Société
Le CESE appelle à une stratégie nationale coordonnée pour faire de la recherche scientifique un levier d’innovation au Maroc
23/10/2025 - 19:31
SNRTnews
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a publié un avis intitulé "Contribution de la recherche scientifique à l’innovation, au développement et au renforcement de la compétitivité de l’économie nationale — urgence d’une stratégie nationale coordonnée et intégrée", élaboré à la demande de la Chambre des conseillers. Ce document souligne la nécessité de transformer la recherche scientifique en moteur d’innovation au service du développement durable du Maroc.
Le CESE constate que le Maroc dispose d’un capital scientifique et humain prometteur, soutenu par une diversification croissante des acteurs publics et privés, une progression du nombre de chercheurs et une production scientifique en hausse. Néanmoins, cette production demeure inférieure aux standards internationaux. Lorsque les conditions de financement, de partenariat et de coordination sont réunies, les résultats se révèlent probants. Des avancées notables ont ainsi été enregistrées dans plusieurs secteurs : développement de médicaments stratégiques et de traitements génériques à faible coût dans la santé, mise au point de procédés innovants pour valoriser des gisements miniers, ou encore conception de technologies de stockage d’énergie et de drones à usage civil et militaire. Ces réussites demeurent toutefois ponctuelles et limitées à certains domaines.
Le CESE identifie plusieurs freins majeurs au développement d’un écosystème national de recherche et d’innovation pleinement opérationnel. Le premier concerne le financement, jugé insuffisant et déséquilibré. En 2016, la dépense intérieure brute en recherche et développement représentait seulement 0,75 % du PIB, un taux resté quasi inchangé depuis et bien inférieur aux moyennes mondiale (2,68 %) et européenne (2,24 %). Ce financement repose essentiellement sur des ressources publiques, la contribution du secteur privé n’excédant pas 30 %.
Le Conseil pointe également un cadre institutionnel et juridique inachevé, marqué par la non-opérationnalisation de certaines dispositions de la loi n° 01.00, notamment la création de filiales universitaires dédiées à la valorisation de la recherche. Il souligne en outre le manque de dispositifs d’incitation efficaces, en raison de l’absence de mécanismes fiscaux et de cofinancement structuré entre universités et entreprises, ainsi que la faible efficacité des programmes d’appui aux startups et clusters innovants.
La coordination entre les différents acteurs publics, académiques et privés reste, selon le CESE, insuffisante. Le Conseil national de la recherche scientifique, créé en 2021, ne dispose pas encore des moyens nécessaires pour assurer un pilotage stratégique global. De plus, les collaborations entre recherche et industrie demeurent fragmentées, ce qui empêche la constitution d’un véritable écosystème d’innovation à l’échelle nationale.
Pour remédier à ces contraintes, le CESE appelle à la mise en place d’une stratégie nationale de recherche scientifique, de développement et d’innovation coordonnée, intégrée et alignée sur les priorités du pays. Parmi ses recommandations figurent la refonte de la loi n° 01.00 afin de renforcer l’autonomie des universités, et l’adoption rapide de ses textes d’application. Le Conseil préconise également un renforcement du financement de la recherche, avec un objectif de 3 % du PIB d’ici 2030, tout en incitant le secteur privé à investir davantage.
Le CESE propose la création d’un cadre spécifique pour les chercheurs à temps plein, incluant les doctorants et post-doctorants, assorti de mécanismes d’incitation et de rétribution adaptés. Il recommande aussi de renforcer le rôle du Conseil national de la recherche scientifique, chargé de coordonner et de suivre la stratégie nationale.
La valorisation de la recherche et de l’innovation entrepreneuriale constitue également un axe clé. Le CESE appelle à développer des filiales universitaires, des partenariats public-privé et des structures de type consortium, à l’image de MAScIR, capables de transformer les résultats de la recherche en solutions commercialisables. Enfin, il préconise une implication accrue des régions, notamment par la création de structures régionales de transfert technologique et d’incubation de startups issues de la recherche.
Par cet avis, le CESE plaide pour une mobilisation nationale en faveur d’une recherche appliquée et innovante, capable de soutenir la compétitivité de l’économie marocaine et d’accompagner sa transition vers un modèle de développement durable fondé sur la connaissance.
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