Société
Enquête internationale TALIS 2024-Maroc: Près d’un enseignant sur quatre envisage de quitter la profession
24/03/2026 - 23:13
Ouiam Faraj | Hamza BAMMOULes résultats de l’Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (Talis 2024-Maroc) révèlent qu’environ un quart des enseignants envisagent de quitter la profession. Cette proportion grimpe à plus de 59 % chez les plus de 50 ans, en raison de l’épuisement professionnel et de l’approche de l’âge de la retraite.
Selon l’étude internationale, dont les résultats ont été présentés ce mardi 24 mars 2026 par l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, les enseignants marocains expriment les plus bas niveaux de satisfaction concernant leurs salaires (21 % dans le primaire et 39 % dans le secondaire collégial), bien qu'ils soient plus satisfaits des autres conditions de travail.
Stress psychologique
L’étude indique que le niveau de stress psychologique demeure modéré: 13 % au secondaire collégial et 18 % au primaire ressentent « beaucoup de stress », soit un niveau inférieur aux moyennes de l’OCDE et de TALIS. Toutefois, l’effort physique est plus élevé par rapport au niveau international (17 % et 21 %, contre seulement 8 % dans les pays de l’OCDE).
Les principales sources de stress résident dans la préparation des cours et la correction des devoirs (jusqu'à 81,5 % dans l'enseignement primaire), en plus d'une charge de travail élevée, tandis que les tâches administratives sont jugées moins problématiques.
L'étude, dont les principaux résultats ont été exposés lors d’un point de presse par le directeur de l’Instance nationale d’évaluation, Hicham Ait Mansour, montre également que plus d'un quart des enseignants sont contraints d'appliquer des réformes sans disposer de ressources suffisantes, particulièrement en milieu urbain, ce qui pose une problématique d'équité.
"Le stress lié aux orientations reste faible (16 % à 17 %), mais la mise en œuvre des réformes est jugée plus épuisante, affectant environ la moitié des enseignants, notamment les plus expérimentés."
Selon M. Ait Mansour, ces résultats offrent une lecture renouvelée de la réalité du métier d'enseignant à la lumière des objectifs nationaux de qualité, d'équité et d'innovation pédagogique. Ils s'inscrivent dans les ambitions de la Vision stratégique de la réforme 2015-2030, qui place l'enseignant comme acteur central de la réforme éducative.
Bonne relation avec les élèves
Les résultats de TALIS 2024 montrent que les relations entre enseignants et élèves au Maroc sont globalement positives. La majorité des enseignants (9 sur 10) déclarent avoir de bonnes relations avec les élèves et se soucient de leur bien-être psychologique, de leur écoute et du soutien aux élèves à besoins spécifiques, tant au primaire qu'au collège.
La plupart des enseignants estiment également que les élèves apprécient leur travail (88 % au primaire et 78 % au collège). En revanche, seuls 14 % des enseignants du secondaire collégial et 28 % de ceux du primaire communiquent de manière continue avec les parents, des taux jugés faibles par rapport aux moyennes internationales.
Par ailleurs, l’étude, à laquelle ont participé plus de 18 000 enseignants, éducateurs et directeurs dans plus de 1 200 établissements (dont 394 écoles primaires, 398 collèges et 437 unités de préscolaire), révèle que la perception des enseignants quant à la reconnaissance institutionnelle et médiatique de leur statut tend vers la négativité dans la plupart des pays participants.
Environ 30 % des enseignants marocains estiment que leurs avis sont pris en compte par les décideurs, un taux proche de la moyenne TALIS et supérieur à celle de l'OCDE. Concernant la valorisation médiatique, seuls 27 % des enseignants du collège et 31 % de ceux du primaire considèrent que leur métier est valorisé dans les médias, un chiffre bas comparé à d'autres pays comme l'Ouzbékistan ou l'Arabie Saoudite.
Quant à l'image sociale de la profession, environ la moitié des enseignants déclarent que leur métier est reconnu socialement, un taux supérieur à la moyenne internationale TALIS.
Stabilité et flexibilité du travail
Sur le plan professionnel, TALIS 2024 montre que 78 % des enseignants du collège et 71 % de ceux du primaire au Maroc ont choisi l'enseignement comme premier choix de carrière, ce qui est supérieur à la moyenne internationale. Ce constat est plus marqué chez les enseignants plus âgés et expérimentés, sans distinction majeure entre hommes et femmes.
De plus, 50 % des enseignants du collège et 59 % de ceux du primaire considèrent la stabilité comme un facteur décisif. En revanche, la flexibilité du travail (temps, déplacements, engagements familiaux) est jugée moins importante : seuls 35 % au collège et 37 % au primaire lui accordent une grande importance.
Plus de 60 % des enseignants considèrent l'influence sur la génération future comme primordiale. Cependant, seuls 45 % au collège et 47 % au primaire estiment que leur rôle est essentiel pour réduire les disparités sociales.
Le "plaisir d'enseigner" chez les enseignants au Maroc dépasse les 90 % dans les deux cycles, selon l'étude, tandis que l'attrait pour les défis du métier avoisine 75 % au collège et 72 % au primaire.
Enfin, 92 % des enseignants du collège et 93 % de ceux du primaire se disent satisfaits de leur profession, et plus de 72 % estiment que les points positifs l'emportent sur les points négatifs. Malgré cela, 44 % des enseignants du secondaire collégial souhaitent changer d'établissement, contre une moyenne de 21 % pour TALIS, alors même que 82 % aiment travailler dans leur établissement actuel.
Formation inadaptée
"La formation des enseignants au Maroc demeure insuffisamment adaptée à la diversité des contextes, avec un accompagnement limité et une formation continue axée principalement sur des contenus traditionnels. Le renforcement de la professionnalisation de la formation et la diversification de ses domaines sont essentiels pour améliorer l'efficacité pédagogique", conclut le rapport.
Il est à noter que l'étude TALIS 2024 s'est appuyée sur des questionnaires destinés aux enseignants et aux directeurs, utilisant une méthode d'échantillonnage aléatoire stratifié à deux niveaux (établissements puis enseignants), afin d'analyser les mutations du métier d'enseignant dans un cadre comparatif international.
Les résultats du Maroc ont été comparés à plusieurs groupes de pays, notamment des économies émergentes, des pays de la région MENA et des systèmes éducatifs avancés comme la Finlande et le Japon, dans le but d'orienter les politiques éducatives.
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