Société
Entre logement et mode de vie: Comment les Marocains cohabitent-ils avec les vagues de chaleur extrême?
11/07/2026 - 21:01
Widad Benmoumen
Alors que certains pays européens enregistrent des perturbations évidentes dans le rythme de la vie quotidienne et des urgences sanitaires dès que les températures approchent les 35 °C, de vastes régions du Maroc connaissent des températures dépassant les 40 et 45 °C, sans que cela n'entraîne de paralysie totale des activités quotidiennes ni de recul marqué du mouvement dans les rues.
Ce contraste soulève des questions fondamentales : comment les Marocains réussissent-ils à s'adapter à ces vagues de chaleur? S'agit-il d'une simple accoutumance physiologique, ou est-ce le fruit d'un mode de vie, d'une architecture résidentielle et d'habitudes sociales historiquement conçues pour s'adapter au climat du Royaume?
Dans ce contexte, l'expert en environnement Mustapha Benramel, président de l'association « Les Phares Écologiques pour le Développement et le Climat », explique que l'adaptation à la chaleur au Maroc n'est pas un simple habitus psychologique, mais un « interaction profonde entre le climat, l'homme, la culture et les modes de vie qui ont évolué au fil des siècles ». Il souligne que les habitants des régions intérieures et méridionales ont accumulé une longue expérience de coexistence avec les températures élevées, ce qui se reflète dans l'architecture, les activités quotidiennes et le régime alimentaire.
Une architecture traditionnelle pour absorber la canicule
La structure résidentielle joue un rôle central dans la protection des Marocains contre l'intensité de la chaleur, car les quartiers anciens et les maisons traditionnelles ont été conçus architecturalement pour servir d'isolants thermiques naturels. M. Benramel souligne, dans une déclaration à SNRTnews, que le patrimoine architectural marocain a historiquement contribué à atténuer l'impact de la canicule. Les maisons traditionnelles se caractérisent en effet par leurs murs épais construits en terre ou en pierre, leurs patios intérieurs ouverts sur le ciel et leurs petites fenêtres donnant sur l'intérieur. Ces éléments permettent de conserver une fraîcheur relative pendant la journée tout en assurant une ventilation naturelle la nuit. De même, les ruelles étroites et sinueuses des anciennes médinas offrent de larges zones d'ombre et limitent la pénétration directe des rayons du soleil sur les façades des habitations.
Flexibilité sociale et rythme quotidien équilibré
Outre l'architecture, M. Benramel indique que les Marocains s'appuient sur un mode de vie flexible qui s'adapte aux heures de pic thermique, de sorte que beaucoup évitent les activités extérieures en milieu de journée pour les reporter tôt le matin ou après le coucher du soleil. La sieste ou la période de repos à la mi-journée fait partie des comportements courants en période de forte chaleur. Cela s'accompagne d'une consommation accrue d'eau, de fruits d'été riches en eau comme la pastèque, ainsi que du port de la djellaba ou de vêtements amples en coton de couleurs claires qui réfléchissent le rayonnement solaire et favorisent la ventilation du corps.
Physiologie et accoutumance progressive Sur le plan scientifique, Mustapha Benramel explique que le corps humain possède une capacité d'adaptation physiologique à la chaleur lorsque l'exposition est progressive. Selon lui, ces mécanismes comprennent l'augmentation de la sécrétion de sueur dont l'évaporation aide à abaisser la température corporelle, la dilatation des vaisseaux sanguins proches de la peau pour faciliter la perte de chaleur, ainsi que l'amélioration de l'efficacité du refroidissement autonome, le corps commençant à transpirer plus tôt avec une perte moindre de sels, ce qui soulage le cœur.
Cette adaptation se manifeste clairement chez les habitants de villes telles que Marrakech, Béni Mellal, Fkih Ben Salah, Errachidia, Zagora, Tata, Smara et Assa-Zag, qui composent chaque année avec des températures dépassant 45 °C. À l'inverse, les visiteurs originaires de régions tempérées ou froides d'Europe peuvent ressentir un stress thermique dès 35 °C en raison du manque de préparation de leur organisme à ces conditions, d'autant plus que les bâtiments européens sont conçus à l'origine pour retenir la chaleur et non pour l'évacuer.
Selon les derniers chiffres de la Direction générale de la météorologie, 13 villes marocaines ont enregistré, le jeudi 2 juillet 2026, des températures record dépassant le seuil des 40 °C. La ville de Sidi Slimane est arrivée en tête de ces régions avec une température caniculaire de 47,3 °C, suivie de Taroudant avec 45,4 °C, puis Marrakech avec 43,6 °C. D'autres villes ont également enregistré des niveaux très élevés, comme Benguérir (43,4 °C), Guelmim (43,3 °C), Béni Mellal et Larache (43 °C), Settat et Meknès (41,9 °C), Kénitra (41,2 °C) et Fès-Saïss (40,5 °C).
Nouveaux défis imposés par le changement climatique
Malgré cette résilience, l'expert environnemental a averti que l'adaptation a des limites, en particulier avec l'intensité croissante, la durée prolongée et la récurrence des vagues de chaleur résultant du changement climatique. Il a rappelé que ce phénomène constitue désormais une menace sanitaire réelle, notamment pour les personnes âgées, les enfants, les personnes atteintes de maladies chroniques et les ouvriers travaillant sous les rayons directs du soleil.
Le ministère de la Santé et de la Protection sociale a révélé que les établissements de santé ont pris en charge, depuis le mois de juin, 494 cas bénins liés à la hausse des températures, dont 72 cas de gravité modérée, tout en confirmant qu'aucun décès lié à la vague de chaleur n'a été enregistré jusqu'à présent.
Ilham Bachis, directrice par intérim des hôpitaux et des soins ambulatoires au ministère de la Santé, a précisé que ces données sont centralisées via un système d'information national qui reçoit les rapports des différentes régions avant leur traitement par la Direction de l'épidémiologie et de la lutte contre les maladies, permettant ainsi un suivi en temps réel de la situation sanitaire liée aux vagues de canicule.
Dans ce cadre, M. Benramel a formulé une série de recommandations pour renforcer la résilience face aux vagues de chaleur, préconisant notamment d'éviter l'exposition directe au soleil entre 11 heures et 17 heures, de boire de l'eau en abondance et de proscrire les boissons riches en sucres et en caféine. Il a également conseillé d'adapter les horaires de travail, en particulier dans les secteurs du bâtiment, de l'agriculture et des travaux publics, de renforcer le reboisement, d'étendre les espaces verts, d'intégrer l'isolation thermique dans les constructions modernes, d'équiper les espaces publics et les gares de zones ombragées et de points d'eau potable, tout en intensifiant les campagnes de sensibilisation et en activant les systèmes d'alerte précoce.
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