Politique
Fouzi Lekjaa : « Le coût du transport ne justifie pas la hausse des prix »
13/05/2026 - 00:25
Youness Oubaali
Le ministre délégué auprès de la ministre de l’Économie et des Finances, chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a affirmé que les finances publiques « ont une nouvelle fois démontré leur solidité face aux différentes répercussions que connaît le monde », en présentant plusieurs indicateurs et mesures gouvernementales y afférents.
Lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers, ce mardi 12 mai 2026, le débat est revenu sur la situation des finances publiques et ses répercussions économiques et sociales, dans un contexte marqué par les interrogations des parlementaires sur la « fiabilité » des indicateurs financiers et leur lien avec la hausse des prix sur le marché national.
Des indicateurs économiques et financiers positifs
Fouzi Lekjaa a expliqué que l’économie nationale devrait enregistrer un taux de croissance supérieur à 5,3 % durant l’année en cours, malgré les contraintes et les prévisions émises par le Fonds monétaire international.
Il a également fait état d’une hausse des recettes fiscales de 10,4 milliards de dirhams, soit une progression de 8,5 % à fin avril 2025.
Le ministre a précisé que l’impôt sur les sociétés a augmenté de 9,1 milliards de dirhams, soit 25 % de plus par rapport à l’année précédente. Les recettes de la taxe sur la valeur ajoutée ont, quant à elles, progressé de 1,3 milliard de dirhams, tandis que les droits d’enregistrement et de timbre ont augmenté d’un milliard de dirhams. Les recettes de la taxe intérieure de consommation ont également enregistré une hausse de 854 millions de dirhams.
Le responsable gouvernemental a souligné que ces indicateurs traduisent une dynamique positive des finances publiques. Selon lui, cette tendance a également été confirmée fin avril par le Fonds monétaire international dans le cadre de ses consultations avec le Maroc concernant le renouvellement de la ligne de crédit, le Fonds ayant estimé que le Royaume continue de remplir les critères d’éligibilité pour bénéficier de cet accord.
Il a ajouté que la gestion des finances publiques jusqu’à fin avril se déroule conformément aux dispositions prévues par la Loi de finances 2026.
Le groupe Authenticité et Modernité a estimé que le bilan préliminaire de l’exécution de la Loi de finances reflète plusieurs indicateurs positifs, notamment à travers la maîtrise relative du déficit budgétaire, l’amélioration des recettes fiscales, la poursuite de la hausse de l’investissement public ainsi que le financement des grands chantiers sociaux liés à la protection sociale, au soutien direct aux familles et à l’élargissement de l’offre sanitaire et éducative.
De son côté, le groupe istiqlalien de l’unité et de l’égalitarisme a salué les efforts évoqués par le ministre, tout en s’interrogeant sur l’adoption par le gouvernement de scénarios géostratégiques clairs et sur l’impact de ces évolutions sur l’économie nationale et sa capacité à créer des emplois.
Le groupe de la CGEM a, pour sa part, insisté sur deux enjeux majeurs : le premier consiste à préserver les équilibres macroéconomiques dans un contexte de mutations internationales rapides, à travers la gestion des pressions liées aux coûts de l’énergie et de l’importation, afin d’assurer la durabilité des finances publiques et de maintenir la confiance des acteurs économiques.
Le second enjeu réside, selon lui, dans la poursuite de l’accompagnement des investisseurs et le renforcement de l’efficacité des mécanismes de soutien à l’investissement, via le développement de solutions de financement adaptées aux entreprises, afin de soutenir la dynamique du secteur privé et d’améliorer le climat des affaires.
En revanche, le groupe socialiste de l’opposition ittihadie a estimé que le débat ne doit pas se limiter aux indicateurs des équilibres macroéconomiques, mais doit surtout porter sur les répercussions concrètes de l’exécution de la Loi de finances sur les conditions de vie des citoyens et les politiques publiques.
Le groupe a relevé que les citoyens continuent de faire face à des hausses successives des prix des produits de base, soulignant que le soutien gouvernemental accordé aux éleveurs ne s’est pas suffisamment traduit par une amélioration de l’accès des citoyens aux moutons de sacrifice.
De son côté, l’Union marocaine du travail a appelé à étudier la possibilité d’adopter une loi de finances rectificative, considérant qu’il s’agit d’une option imposée par l’évolution des hypothèses macroéconomiques sur lesquelles a été construite la Loi de finances 2026, ainsi que par les défis économiques et sociaux actuels.
Le syndicat estime que cette révision permettrait d’actualiser les priorités, de dégager des marges supplémentaires pour soutenir le pouvoir d’achat, financer les mesures sociales et les investissements urgents, et garantir la continuité des engagements sociaux de l’État.
Fouzi Lekjaa : prix, transport et soutien
Dans sa réponse, Fouzi Lekjaa a insisté sur le fait que le débat autour de l’exécution de la Loi de finances est essentiel pour comprendre le niveau d’exécution des dépenses programmées et leurs répercussions.
Il a affirmé que le coût du transport ne doit pas servir de justification à la hausse de nombreux prix, appelant à un effort collectif pour lutter contre toutes les pratiques contraires aux principes du commerce et contre les intermédiaires, afin que les mesures gouvernementales et les charges supportées par le budget général aient un impact réel sur les prix.
Concernant le secteur de l’élevage, Lekjaa a indiqué que plus de 11 milliards de dirhams ont été mobilisés sous forme de soutien direct au secteur, une mesure inédite selon lui, destinée à permettre aux éleveurs de développer et de relancer leur activité.
Il a également souligné que l’offre en bétail est directement liée aux niveaux des prix sur le marché, ce qui fait que l’impact du soutien gouvernemental demeure tributaire de l’équilibre entre l’offre et la demande sur le terrain.
Articles en relations
Economie
Economie
Politique
Sport