Art & Culture
La cancel culture, c'est quoi ?
02/05/2021 - 21:56
Malak Boukhari
Des propos à caractère raciste, un post instagram qui crée la polémique, un tweet virulent…aujourd’hui les internautes ne tolèrent plus les dérives des personnalités publiques sur les réseaux sociaux et expriment leur mécontentement à travers ce qu'on appelle la " cancel culture ".
Apparu il y a 400 ans aux Etats-Unis, ce phénomène de la cancel culture renaît aujourd’hui de ses cendres et gagne en popularité dans le monde entier. Le verbe anglais "cancel" signifie "supprimer", et au sens de la cancel culture cela veut dire "évincer " ou "éliminer" une personne, la harceler, ternir son image jusqu’à ce qu’elle déclare forfait. Si certains pensent que la cancel culture s’apparente à une forme de justice ou de militantisme, d’autres y voient une entrave à la liberté d’expression.
Les défenseurs de la cancel culture disent vouloir agir pour la bonne cause, en partant du postulat que la cancel culture est l'instrument qui leur permet de dénoncer des comportements qu’ils jugent démesurés ou ambigus tout en sensibilisant quant aux causes qu’ils défendent.
La cancel culture, liberté d’expression ou censure ?
Cette pratique se propage à une vitesse affolante et peut prendre des proportions démesurées quand elle vire vers le cyber-harcèlement, la censure ou le harcèlement. "Je pense qu’en effet la cancel culture est une forme de censure, car si on suit les lois garantissant la liberté d’expression, une personne devrait pouvoir être en mesure de dire ce qu’elle pense sans pour autant être boycottée. Cependant comme dans toutes les libertés il faut savoir doser ce qu’on dit et sur quel sujet on se prononce afin de ne pas porter atteinte à autrui", témoigne Samira, une jeune artiste marocaine.
Et d’ajouter : "En tant qu’artistes, notre rôle est de promouvoir le partage, la diversité sans jamais dépasser les limites. Je ne me vois pas aborder un sujet qui risque de heurter la sensibilité des autres. Par conséquent, la cancel culture est pour moi à la fois injuste car on devrait être libre de dire ou faire ce que l’on souhaite, mais légitime car on devrait être capable en tant qu’être humain de savoir ce que l’on devrait dire ou non pour ne pas offusquer l’autre".
Le débat est-il possible ?
On associe souvent la cancel culture à une démarche radicale où la demi-mesure est tout sauf envisageable. "Personnellement, je crois que la cancel culture ne mène absolument à rien, car elle ne fait que créer un fossé entre deux parties. Elle coupe totalement la possibilité à la discussion. Les artistes qui sont victimes de cancel culture peuvent toujours dire ce qu’ils veulent, mais leur public ne leur accordera plus l’attention qu’ils avaient avant, donc on peut dire que ça vire plus vers le boycott", confie une jeune créatrice de contenus.
Un avis que partage également une jeune militante franco-marocaine. "On ne peut plus débattre calmement, tout devient une attaque personnelle et une négation de son identité, alors qu'il s'agit souvent de débats sur des détails vraiment de niche. Et puis des fois ça tourne au harcèlement et lynchage sur les réseaux sociaux. La cancel culture polarise énormément le moindre sujet, on ne débat plus, tout devient super dramatique et personnel", conclut-elle.
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