Art & Culture
FIFM: Guillermo Del Toro plaide pour un cinéma fondé sur l’émotion
05/12/2025 - 19:20
Mohammed Fizazi | Ayoub MouhyiddineAu Festival International du Film de Marrakech (FIFM), Guillermo Del Toro a plaidé pour un cinéma guidé par l’émotion, qu’il considère comme le moteur essentiel de toute son œuvre. Invité du programme "Conversations" de la 22e édition, le cinéaste mexicain a déploré que les sentiments soient relégués au second plan face aux possibilités grandissantes de l’intelligence artificielle (IA). Il a insisté sur l’urgence de préserver l’authenticité émotionnelle du langage cinématographique et de défendre un art résolument humain.
Il a insisté sur l’urgence de préserver l’authenticité émotionnelle du langage cinématographique et de défendre un art résolument humain.
En dialogue avec la scénariste Kim Morgan, son épouse, Del Toro a évoqué l’influence des poètes romantiques sur sa filmographie et son cheminement de cinquante ans vers l’adaptation de « Frankenstein ». Il a raconté avoir découvert, à sept ans, la créature incarnée par Boris Karloff dans un film de James Whale, une « révélation » fondatrice qui a nourri son rêve de proposer sa propre version du mythe. Ce rêve s’est concrétisé cette année avec « Frankenstein », produit pour Netflix et interprété par Oscar Isaac et Jacob Elordi, dont l’achèvement lui a laissé une forme de « dépression post-partum ».
Pour atteindre le succès, a-t-il affirmé, il faut accepter pleinement le risque de l’échec : « Il faut être prêt à être ridicule. Je le suis à tout instant. » Sa filmographie, intimement liée à sa vie personnelle, reflète ses expériences, ses émotions et ses obsessions, des monstres de l’enfance aux explorations du fantastique et de l’horreur. L’art, dit-il, offre une manière de transformer la souffrance en création tout en conservant une universalité capable de toucher le public.
La rencontre a été ponctuée par la projection d’extraits de plusieurs œuvres emblématiques : le romantisme fantastique de « The Shape of Water » (2017), l’atmosphère sombre de « Nightmare Alley » (2021), la relecture poétique de « Guillermo Del Toro’s Pinocchio » (2022) et son adaptation récente de « Frankenstein » (2025).
Né en 1964 à Guadalajara, Del Toro a grandi dans un milieu catholique conservateur où il s’est très tôt passionné pour les monstres, les mythes et les mondes imaginaires. Adolescent, il réalise ses premiers courts-métrages avec une simple caméra et se forme en autodidacte au maquillage et aux effets spéciaux, une minutie qui deviendra sa signature visuelle. Depuis « Cronos » (1993), son premier long-métrage, il a signé ou produit des films salués par la critique, tels que « L’Échine du diable », « Le Labyrinthe de Pan », « Mimic » ou « La Forme de l’eau », lauréat de trois Oscars dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur. « Pinocchio », coréalisé avec Mark Gustafson, lui a valu l’Oscar du Meilleur film d’animation, tandis que « Frankenstein » a été présenté en avant-première à la Mostra de Venise.
Revenant sur la naissance de sa passion, Del Toro explique que tout a commencé à l’âge de sept ans. Après la messe dominicale, sa famille regardait les films diffusés sur la chaîne 6 : c’est ainsi qu’il voit pour la première fois un film de James Whale avec Boris Karloff, une vision qu’il décrit comme une « révélation ». L’apparition de l’acteur à l’écran lui procure une émotion quasi religieuse : il dit avoir ressenti pour Karloff ce que sa grand-mère ressentait pour Jésus. Enfant « très étrange », il s’identifie immédiatement à la créature, partageant le sentiment de ne pas appartenir au monde tout en demeurant animé d’une profonde curiosité. Il qualifie ce moment d’« extase religieuse », une sensation qui, selon lui, reste intacte aujourd’hui.
Articles en relations
Art & Culture
Art & Culture
Art & Culture
Art & Culture