Economie
Le crowdfunding: la CGEM et la FSBF en parlent
30/04/2021 - 23:11
Imane Benichou
Donnant la parole à des directeurs généraux de banques, des responsables publics, des investisseurs, des gérants de start-up et des fondateurs de plateformes de crowdfunding, la CGEM et la FSBF ont discuté dans un webinaire le potentiel du crowdfunding au Maroc, l’état des lieux de sa réglementation et les attentes et perspectives des plateformes de crowdfunding.
Compte tenu de l’essor de l’économie collaborative, le crowdfunding est apparu comme un nouvel outil de financement pour mobiliser des fonds de la part des contributeurs à destination des entreprises. La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et la Fédération des secteurs bancaire et financier (FSBF), ont organisé ce jeudi 29 avril un webinaire sur ce dispositif sous le thème "Le Crowdfunding : un levier de développement de l'entrepreneuriat au Maroc ?».
Invité au premier panel de ce webinaire, Lotfi Sekkat, président de la FSBF a insisté sur la nécessité de multiplier les modes de financements au Maroc. "Notre devoir est de promouvoir ce mode auprès des pouvoirs publics. Le contexte que nous vivons aujourd’hui est un contexte de crise compliqué, mais qui offre en même temps des opportunités. Le crowdfunding trouvera certainement des gens à financer et bien sûr d’autres qui vont justement les financer", a-t-il déclaré.
Le coprésident du financement participatif africain et méditerranéen et fondateur de Cofundy et d’Afriqwity, Thameur Hamdane, a pour sa part affirmé que le crowdfunding est venu combler un vide dans la chaîne de financements dans pas mal de pays, notamment au Maroc, concernant des projets en phase de création, des projets qui présentent un niveau de risque élevé. "On voit très bien que le crowdfunding apporte de vraies solutions de financement pour ces projets et leur permet même de créer un effet de levier parce qu’une fois financés via le crowdfunding ces projets peuvent accéder aux financements bancaires", a-t-il précisé.
Interpellé sur le fonctionnement d’une plateforme de crowdfunding, Adnane Addioui, fondateur de la plateforme "wuluj" a expliqué qu’il s’agit d’un modèle économique qui repose sur la transaction, "un pourcentage et des services", et qu’il s’agit également de "modèles économiques très précaires".
"Beaucoup de plateformes ont des statuts d’entreprises sociales parce qu’elles font d’abord du don ou de la pré-vente. La plateforme de manière classique a des commissions, entre 8 et 13% et des services à valeurs ajoutées destinés aux porteurs de projets, à savoir des services de communication, de marketing digital et de productions vidéo", a-t-il expliqué.
Loi et textes d’application
Pour Zakaria Nachid, chef du service des instruments de financement au ministère de l’Économie et des Finances, la loi permet de mettre un cadre global de gestion des opérations du crowdfunding, à savoir le prêt, l’equity et le don. "La loi vient définir les droits et obligations de tous les intervenants dans le processus ou que ça soit la société de financement collaboratif, et où que ça soit la plateforme de financement collaboratif".
Interrogé sur les textes d’application, il a déclaré qu’on a profité de la crise pour anticiper la publication de la loi. "Nous avons consulté des experts juridiques pour notamment encadrer tout le dispositif réglementaire qui va venir par la suite. Les textes sont pratiquement bien avancés. On prévoit leur publication d’ici le 2e trimestre, mais le travail est en cours parce qu’il y a un processus d’adoption qu’il faut respecter, comme pour tout texte réglementaire au Maroc".
De son côté, Hicham Chmanti Houari, représentant de Bank Al-Maghrib dans ce webinaire, a souligné que ce projet de loi a bien recadré les activités et les responsabilités de chaque autorité de régularisation. "Par exemple, Bank Al-Maghreb est aujourd’hui celui qui donne l’agrément pour tous ce qui est plateforme, c’est lui qui contrôle", a-t-il dit.
"Nous suivons depuis très longtemps ce projet. Nous sommes très heureux de voir aujourd’hui sa publication et nous attendons avec impatience les textes d’application pour pouvoir démarrer une nouvelle phase de notre activité qui serait l’accompagnement et le lancement de nouvelles plateformes", a annoncé Eric Asmar, CEO de "happy Smala", également invité de ce webinaire.
Institutionnalisation du crowdfunding
Aujourd’hui, le monde assiste à une institutionnalisation du crowdfunding. C’est le constat que Thameur Hamdane, coprésident du financement participatif africain et méditerranéen, a établi, expliquant que même les institutionnels, les banques et autres, financent aujourd’hui des projets via les plateformes de crowdfunding. "Cela a même atteint jusqu’à 80% aux États-Unis et 40% en Europe. Les relations vont être très fortes demain entre les acteurs du crowdfunding et les acteurs de financement traditionnels", a-t-il aussi avancé.
Même son de cloche chez le directeur général de Crédit agricole, Abdelmounaim Dinia qui a affirmé que les banques doivent être des acteurs principaux et faire partie prenante de ce projet. "Globalement, il y a même matière à ce qu’ils s’investissent dans une démarche de meneur et de leader dans ce chantier afin de déclencher une dynamique nationale, à l’instar de ce qui s’est passé sur d’autres projets nationaux notamment les banques participatives qui s’appuient toutes sur des banques traditionnelles ou les établissements de paiement", a-t-il noté, ajoutant qu’un nouvel instrument est intéressant. "Bien évidemment, ça ne va pas bousculer le financement traditionnel, mais rapportera quelque chose de significative".
Risques
Ce nouveau dispositif de financement est par nature un dispositif qui est plus flexible et souple que les financements traditionnels. Pour Mouad Tanouti, directeur normalisation et affaires juridiques au sein de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), le crowdfunding doit donc garder cette caractéristique de flexibilité pour pouvoir se développer et fonctionner correctement. En revanche, il a annoncé que l’élément de risque est "plus important au regard de la nature des projets qui sont financés".
"Tout l’enjeu pour le régulateur et pour l’écosystème de façon générale est de trouver un bon équilibre entre la nécessité de garder cette flexibilité dans ce mode de financement et l’impératif de protéger les épargnants", a-t-il précisé.
Pour le représentant du ministère de l'Économie et des Finances, Zakaria Nachid, "il faut que tout contributeur ou investisseur prenne sa décision en toute prise de connaissance. La loi vient mettre l’accent sur ce point".
Toutefois, le directeur général de gestion globale des risques du CIH, Brahim Zekhnini, a souligné que dans le domaine du financement, il n’y a pas de différence plus particulière pour le crowdfunding et d’autres financements dans le cadre d’une banque classique. "Je pense que ce sont les mêmes risques, des risques de projets qu’on prend quand on finance. C’est le sérieux de la personne qui est en face qui est pris en considération. C’est une question de confiance", s’est-il exprimé.
Ce webinaire a été l’occasion de discuter le potentiel du crowdfunding au Maroc, l’état des lieux de la réglementation, les attentes et perspectives des plateformes de crowdfunding et les attentes et rôles des porteurs de projets et des investisseurs.
Rappelons qu’en février dernier, la chambre des représentants a adopté à l’unanimité, le projet de loi n°15-18 relatif au financement collaboratif. Ce nouveau cadre juridique établit un dispositif complet de régulation des activités de financement collaboratif. Objectif : contribuer à la mobilisation de nouvelles sources de financement en faveur des jeunes porteurs de projets, des très petites, petites et moyennes entreprises.
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