Art & Culture
Festival International du Film de Marrakech: des yeux ouverts sur le monde
11/11/2022 - 15:20
Jamal El Khanoussi
L'annonce du retour du Festival International du Film de Marrakech (FIFM), il y a quelques mois, a été un événement qui a semé l'optimisme dans le paysage culturel aussi bien au Maroc qu'à l'étranger. La pandémie ayant mis fin à toute activité dans la planète, l'humanité a vécu des années sombres où l'organisation d'un événement culturel à Venise, Berlin, Marrakech, Toronto ou Busan est devenue un acte de résistance et de défi.
Pour nous, cette édition du Festival de la Ville Ocre est d'une grande importance aussi bien pour le Royaume que pour le 7e art.
Le Maroc a défié la pandémie, et géré ses conséquences catastrophiques d'une manière-modèle, grâce à la politique clairvoyante de SM le Roi Mohammed VI, aujourd'hui, avec le retour du festival dans sa 19e édition, le Maroc déclare haut et fort que nous avons réussi, et que nous joignons notre voix à ceux qui placent leur confiance et leurs efforts du côté optimiste. A cela s'ajoute la capacité du Marocain à faire des miracles et à sortir ce qu'il y a de meilleur en lui en cas de besoin, et dans les crises les plus sévères.
De plus, le retour du cinéma en terre du cinéma est l'occasion de répondre, ou d'essayer de répondre, à des questions devenues urgentes concernant le septième art, et qui menacent l'existence même du cinéma. Des questions ont été posées avant la pandémie en raison de la croissance alarmante des plateformes de streaming numérique telles que Netflix, Disney Plus, Amazon Prime etc.
La pandémie de la Covid-19 est arrivée pour donner le coup de grâce à l'acte cinématographique et au comportement collectif de la consommation cinématographique et de la culture en général, c'est du moins ce que pensaient les plus pessimistes d'entre nous.
Le festival, en plus d'une agora de réflexion et de contemplation, a apporté des réponses à ce débat, et ce, depuis 2018. Le FIFM s'est ouvert à un nouveau venu: Netflix et consorts. Et quand le grand réalisateur américain Martin Scorsese débarque à Marrakech en 2018, il déclare publiquement: sans Netflix, il n'aurait pas pu produire le film "The Irishman" qui a coûté 225 millions de dollars. Ce film a été projeté par le festival en partenariat avec la célèbre plate-forme en hommage au réalisateur et grand acteur Robert De Niro.
Aujourd'hui, le festival continue de s'ouvrir sur les plateformes, et Netflix est devenu un partenaire privilégié. D'ailleurs, le film d'ouverture est produit par la plateforme et réalisé par un ami de Marrakech et du Maroc. Il s'agit de "Pinocchio", réalisé par Guillermo Del Toro.
Une simple lecture du programme de la 19e édition du Festival international du film de Marrakech, avec sa richesse et sa singularité, révèle la réponse du festival à ce débat en cours: c'est la foi en le cinéma, et en sa capacité à s'adapter et à s'identifier aux évolutions qui s'imposent. L'histoire du cinéma a toujours été une histoire de questionnements et de défis. Auparavant, on parlait de la fin du cinéma, avec l'apparition des dialogues dans les films, avec l'apparition des couleurs, et avec l'apparition de la télévision... Pourtant, le cinéma a résisté, ressuscité et a toujours réussi à renaître de ses cendres tel un phénix.
Il faut aussi souligner que le Festival International du Film de Marrakech, avec son retour en force, transcende sa dimension régionale, et marque sa distinction parmi les grands festivals à travers le monde, en renforçant son identité dans la sélection des films. Les premiers ou deuxièmes films de jeunes réalisateurs qui ont démontré la singularité de leur langage et de leurs expressions cinématographiques. Mais qu'en est-il de l'avenir?
L'avenir sera porté par le jeune public, le festival, lui, a, par ailleurs, dédié une programmation spéciale pour créer les cinéphiles de demain et garantir un sang neuf et une pérennité au cinéma. Car l'espoir est représenté par les générations à venir, par les nouveaux amoureux des salles sombres et de jeu d'ombres et de lumières Ce sont de petits yeux qui vont s'ouvrir sur le monde, se poser des questions et s'émerveiller.
En conclusion, il faut dire comme ce qui été souligné par SAR le Prince Moulay Rachid lors de la cérémonie d'ouverture du Festival International du Film que "Le cinéma nous est revenu dans toute sa beauté à Marrakech pour nous rendre tous heureux". Et comme dit Joseph Bédier, le cinéma n'est avant tout qu'un "œil ouvert sur le monde" (Joseph Bédier).
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