Art & Culture
Elia Suleiman: le cinéma entre l’illusion de l’espoir et l’accélération de l’intelligence artificielle
21/06/2025 - 22:12
Khaoula BenhaddouPrésent à Essaouira dans le cadre du Forum des Droits de l’Homme organisé en marge du Festival Gnaoua et Musiques du Monde à Essaouira, le réalisateur palestinien Elia Suleima a accordé une interview à SNRTnews dans laquelle il présente sa vision sur le cinéma, sa relation avec les nouvelles technologies et son regard sur les films et les réalisations marocaines et arabes
Elia Suleiman est l’une des figures majeures qui ont marqué le cinéma mondial par un langage artistique singulier, nourri à la fois de l’expérience palestinienne et de profondes réflexions existentielles.
Dans cette interview accordée à SNRTnews, le réalisateur palestinien est revenu sur des questions actuelles touchant à l’avenir du cinéma à l’ère de la technologie et de l’intelligence artificielle. Il y exprime sa vision de l’évolution du cinéma arabe, tout en explorant le rôle potentiel du septième art dans la transformation du réel ou du moins de la perception de celui-ci.
Lors d’une table ronde dans le cadre du forum, le cinéaste a partagé sa philosophie de l’image cinématographique, affirmant que créer une image exige un état de clarté intérieure et un détachement de l’ego et du pouvoir. Ce processus permet selon lui une ouverture à l’autre, à l’altérité, et la capture d’un moment de "vérité possible" – un instant sensoriel difficile à expliquer, mais qui mérite d’être traduit en image.
Il considère que ce moment, bien que fragile, est ce qui le pousse à continuer à faire des films, même si cette impulsion est aujourd’hui moins intense qu’auparavant, dans un monde dominé par l’accélération technologique et ses usages destructeurs. Malgré tout, il poursuit son travail porté par une sorte d’"illusion d’espoir", dans l’espoir que cette illusion devienne réalité.
Le réalisateur a par ailleurs critiqué la course effrénée au progrès technologique, qu’il juge en contradiction avec le rythme poétique et contemplatif de l’image cinématographique. Il reste convaincu que l’art procure une forme de consolation, de plaisir, et peut-être même de résistance, aussi ténue soit-elle.
Né en 1960 à Nazareth, Elia Suleiman a vécu pendant dix ans New York où il a réalisé ses deux premiers courts métrages qui ont été primés à plusieurs reprises.
Elia Suleiman compte à son actif plusieurs films dont "It Must Be Heaven" qui remporté la mention spéciale du jury au Festival de Cannes en 2019 et le prix international de la critique de la FIPRESCI.
Le réalisateur a reçu de nombreuses distinctions notamment le prix Rockefeller en 1992, le prix Prince Claus en 2008 et le Heart of Sarajevo au festival de Sarajevo en 2024
En 2020, il a été nommé Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres et a reçu un doctorat honorifique de l’université de Louvain en Belgique.
Articles en relations
Art & Culture
Art & Culture
Art & Culture
Art & Culture