Economie
Hausse des températures: une menace pour les récentes réserves hydriques au Maroc?
01/05/2025 - 19:15
Ouiam Faraj | Mohammed Fizazi
Alors que le Maroc a bénéficié récemment de précipitations abondantes, les températures connaissent une hausse notable dans plusieurs régions du Royaume, ce qui pourrait compromettre les gains hydriques enregistrés
Le professeur universitaire à l’Université Abdelmalek Essaâdi et expert international en changements climatiques, Khalid Temsamani, alerte sur l’impact de cette hausse des températures. Selon lui, l’augmentation de la chaleur entraîne une évaporation rapide des eaux de surface comme celles des barrages et des rivières, réduisant ainsi la durée de leur disponibilité.
M. Temsamani souligne, dans une déclaration à SNRTnews, que cette élévation des températures pourrait affecter négativement certaines cultures sensibles, notamment les céréales et les légumes de saison, en accélérant leur maturation de manière déséquilibrée, ce qui nuirait à leur rendement.
Face à cette situation, l’expert appelle à des mesures préventives, dont la rationalisation de l’usage de l’eau à travers des techniques d’irrigation économes comme le goutte-à-goutte, ainsi que l’entretien accru des infrastructures hydrauliques pour limiter les pertes en eau. Il insiste aussi sur la nécessité de sensibiliser les agriculteurs à adapter leurs pratiques agricoles aux nouvelles réalités climatiques, en impliquant les acteurs institutionnels, la société civile et les professionnels.
M. Temsamani prône également le stockage de l’eau durant les périodes humides pour pallier les épisodes de sécheresse, appelant à une mobilisation collective afin de garantir la durabilité des ressources hydriques et la sécurité alimentaire du pays.
Une situation entre abondance et rareté
Pour sa part, le président de "Les Minarets Écologiques pour le Développement et le Climat", Mustapha Benramel, met en garde contre les effets des températures précoces sur les plans d’eau peu remplis, comme les lacs et les oueds, ainsi que sur les réserves des barrages soumises à une forte évaporation.
L’expert environnemental rappelle, dasn sa déclaration à SNRTnews, que la fonte des neiges à des périodes inhabituelles, causée par la chaleur, réduit les capacités naturelles de stockage de l’eau et modifie le calendrier de l’écoulement des eaux de surface. Par ailleurs, les plantes nécessitent davantage d’eau avec la montée des températures, ce qui accentue la pression sur les ressources disponibles.
Au 28 avril, le taux de remplissage des barrages au Maroc s’établissait à environ 40,4 %, un chiffre en hausse grâce aux récentes précipitations pluvieuses et neigeuses, qui ont alimenté plusieurs bassins hydrauliques stratégiques.
M. Benramel estime que le pays se trouve dans une situation intermédiaire entre abondance et rareté, d’où l’importance d’une gestion raisonnée de l’eau dans tous les secteurs : domestique, agricole, industriel et touristique, surtout en l’absence de visibilité sur le caractère pluvieux ou sec de l’année à venir.
Il appelle également à accélérer les projets liés aux ressources hydriques non conventionnelles, comme le dessalement de l’eau de mer et le traitement des eaux usées à des fins d’irrigation, afin de réduire la pression sur les nappes phréatiques.
Une réserve d’un an et demi d’eau potable
Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a récemment affirmé que les dernières précipitations ont permis d’assurer une réserve d’un an et demi d’eau potable pour le Royaume, mettant ainsi fin aux craintes d’une pénurie cet été dans l’ensemble des bassins hydrauliques.
Lors d’une séance de questions orales à la Chambre des conseillers le 15 avril 2025, le ministre a précisé que ces précipitations ont contribué à une amélioration de 45 % des apports hydriques. Toutefois, il a également souligné un déficit de près de 58 % par rapport aux moyennes habituelles.
Baraka a assuré que le gouvernement poursuivait l’accélération des chantiers liés aux stations de dessalement, dont la capacité est passée de 40 à plus de 300 millions de mètres cubes en moins de cinq ans.
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