Economie
Et si réformait réellement la santé au travail ?
22/02/2021 - 12:46
RACHID ABBAR
RAPPORT. Après une auto-saisie sur la santé et la sécurité au travail, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) décrit un système souvent au bord de la rupture.
Sources de drames ou de souffrances pour les salariés et de coûts ou de dépenses pour les employeurs, les pathologies liées au travail font figure de fléau. Comment les entreprises s'y prennent-elles pour les réduire ? Quelle politique faut-il adopter pour protéger surtout les individus ? Malgré les progrès réalisés en la matière, de nouveaux défis apparaissent, comme le révèle le Conseil économique, social et environnemental (CESE), dans son rapport remis, vendredi 19 février 2021, à la primature.
Le conseil qui s’était auto-saisi sur ce sujet nécessaire pour l’instauration du «travail décent», s’est penché sur la législation, mais aussi sur son application au sein des entreprises. Le constat est flagrant. Malgré les efforts, le CESE a noté «d’importantes lacunes» dans le système de santé et de sécurité au travail. Si la prévention n’est pas assez ancrée dans la culture marocaine, le conseil déplore aussi le manque de sensibilisation et une mise en œuvre très limitée des règles de santé et de sécurité au travail dans le secteur privé. Il y a également le flou autour de la responsabilité souvent éparpillée entre les différents intervenants.
À cela s’ajoute «l'absence de statistiques précises sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, la faiblesse de la protection sociale, les possibilités de formation limitées et l'absence d'emploi de la recherche scientifique». Il y a surtout un manque de gouvernance qui a conduit, selon les membres du CESE, à l’échec des initiatives et des programmes entrepris jusqu’ici. Du coup, le conseil préconise une «réforme globale du système de santé et de sécurité au travail», fondée sur l'innovation, la mise à profit d'expériences réussies et, bien entendu, les recommandations de l'Organisation internationale du travail (OIT).
La réforme doit être fondée sur une vision globale et non sur des initiatives ou des actions dispersées. Une réforme qui nécessite un engagement politique d’envergure et une action cohérente. Le CESE voit la santé et la sécurité au travail comme concept basé sur deux dimensions. La première est d'assurer la prévention et la protection contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, et toutes leurs conséquences en termes de dommages économiques et sociaux. Et la deuxième consiste à considérer la santé et la sécurité au travail comme un investissement rentable lorsque les conditions de bien-être psychologique, physique, mental et social sont remplies.
Pour plus de synergie et d’efficacité, le CESE recommande la création d'une agence nationale pour la santé et la sécurité au travail. Un organisme qui aura pour mission l’élaboration et la mise en œuvre des politiques nationales, la préparation de la réglementation et son application, la sensibilisation et la formation. Le conseil recommande aussi de créer un observatoire national des risques professionnels spécialisé, des centres dédiés à la médecine du travail ainsi que des centres privés chargés d'assurer l’examen et le suivi de la santé des travailleurs.
Le conseil recommande enfin d'allouer un pourcentage des ressources collectées au profit du système d'indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles au financement de l'Agence nationale pour la santé et la sécurité au travail, l'Institut national des conditions de vie au travail, l'Observatoire national des risques professionnels, ainsi que tous les organismes et projets publics qui contribuent aux efforts de prévention dans le domaine de la santé et sécurité au travail.
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