Politique
La plaidoirie de Laftit pour une légalisation rapide du cannabis
29/04/2021 - 14:48
Ghita IsmailiÀ l’issue d’une longue première séance consacrée à la discussion générale de la légalisation du cannabis, le ministre de l’Intérieur a défendu son projet de loi et a assuré que des consultations et études ont été menées dans les régions concernées. Face aux députés du PJD, seuls opposés au texte, il a appelé à l’accélération de son adoption.
"Ce projet de loi n’est pas tombé du ciel. Nous travaillons depuis deux ou trois ans sur cette loi. Il y a des personnes qui travaillent exclusivement sur ce texte et des consultations ont été menées dans tous les sens", a assuré Abdelouafi Laftit devant la commission de l’Intérieur, des collectivités territoriales, de l'habitat et de la politique de la ville à la Chambre des représentants.
Après une séance de près de six heures consacrée à la "discussion générale" du projet de loi légalisant le cannabis à des fins médicales et thérapeutiques, entre autres, le ministre a répondu (ndlr, à partir de 5H32 dans la vidéo ci-dessus) à une partie des observations exprimées par les députés présents, membres ou non de la commission.
Une semaine auparavant, le ministre de l’Intérieur avait assuré devant la commission que plusieurs études ont déjà été réalisées sur le sujet au niveau national, pour mesurer les bénéfices économiques et sociaux de la légalisation de "certaines des utilisations" du cannabis. Seuls opposés au projet, les députés du Parti de la justice et du développement (PJD), à leur tête Mustapha Ibrahimi, ont demandé à Abdelouafi Laftit de rendre publiques ces études.
"Nous n’avons jamais caché quoi que ce soit, parce que de toute façon, il n’y a rien à cacher. L’objectif aujourd’hui est d’accélérer les choses, parce que nous sommes déjà en retard sur cette question. Certains assurent que c’est à cause des élections. Expliquez-moi quel lien peut-il y avoir entre les élections et ce projet de loi", a déploré le ministre.
Les "drogues resteront interdites"
Selon Laftit, cette loi arrive déjà trop tard. "Le jour où je l’ai présenté en Conseil de gouvernement, un ministre qui était aussi dans le précèdent gouvernement est intervenu pour dire qu’il avait pensé à présenter une loi similaire. Je lui ai répondu : si seulement vous aviez ramené ce projet à l’époque, on aurait gagné cinq ans", a confié Laftit.
"Le plus dangereux, c’est de ne rien faire. Cette loi vient pour ouvrir le champ à une nouvelle façon de se comporter avec cette plante", a-t-il plaidé, avant d’assurer que la loi restera la même pour les drogues. "Cette loi n’est pas là pour rendre les drogues halal ou légales. On ouvre une porte pour trouver une solution à la population de cette région (…). On ne peut pas rester sans rien faire et laisser cette plante interdite. Est-ce qu’on doit adopter une approche sécuritaire et arrêter tous ces gens ? Ce n’est pas le but", a-t-il poursuivi.
Pour Laftit, le Maroc a besoin aujourd’hui de saisir toutes les opportunités qui visent le développement de la région du Rif, dont il est lui-même originaire. "Il ne faut pas faire de l’opposition pour faire de l’opposition, dites-nous ce qu’on peut changer dans ce projet de loi pour qu’il soit amélioré et on le fait. Mais ne me dites pas de le mettre de côté pour attendre le prochain gouvernement", a martelé le ministre.
Plutôt dans la séance, le président du groupe parlementaire du PJD Mustapha Ibrahimi avait estimé que "tous les pays qui se sont précipités pour légaliser le cannabis ont vu sa consommation augmenter, en particulier chez les jeunes et les catégories vulnérables".
"L’intérêt du pays"
"Les pays qui consomment le plus de drogues ne sont pas ceux qui les produisent", a riposté Laftit, citant l’Espagne et la France qui consomment selon lui les "stupéfiants plus que les Marocains".
"Nous devons faire vite pour attirer les éventuels futurs investisseurs. Il faut faire très attention à ce que nous faisons. Aujourd’hui, l’Europe a ouvert le champ à ce genre d’investissements. Plusieurs pays l’ont fait. On ne peut pas rester spectateur. Si vous avez d’autres solutions, nous sommes preneurs, mais il n’y en a pas", a encore plaidé le ministre, assurant que ce projet est "dans l’intérêt du pays et uniquement dans son intérêt".
Et d’ajouter : "je défie toute personne qui pourra me prouver le contraire. La population de cette région est prête à s’impliquer dans ce projet et nous sommes prêts à y travailler avec eux. Nous avons fait le tour des régions, nous avons eu plusieurs consultations avec les gens sur place".
Si le ministre de l'Intérieur n'a pas eu le temps de dire tout ce qu'il voulait, Moulay Hicham Elm'hajri président de la commission, lui a signifié à la fin de son intervention que "c'était très bien".
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