ces petites structures.
Des défis multidimensionnels freinant son développement
Le rapport du CESE identifie plusieurs freins structurels au développement de la PMAF. Ces exploitations sont confrontées à la faiblesse de leur intégration dans les chaînes de valeur, à une organisation collective insuffisante, ainsi qu’à une intermédiation excessive dans la commercialisation, qui pénalise les petits producteurs.
Le changement climatique, la hausse des prix des intrants, le morcellement des terres, l’érosion génétique des semences locales, le manque de mécanisation et la dégradation des sols accentuent leur vulnérabilité. Le Conseil note également une couverture limitée par les dispositifs d’assurance agricole et un accès restreint aux financements, à la formation et au conseil technique.
Historiquement, les politiques agricoles marocaines ont peu intégré les spécificités de la PMAF. Le Plan Maroc Vert (2008-2018) avait bien prévu un second pilier dédié à l’agriculture solidaire, mais les moyens alloués (14,5 milliards de dirhams) sont restés largement inférieurs à ceux consacrés à l’agriculture à haute valeur ajoutée (près de 99 milliards de dirhams). La stratégie « Génération Green 2020-2030 » ambitionne d’impliquer davantage les jeunes et de soutenir la classe moyenne rurale, mais le CESE souligne que les attentes en faveur de la PMAF restent fortes.
Un plan d’action spécifique et territorialisé recommandé
Le CESE recommande l’élaboration d’un plan d’action national spécifiquement dédié à la PMAF, tenant compte des particularités locales. Il préconise un soutien allant au-delà des activités agricoles, incluant le développement d’infrastructures rurales, la diversification des revenus, et l’amélioration de l’accès aux services publics.
Le Conseil propose notamment de renforcer les coopératives et groupements d’intérêt économique, d’encourager les cultures résilientes et économes en eau (arganier, cactus, safran), et de développer des unités locales de transformation des produits agricoles. Il plaide aussi pour la préservation des races animales locales et l’aménagement d’espaces pastoraux.
L’avis pointe un déficit marqué en matière de conseil agricole : un conseiller encadrait en moyenne 5 726 agriculteurs en 2023. Le CESE recommande de recruter davantage de conseillers qualifiés et de recourir à des plateformes numériques et à l’intelligence artificielle pour adapter l’accompagnement aux réalités de chaque territoire.
Il préconise aussi une meilleure valorisation des résultats de la recherche agronomique, aujourd’hui peu orientée vers les besoins spécifiques de la PMAF, ainsi qu’une meilleure coordination entre les institutions scientifiques et les agriculteurs.
Foncier, financement et protection sociale : des leviers à renforcer
Le rapport met en évidence les difficultés d’accès au foncier, aggravées par le morcellement des terres et la non-immatriculation de nombreuses parcelles. Le CESE propose de mettre en place un cadre foncier spécifique, adapté aux réalités locales, pour limiter l’indivision et sécuriser les droits des exploitants.
Concernant le financement, il recommande le développement de produits adaptés aux petits agriculteurs, incluant la finance solidaire, les subventions ciblées et une couverture plus large des services bancaires en milieu rural. En matière de protection sociale, il suggère une adaptation des cotisations au caractère saisonnier des revenus agricoles, ainsi qu’une meilleure prise en compte des aides familiaux dans les régimes de couverture maladie.
Le CESE insiste sur l’importance de reconnaître les contributions écosystémiques de la PMAF : entretien des paysages, lutte contre la désertification, conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources. Il propose l’instauration de mécanismes de rémunération pour ces services environnementaux et la promotion des pratiques agroécologiques.
Il rappelle enfin le rôle central joué par les femmes et les jeunes dans la vitalité de cette agriculture, et recommande des mesures ciblées pour garantir leur accès équitable aux ressources, à la formation et à la décision.
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