Art & Culture
Entretien avec Laurence Gourret-Lapeyre sur son dernier roman "La Dune étoile"
11/07/2022 - 10:00
Mohammed Fizazi
Laurence Gourret-Lapeyre, est une journaliste française installée au Maroc, elle revêt aussi la casquette d'écrivaine avec à son actif le roman "La vague de Nilaveli" publié en 2011, la pièce de théâtre "Vous avez dit séduction ?", publiée en 2015 en plus de son ouvrage documentaire "Bénazir l’envers du voile" (1997). Elle vient de publier son roman "La Dune étoile" aux éditions L'Harmattan, et dont l'histoire se déroule au Maroc. Dans son entretien avec SNRTnews, l'auteure présente son roman évoquant notamment ce qui l'a inspiré pour son écriture.
SNRTnews : Vous avez vécu au Pakistan et au Maroc, vous avez un roman dans lequel vous racontez des faits se déroulant au Pakistan et votre dernier roman retraçant votre passage au Maroc, en plus de votre ouvrage documentaire, est-ce le contact avec de nouvelles cultures qui vous a poussé à écrire des romans?
Laurence Gourret-Lapeyre : Sans aucun doute. J'ai toujours aimé m’immerger dans les pays où j'ai vécu en essayant de comprendre et de pénétrer l'âme des cultures, des civilisations différentes de la mienne et en m'interdisant des jugements hâtifs.
Pour le Pakistan, "le moteur" du documentaire "Benazir l envers du voile" a été à la fois l'indignation et l admiration. J'ai été révoltée par la souffrance des femmes, maltraitées physiquement et psychologiquement, et fascinée par la prise de pouvoir d'une femme Première ministre, charismatique, intelligente qui subjuguait les foules, dans un pays féodal, conservateur, sous le joug d'un islamisme dévoyé, manipulé par des intégristes illettrés. C'est ce paradoxe qui m'a passionné.
Pour le Maroc, après 10 ans de vie au Royaume, j'ai eu envie de fixer mon expérience personnelle qui aurait pu être celle de beaucoup de femmes.
Parlez-nous de votre dernier roman "La Dune étoile", et de l'impact de votre séjour au Maroc sur votre plume.
"La dune étoile" parle de la découverte du Maroc par une Française au-delà des premières impressions. Au fil du temps, elle a ses coups de cœur et ses coups de gueule. Un pays que Victoria aime pour la chaleur des relations humaines, l'hospitalité, la générosité de ses habitants. Le raffinement esthétique dans l'architecture, l'art en général, sans parler de la beauté époustouflante du pays et des contrastes géographiques. Ce livre est aussi une réflexion sur la durée éphémère de toute situation.
Le roman se déroule au Maroc et au Pakistan, des pays où vous avez vécu, comporte-t-il des éléments autobiographiques?
Le roman est en partie autobiographique. Il est inspiré de ma vie, celle d'une journaliste qui vient s"installer à Marrakech avec son mari pour ouvrir une maison d'hôtes. À la suite du décès de son mari, Victoria va littéralement changer de vie en tombant amoureuse d'un homme du désert et vivre avec lui une relation aussi exaltante que fracassante. Ma rencontre avec Youssef à la fin du roman m'a d'ailleurs redonné un immense bonheur dans ma vie.
Pour ce qui concerne le Pakistan, il y a aussi beaucoup d'éléments inspirés de ma vie: les lieux dont je parle, les événements, ainsi que l'agent secret Yakoot khan, père de ma dernière fille.
Qu'en est-il des événements tirés de faits réels? Surtout que le roman aborde des sujets liés à la lutte contre le terrorisme.
Au Maroc la tentative d'attentat du rallye des Gazelles dans les dunes de Chegaga est de la pure fiction, par contre certains attentats terroristes, dont je parle au Pakistan, ont bien eu lieu (l'hôtel Sheraton à Karachi, le massacre des chrétiens à Peshawar), la collaboration de la lutte antiterroriste entre les services marocains et pakistanais existe bel et bien.
L'écriture est un bon moyen pour exprimer le choc des cultures, est-ce aussi un moyen de les rapprocher?
J'aime beaucoup cette citation de Christian Bobin: "j'écris seulement si quelque chose me coule du cœur jusqu’aux mains". Pour moi, l'humain, l'universel reste au cœur de tout, au-delà des différences culturelles et c'est ce sentiment d'appartenance commune qui doit primer.
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