Société
TALIS 2024: Le CSEFRS pointe des "déséquilibres structurels" malgré un capital humain engagé
24/03/2026 - 19:47
Ouiam FarajLe rapport du Conseil Supérieur de l'Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) sur les résultats du Maroc dans l'Enquête internationale sur l'enseignement et l'apprentissage (TALIS 2024) révèle des indicateurs contrastés. Si l'engagement professionnel des enseignants est souligné, des défaillances structurelles persistent, entravant la qualité des apprentissages.
Le rapport souligne que le paysage éducatif au Maroc se caractérise par un corps enseignant relativement jeune, l'âge moyen des enseignants du secondaire collégial étant de 39 ans, contre 44 ans au niveau international. De plus, environ 30 % des enseignants ont une expérience professionnelle n'excédant pas six ans, ce qui reflète une forte présence de la catégorie des débutants, particulièrement en milieu rural. En ce qui concerne la répartition par sexe, les femmes représentent 46 % des enseignants du secondaire collégial, contre des taux plus élevés à l'échelle internationale, tandis que ce taux atteint 64 % dans l'enseignement primaire.
Disparité des niveaux des élèves
Le rapport indique que 84 % des enseignants du secondaire collégial et 74 % des enseignants du primaire ont déclaré l'existence d'une grande disparité des niveaux des élèves au sein d'une même classe. Un nombre important d'enseignants travaille également dans des établissements accueillant des proportions élevées d'élèves issus de milieux sociaux fragiles. Le rapport du Conseil note aussi que la proportion d'élèves ayant des besoins éducatifs spéciaux reste limitée, ne dépassant pas 5 % au secondaire collégial et 4 % au primaire.
Par ailleurs, le rapport du Conseil, s'appuyant sur les résultats de l'étude internationale, a observé une dominance des pratiques pédagogiques encadrées, où les enseignants se concentrent largement sur l'organisation des leçons et la discipline de la classe. Au cycle collégial, 89 % fixent les objectifs d'apprentissage au début de la séance et 92 % insistent sur les règles organisationnelles à l'intérieur de la classe. En revanche, les pratiques interactives restent limitées ; seuls 42 % des enseignants adoptent le travail en petits groupes, et à peine la moitié d'entre eux accorde aux élèves une marge de choix dans les méthodes d'apprentissage.
Usage du numérique et perceptions des enseignants
Au niveau du numérique, le rapport indique que 94 % des enseignants du secondaire collégial estiment que l'utilisation des technologies numériques renforce l'intérêt des élèves, tandis que 89 % considèrent qu'elles améliorent leurs performances et 81 % qu'elles favorisent la collaboration entre élèves. À l'opposé, 44 % des enseignants du collégial et 39 % du primaire signalent que la numérisation peut représenter une source potentielle de distraction, et environ 60 % estiment que son utilisation intensive peut affecter les interactions directes. D'un autre côté, selon les données du Conseil, l'utilisation de l'intelligence artificielle reste limitée, son taux d'usage n'ayant pas dépassé 28 % chez les enseignants du primaire et 26,5 % chez ceux du secondaire collégial au cours des douze derniers mois, malgré la reconnaissance de son potentiel.
Concernant la qualification académique, les données montrent que le taux de titulaires d'un master parmi les enseignants du secondaire collégial est de 18 %, contre des taux plus élevés dans d'autres pays. Ce taux ne dépasse pas 8 % dans l'enseignement primaire. Par ailleurs, 66 % des enseignants du collégial et 58 % du primaire se disent satisfaits de leur formation initiale, contre des taux plus élevés au niveau international. Le rapport note qu'environ 90 % des enseignants ont participé à au moins une activité de formation continue, bien que le taux de participation reste inférieur à la moyenne internationale. Quant à la formation aux outils numériques, 64 % des enseignants du collégial et 56 % du primaire en ont bénéficié, tandis qu'environ la moitié d'entre eux exprime le besoin d'un développement accru dans ce domaine.
Autonomie pédagogique limitée
Les résultats spécifiques au Maroc concernant l'étude internationale TALIS 2024 montrent que la proportion d'enseignants jouissant d'une autonomie pour adapter le curriculum est de 51 % au secondaire collégial et 44 % au primaire, tandis que les taux d'autonomie pour définir les objectifs d'apprentissage sont plus faibles. La participation des enseignants à l'élaboration du contenu des leçons reste également limitée, ne dépassant pas 6 % au collégial et 10 % au primaire. En revanche, environ 70 % des enseignants se disent capables de choisir les méthodes d'enseignement et de préparer les leçons. D'autre part, le rapport indique que 80 % des enseignants du collégial et 82 % du primaire reconnaissent participer à la prise de décision au sein de leurs établissements, des taux proches des moyennes internationales. La majorité des directeurs d'établissements confirment l'implication des enseignants dans les structures de gestion.
Le rapport du Conseil Supérieur de l'Éducation conclut que les pratiques d'enseignement se caractérisent par une forte organisation des leçons et une efficacité dans la gestion des classes, mais que ces compétences ne se reflètent pas totalement sur la performance des élèves. Il souligne qu'une partie importante d'entre eux échoue à atteindre les niveaux de maîtrise requis, comme le confirment les évaluations nationales et internationales. Les approches liées à la pensée critique, à la créativité et à la collaboration restent insuffisamment développées, tout comme l'intégration des technologies de l'information, de la communication et de l'intelligence artificielle, ce qui impose de nouvelles exigences en matière de compétences numériques et d'éthique d'utilisation.
Le Conseil affirme que l'amélioration de la qualité de l'éducation au Maroc passe par le renforcement de la professionnalisation de l'enseignement, l'élévation du niveau de formation académique et pédagogique, le développement de la formation continue — notamment numérique —, le renforcement de l'autonomie des enseignants, ainsi que le soutien aux pratiques interactives et innovantes en classe et l'amélioration des conditions de travail et d'encadrement.
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