Société
Inondations de Ksar El Kébir: qu’exige la prochaine étape
08/02/2026 - 14:47
Ouiam Faraj
À la suite des inondations qu’a connues la ville de Ksar El Kébir, et des dégâts matériels et économiques qu’elles ont engendrés, les efforts des autorités se poursuivent pour évacuer les personnes sinistrées et les héberger temporairement jusqu’à la stabilisation de la situation. Qu’exige donc la prochaine étape pour un retour à la normale?
Des experts en environnement, en climat et en politiques de l’eau ont souligné que la phase à venir nécessite à la fois des mesures urgentes et des réformes structurelles afin de permettre aux habitants de reprendre une vie normale.
Conditions climatiques extrêmes
Dans ce contexte, le président de l’Observatoire de la protection de l’environnement et des sites historiques, et expert en environnement et en changements climatiques, Saïd Choukri, estime que ce qui s’est produit à Ksar El Kébir met en évidence l’existence de "cumul de dysfonctionnements" dans la gestion des politiques publiques, notamment en ce qui concerne la négligence des données scientifiques dans la planification anticipative.
Choukri a expliqué, dans une déclaration à SNRTnews, que les alertes scientifiques avaient confirmé à plusieurs reprises que le Maroc serait exposé à des conditions climatiques extrêmes, que ce soit sous forme de sécheresse ou de fortes précipitations.
Il a rappelé que Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait affirmé à maintes reprises que les changements climatiques ne seraient pas un phénomène passager, ce qui impose, selon lui, de passer d’une gestion conjoncturelle à une préparation en amont.
Quelles solutions?
Parmi les solutions proposées figure l’accélération des projets d’interconnexion entre les barrages, afin de permettre une meilleure gestion des ressources en eau, aussi bien en période de pénurie que lors des inondations, grâce au transfert des eaux des bassins excédentaires vers ceux qui en ont besoin.
Il a également insisté sur la nécessité de doter les collectivités territoriales — en première ligne lors des crises — de ressources financières et humaines, ainsi que de moyens de communication adéquats, pour encadrer les citoyens et les sensibiliser aux risques d’inondation.
Il a souligné l’importance d’ancrer une "culture du risque" à travers des stratégies de sensibilisation avant la survenue des catastrophes.
En matière de gouvernance, Choukri a appelé à l’adoption d’une approche participative dans la gestion des questions liées à l’eau, en se référant aux rapports d’institutions nationales sur le sujet, et en affirmant que la convergence des efforts est à même de réduire les risques d’inondation à l’avenir.
Trois facteurs
De son côté, l’expert en politiques de l’eau, Abdelrahim Hindouf, a attribué les inondations à trois facteurs principaux: d’abord les précipitations exceptionnelles liées aux changements climatiques; ensuite la situation géographique de Ksar El Kébir, proche de l’oued Loukkos, où se trouvent des zones basses facilement inondables; enfin l’envasement, qui réduit la capacité de stockage des barrages.
Hindouf a précisé, dans une déclaration à SNRTnews, que l’érosion des sols et l’absence de mesures suffisantes pour protéger les bassins hydrauliques aggravent l’accumulation des sédiments, ce qui affecte le rendement des barrages et accroît les risques d’inondation lors de leur vidange, notamment en raison du dépôt des vases dans les lits des oueds et de la faible pente de ceux-ci.
Il a également souligné que l’extraction des sédiments des barrages est difficile et coûteuse, mais qu’elle est possible au niveau des cours d’eau. Il a insisté sur la nécessité de procéder périodiquement à cette opération, "à l’instar de ce que font les autorités dans l’oued Bouregreg afin de faciliter le passage des embarcations touristiques reliant Rabat à Salé".
Interdire la construction à proximité des oueds
Il a par ailleurs insisté sur la nécessité d’interdire la construction dans les zones basses et proches des oueds, et a proposé l’édification de digues de protection sur les deux rives de l’oued Loukkos pour protéger la ville, ainsi que la réalisation d’opérations régulières de curage des sédiments dans les sections proches du tissu urbain afin de faciliter l’écoulement des eaux.
Dans son évaluation de la gestion de la phase actuelle, Hindouf a salué la mobilisation des autorités publiques, qui a permis d’éviter des pertes humaines, conformément aux Hautes Instructions Royales de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ainsi que les mesures prises pour évacuer la ville et protéger les biens des habitants, qu’il a qualifiées d’initiatives positives.
Fonds des catastrophes naturelles
Par ailleurs, Hindouf a souligné que le principal défi reste aujourd’hui d’ordre social et économique, afin de permettre aux sinistrés de reprendre une vie normale, alors que de nombreux habitants ont perdu leurs logements ou leurs moyens de subsistance — commerce, agriculture et élevage.
Il a mis en avant l’importance de soutenir le Fonds des catastrophes naturelles pour lui permettre d’indemniser les victimes et de les aider à relancer leurs activités.
Il a également appelé à l’adoption d’une politique intégrée associant les secteurs de l’eau, des forêts, de l’équipement et de l’hydraulique, afin de créer les conditions propices à un retour à la normale.
Alors que les efforts de secours et de solidarité se poursuivent, l’espoir, selon les intervenants, repose sur une amélioration temporaire des conditions météorologiques pour limiter les pertes et accélérer le retour du rythme normal de la vie économique et sociale dans la ville.
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