Société
Seniors et smartphones: Entre maintien du lien et risques numériques
11/07/2026 - 10:09
Nada Essabaissi
À l’heure où le numérique occupe une place croissante dans le quotidien, de nombreuses familles choisissent d’offrir un smartphone à leurs parents ou grands-parents afin de maintenir le lien malgré la distance.
Ces appareils facilitent les échanges, permettent de partager des moments de vie et contribuent à rompre l’isolement social. Toutefois, leur utilisation n’est pas sans conséquences. Lorsqu’elle est excessive ou mal maîtrisée, elle peut avoir des répercussions sur la santé physique, le bien-être psychologique et la sécurité des personnes âgées. L’enjeu n’est donc pas de les éloigner du numérique, mais de les accompagner vers un usage adapté, sécurisé et bénéfique.
Dans une déclaration à SNRTnews, la psychologue clinicienne Soukaina Zinneddine rappelle que le smartphone n’est ni bénéfique ni néfaste en lui-même. "Son impact dépend principalement de la manière dont il est utilisé, de la fréquence d’utilisation, des besoins de la personne âgée, de son état psychologique et cognitif, ainsi que de la qualité des relations qu’il favorise ou remplace", explique-t-elle. Utilisé avec modération, il constitue un véritable outil de maintien du lien social et de l’autonomie. En revanche, un usage excessif ou inadapté peut favoriser l’isolement, l’anxiété et une dégradation de la qualité de vie.
Santé mentale: entre maintien du lien social et risque d’isolement
Le smartphone représente aujourd’hui un moyen efficace de rester en contact avec ses proches. Les appels vidéo, les applications de messagerie et les réseaux sociaux permettent aux seniors de communiquer plus facilement avec leurs enfants, leurs petits-enfants ou leurs amis, réduisant ainsi le sentiment de solitude.
Pour Soukaina Zinneddine, cette utilisation peut avoir un effet positif lorsqu’elle complète les relations sociales plutôt que de les remplacer. En revanche, une consommation excessive des contenus numériques peut produire l’effet inverse. Le "scrolling passif", qui consiste à faire défiler des contenus sans réelle interaction, peut progressivement favoriser un sentiment d’isolement, d’anxiété ou une baisse de l’estime de soi.
La psychologue attire également l’attention sur l’exposition continue aux actualités, notamment lorsqu’elles sont anxiogènes. Chez certaines personnes âgées, cette surexposition peut augmenter le niveau de stress et nourrir un sentiment d’inquiétude permanent. Dans ces situations, le smartphone risque de devenir davantage une source d’anxiété qu’un outil de communication.
Des effets sur la santé physique souvent sous-estimés
Une utilisation prolongée du smartphone peut également avoir des conséquences sur la santé physique des seniors. Le fait de maintenir la tête penchée pendant de longues périodes peut provoquer des douleurs au niveau de la nuque, des épaules et du dos.
Par ailleurs, la consultation prolongée d’un écran favorise la fatigue visuelle, la sécheresse oculaire ainsi que certaines irritations. L’utilisation du smartphone avant le coucher peut également perturber le sommeil en retardant la production de mélatonine, l’hormone qui facilite l’endormissement, ce qui peut entraîner des difficultés à trouver le sommeil ou une baisse de sa qualité.
Une dépendance numérique qui ne concerne pas uniquement les jeunes
Contrairement aux idées reçues, la dépendance au smartphone ne touche pas uniquement les adolescents et les jeunes adultes. Les plateformes numériques utilisent des algorithmes destinés à retenir l’attention des utilisateurs en leur proposant continuellement des contenus personnalisés.
Les personnes âgées, qui disposent parfois de davantage de temps libre, peuvent progressivement passer d’une utilisation occasionnelle à une consultation beaucoup plus fréquente de leur téléphone. Certaines ressentent même de la frustration, de l’irritabilité ou de la nervosité lorsqu’elles ne peuvent plus accéder à Internet ou à leurs applications habituelles. Cette dépendance peut également conduire à réduire les activités physiques, les sorties ou les interactions sociales.
Face à l’intelligence artificielle, un risque accru de désinformation
Les nouvelles technologies offrent un accès rapide à l’information, mais elles exposent également les utilisateurs à de nouveaux risques. Habitués pendant de nombreuses années aux médias traditionnels, certains seniors peuvent avoir davantage de difficultés à distinguer les contenus fiables des fausses informations diffusées sur Internet.
L’essor de l’intelligence artificielle renforce cette problématique. Il est désormais possible de créer des images, des vidéos ou des enregistrements vocaux très réalistes, rendant les manipulations plus difficiles à détecter. Cette situation favorise la diffusion de fausses informations et augmente les risques d’escroqueries ciblant particulièrement les personnes âgées, notamment lorsqu’elles reposent sur l’urgence émotionnelle ou la confiance accordée à un proche.
Publicités trompeuses et faux remèdes : une vigilance indispensable
Les réseaux sociaux et certains sites Internet diffusent régulièrement des publicités vantant des produits présentés comme des solutions miracles contre des douleurs chroniques ou certaines maladies. Attirés par l’espoir d’améliorer leur état de santé, certains seniors peuvent être tentés de les acheter sans consulter un professionnel de santé.
Or, ces produits peuvent être inefficaces, voire présenter des risques lorsqu’ils sont associés à un traitement médical déjà en cours. Ils peuvent également retarder une prise en charge adaptée en donnant l’illusion d’une solution simple à des problèmes de santé parfois complexes.
Accompagner les seniors vers un usage responsable
Pour Soukaina Zinneddine, la réponse ne consiste pas à éloigner les personnes âgées des nouvelles technologies, mais à les accompagner dans leur apprentissage du numérique. Cet accompagnement passe notamment par une sensibilisation aux fausses informations, aux publicités trompeuses et aux contenus générés par l’intelligence artificielle, tout en renforçant leur esprit critique.
Quelques gestes simples permettent également de rendre l’utilisation du smartphone plus confortable et plus sûre, comme l’augmentation de la taille des caractères, l’activation du filtre de lumière chaude en soirée, le réglage des paramètres de confidentialité ou encore l’installation d’applications fiables.
Enfin, les spécialistes rappellent que le smartphone doit rester un complément aux échanges humains et non s’y substituer. Les promenades, les activités associatives, les rencontres familiales ou les loisirs demeurent essentiels au maintien de la santé physique, mentale et sociale des seniors.
Utilisé avec discernement et accompagné de bonnes pratiques, le smartphone peut ainsi devenir un véritable allié du vieillissement actif. Bien plus qu’un simple outil technologique, il peut contribuer à préserver l’autonomie, renforcer les liens familiaux et améliorer le quotidien des personnes âgées, à condition que son usage reste équilibré et adapté à leurs besoins.
Articles en relations
Art & Culture
Société
Technologie
Monde