Société
Inondations à Ksar El Kébir: l’élan du cœur plus fort que les eaux
05/02/2026 - 16:35
Khaoula Benhaddou
Les eaux ont envahi les rues de Ksar El Kébir, mais elles n’ont pas emporté l’essentiel: l’élan de solidarité d’une population mobilisée pour sauver, héberger et soutenir les sinistrés.
Alors que les inondations ont frappé Ksar El Kébir avec une violence rare, provoquant l’évacuation de toute la ville et laissant derrière elles des familles désemparées, un autre phénomène, plus lumineux, s’est imposé: un vaste mouvement de solidarité porté par des citoyens ordinaires devenus, l’espace de quelques heures, des héros du quotidien.
Dès les premières alertes, des habitants ont spontanément prêté main-forte aux autorités pour évacuer la ville. Dans les rues envahies par les eaux, des jeunes ont bravé le courant pour aider des familles à quitter leurs maisons, transporter des enfants en sécurité et porter des personnes âgées sur leurs épaules afin de les mettre à l’abri. Des scènes bouleversantes, mêlant peur, courage et humanité, ont marqué les esprits.
Mobilisation sur le terrain mais aussi sur les réseaux sociaux
Loin de Ksar El Kebir, et derrière leurs écrans, les marocains ont également fait preuve d’une mobilisation d’un autre genre. Des appels se sont multipliés pour proposer un hébergement aux sinistrés, collecter des vêtements, de la nourriture et des couvertures, ou encore coordonner l’acheminement de l’aide vers les zones les plus touchées. En quelques heures, une véritable chaîne de solidarité numérique s’est mise en place, transformant les plateformes sociales en centres d’entraide à grande échelle.
Les valeurs de la société marocaine
Au milieu des crues et de la peur, ce sont d’abord des bras tendus, des portes ouvertes et des épaules solides que les habitants de Ksar El Kébir ont trouvés. Pour le sociologue Mohcine Benzakour, cet élan n’a rien d’étonnant: "Cette réaction de solidarité n’est pas étrangère à la société marocaine", explique-t-il.
Selon lui, le réflexe du partage est profondément ancré dans la culture marocaine; "Le partage du foyer, de la nourriture, des émotions… C’est une valeur centrale dans notre société, renforcée par nos traditions. Et lorsqu’il s’agit d’une catastrophe, cela devient encore plus visible".
Le sociologue souligne aussi le rôle marquant de la jeunesse; "Nous avons vu, à travers les réseaux sociaux, des jeunes, de véritables héros, qui ont pris des risques, parfois au péril de leur vie, pour sauver des personnes en détresse. Ces images de jeunes portant des personnes âgées ou aidant des familles à traverser les eaux sont tout simplement extraordinaires".
Au-delà des gestes individuels, des associations se sont également mobilisées, mettant leurs moyens à la disposition des autorités et des sinistrés. "Il ne s’agit pas seulement d’assister ou d’aider. C’est un sentiment d’appartenance qui s’exprime, par le cœur, par le comportement et par l’action", insiste Mohcine Benzakour. Et de conclure: "Cette manière d’être solidaires fait partie de l’identité du peuple marocain."
Dans la détresse provoquée par les crues, cette solidarité massive aura au moins permis de rappeler une chose essentielle: face à l’épreuve, la société marocaine sait se serrer les coudes et faire primer l’humain...
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