Société
Jeûne et maladies rénales : la précaution est de mise
14/03/2024 - 15:30
Khaoula Benhaddou
Le jeûne pendant le mois sacré est déconseillé pour les personnes à risques et plus précisément celles qui sont touchées par des maladies chroniques. C’est le cas de personnes atteintes de maladies rénales qui doivent s’hydrater constamment. Qui sont les patients qui peuvent jeûner? et quelles sont les précautions à prendre ? Éléments de réponse
Comme pour plusieurs maladies chroniques, le jeûne est souvent déconseillé pour les patients atteints de maladies rénales et plus précisément les maladies rénales chroniques, comme l’explique Pr Amal Bourquia, néphrologue; "Au cours du mois de Ramadan, ce sont surtout les pathologies rénales chroniques qui posent problème. Il est donc déconseillé de jeûner au cours des lithiases rénales". Et d’expliquer "le ramadan induit une recrudescence des crises, surtout s’il fait très chaud. La déshydratation et la diminution du volume urinaire constituent des facteurs principaux pour le développement des lithiases rénales".
Dans ce cas, la spécialiste conseille aux patients porteurs de lithiases rénales "d’augmenter les apports en eau pour obtenir une diurèse de plus de 2l par jour pour éviter la formation des calculs rénaux". Et d’ajouter "Au cours du jeûne, les patients se plaignent davantage de coliques néphrétiques, sans pouvoir réellement se baser sur des études scientifiques, la pratique et les statistiques notent cette recrudescence. Les malades ne sont pas en interdiction absolue de jeûner, mais ils doivent boire beaucoup d'eau, tout en soulignant l’importance de la discussion cas par cas avec le médecin néphrologue".
Qui peut jeûner ?
Dans certains cas, les médecins peuvent autoriser le jeûne pour certains patients, comme l’explique la spécialiste; "Pour les néphropathies en rémission, le jeûne peut être autorisé sous surveillance médicale. Il faut également adapter la prise de médicaments. Par exemple, les corticoïdes sont à prendre le matin juste avant le début du jeûne (Shor) et non pas lors de la rupture du jeûne".
Pour les personnes autorisés à jeûner, la spécialiste rappelle les précautions à prendre; "Pour ménager ses reins pendant le jeûne, il ne faut pas pratiquer de sport avant la rupture du jeûne. Il ne faut pas abuser des protéines ou manger trop de sel, ne pas abuser des médicaments, tous toxiques pour le rein surtout en situation de déshydratation. Les gens ont tendance à consommer le paracétamol et les anti-inflammatoires pour des céphalées. Attention également aux décoctions traditionnelles à base d'herbes et aux intoxications alimentaires sur le long terme. Il importe de manger équilibré et de boire suffisamment"
Jeûner ou ne pas jeûner: la décision revient au médecin traitant!
Pr Amal Bourquia rappelle qu’il n'existe pas de recommandations claires concernant le jeûne du mois de Ramadan chez les néphropathies; "cependant, l'autorisation du jeûne doit être formulée par le néphrologue en fonction de l'état clinique du patient, de la tolérance et des médicaments et leurs éventuelles adaptations. Certaines maladies rénales n'empêchent pas de pratiquer le jeûne du mois sacré de ramadan. Il y a donc lieu de ne pas généraliser de procéder au cas par cas. Tout doit reposer sur la décision du médecin traitant et des conseils qu’il donnera à son patient, sachant pertinemment que le praticien cherchera toujours à faciliter à son malade la pratique du jeûne tout en procédant à un suivi rapproché pour éviter tout risque éventuel".
Un danger sur la santé du patient!
Dans certains cas, le jeûne représente un danger sur la santé du patient comme le précise Pr Amal Bourquia; "les patients qui représentent tout type de néphropathie, glomérulaire, interstitielle, ou vasculaire en phase aiguë de la maladie ne doivent pas jeûner. On risque de voir s’aggraver la maladie rénale ou apparaitre une insuffisance rénale". Et d’ajouter "Certaines maladies rénales s’accompagnent d’une fuite urinaire obligatoire d’eau et de sel (néphropathies interstitielles, polykystose rénale, acidoses tubulaires..) et nécessitent une compensation régulière de cette perte et donc, ils ne sont pas autorisés à jeûner ".
La spécialiste établit également une liste des maladies qui ne riment pas avec le jeûne :
-Une infection urinaire évolutive: la diminution du volume urinaire augmente le risque d’infection urinaire surtout chez les sujets âgés et les patients présentant des facteurs de risque d’infection, malformation des voies urinaires, lithiases rénales.
-Une insuffisance rénale, une des maladies où le jeûne peut constituer un danger. Qu’elle soit aigue ou chronique, cette maladie définie comme étant une altération de la fonction des reins risque de s’aggraver ou de voir apparaître des complications.
Le manque d’apport en eau risque d’entrainer une hypo volémie et par conséquent des lésions tubulaires rénales chez les patients présentant une insuffisance rénale chronique avec risque de dégradation de leur fonction rénale. L’insuffisance rénale chronique modérée et stable peut permettre le jeûne, mais à condition qu’il y ait une surveillance continue. Car, dès que le niveau de créatine augmente, le jeûne doit absolument être interrompu.
-Les patients insuffisants rénaux en dialyse ne peuvent pas jeûner vu leur état général souvent altéré avec la dénutrition et le risque de faire des excès à la rupture du jeûne, ce qui peut induire de la surcharge hydro sodée ou l’hyperkaliémie. Chez ces patients, il est recommandé de s'abstenir de jeûner, surtout si le patient est âgé, anémique, hypertendu, ou avec un risque cardio-vasculaire élevé.
-Les transplantés ne doivent pas jeûner la première année. Ensuite, tout dépend de leur état de santé et de la présence ou non de complications, de même l'autorisation du jeûne est en fonction du type de l'immunosuppression et du nombre de prises journalières. Les transplantés sont donc appelés à suivre leur médecin traitant et à se plier à ses prescriptions.
Conseils pratiques :
- Toujours considérer l'évolution de la maladie. Pour les personnes souffrant d'insuffisances rénales ou les dialyses, il est fortement déconseillé d'observer le jeûne.
-Prudence pour les sujets de plus de 70 ans! les reins ont une capacité réduite à gérer la surcharge de sels minéraux qu'entraîne la déshydratation. De plus, certaines personnes âgées souffrent d'incontinence urinaire, prennent des médicaments ayant un effet diurétique et ont moins d'appétit.
-Ne pas attendre le déclenchement des manifestations pour vérifier l’état des reins. Les reins souffrent d'abord en silence avant de manifester des signes de maladie.
-Dans tous les cas, la décision de jeûner ou non doit être prise avec le néphrologue traitant. Le rôle du médecin reste décisif en ce mois précisément puisque c’est lui qui juge si oui ou non le patient peut bénéficier d’un aménagement thérapeutique lui permettant de jeûner.
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