Sport
Botola Pro: Une course palpitante pour le titre, entachée par des dérives extra-sportives
11/07/2026 - 14:20
Reda Zarrouk
Le rideau est tombé sur la saison 2025-2026 de la Botola Pro Pro1, sacrant le Maghreb Association Sportive de Fès (MAS) champion du Maroc après 41 ans de disette. Un dénouement haletant qui a tenu les supporters en haleine jusqu’à l'ultime journée, le suspense restant entier pour le sacre, les places qualificatives aux compétitions africaines et le maintien en première division.
Cependant, au-delà du verdict sportif, cet exercice a été marqué par des dynamiques contrastées, oscillant entre dysfonctionnements chroniques du football national et signaux positifs d'un regain de compétitivité.
Le fléau du hooliganisme : la face sombre du championnat
Une fois de plus, le phénomène du hooliganisme s'est imposé comme le point noir de la saison. Les violences survenues à l'issue de plusieurs rencontres — particulièrement le choc entre l'AS FAR et le Raja de Casablanca à Rabat en mai dernier — ne sont pas des incidents isolés, mais s'inscrivent dans une série de dégradations et d'agressions récurrentes.
Face à cette situation, la Ligue Nationale de Football Professionnel (LNFP) a décrété l’interdiction des déplacements de supporters visiteurs jusqu'au terme de la saison. Cette décision confirme que l'approche actuelle repose principalement sur des solutions conjoncturelles, à l'instar du huis clos ou des restrictions ciblées appliquées ces dernières années lors des matchs à haut risque. Si ces mesures ont permis de limiter les heurts, elles ont pénalisé l'image de la Botola, privée de sa ferveur populaire et de l'ambiance unique de ses tribunes. Au-delà du volet purement sécuritaire, la gestion de cette crise appelle désormais une approche globale associant éducation sportive, action associative, dialogue avec les groupes d'ultras et modernisation de l'organisation des matchs.
Un calendrier saturé et étiré jusqu'au cœur de l'été
L'instabilité du calendrier a constitué un autre dysfonctionnement majeur. Le coup d'envoi du championnat a été différé en raison de la tenue du Championnat d'Afrique des Nations (CHAN) en août, avant que la compétition ne s'interrompe à nouveau en décembre pour permettre la participation de la sélection marocaine A' à la Coupe arabe au Qatar, puis celle des Lions de l'Atlas à la CAN 2025. Cette trêve de deux mois et demi avant la fin de la phase aller a provoqué un embouteillage sans précédent.
Contraintes d'enchaîner les matchs à un rythme effréné, les équipes ont vu la saison se prolonger jusqu'au 5 juillet, une situation inédite pour la Botola Pro. Outre l'impact physique et mental sur les effectifs, ce report a nui à l'exposition médiatique et populaire du sprint final, entré en collision avec le coup d'envoi de la Coupe du monde 2026 et la période estivale, d'autant que plusieurs rencontres ont été programmées en début d'après-midi.
Olympique de Safi : le paradoxe de la saison
L'histoire la plus singulière de cet exercice est sans doute celle de l'Olympique de Safi (OCS). Impressionnant sur la scène continentale, le club s'est hissé jusqu'en demi-finale de la Coupe de la Confédération de la CAF après avoir éliminé le Wydad de Casablanca en quarts, avant de butter sur l'USM Alger.
Pourtant, cette performance historique n'a pas été transposée en championnat. En grande difficulté sur le plan national, l'OCS a fini par être relégué en deuxième division, mettant fin à plus de deux décennies de présence continue dans l'élite. Un paradoxe qui démontre qu'un parcours africain brillant ne garantit pas la stabilité domestique, en particulier pour les clubs dotés d'un effectif limité et peinant à jouer sur les deux tableaux.
Fin de l'hégémonie traditionnelle et suspense total
Sur le plan purement sportif, la saison consacre une redistribution des cartes. Après le sacre historique de la Renaissance de Berkane (RSB) l'an dernier, le Maghreb de Fès renoue avec la gloire après 41 ans d'attente. La course au titre s'est ainsi affranchie du monopole des bastions traditionnels que sont le Wydad, le Raja et l'AS FAR, s'ouvrant à de nouveaux prétendants. Ce nivellement par le haut renforce l'équité sportive, intensifie la concurrence et force les cadors historiques à revoir leur copie.
Le suspense a été le grand vainqueur de cette édition, le titre ne s'étant joué que lors de l'ultime journée alors que le MAS, l'AS FAR et la RSB se sont disputé le fauteuil de leader jusqu'au bout. Le Raja de Casablanca s'est adjugé sur le fil la troisième place, qualificative pour la Coupe de la Confédération. La lutte pour le maintien a été tout aussi dramatique : l'Union de Yaacoub Mansour a été reléguée en Botola D2 dans les derniers instants de la saison, suite au but victorieux de l'Union Touarga face au Wydad, alors que le club de Rabat pensait arracher une place de barragiste.
Cette fin de saison haletante a redynamisé le championnat, marqué par une nette hausse de l'efficacité offensive et des buts spectaculaires largement relayés sur les réseaux sociaux. Le secteur offensif s'est illustré à travers Soufiane Benjdida, sacré meilleur buteur de la Botola avec 20 réalisations, un total inédit depuis plus de trente ans. Cette progression technique s'explique par les choix tactiques résolument offensifs de plusieurs techniciens, en rupture avec les approches ultra-défensives des saisons passées.
Articles en relations
Sport
Sport
Sport
Sport