Politique
Le football à l’épreuve de la sagesse
23/01/2026 - 13:43
Jamal El Khanoussi
Lorsque le tumulte et la crispation se multiplient, lorsque le vacarme couvre la voix de la raison, la parole royale vient remettre les choses à leur juste place, ordonner la scène et en rétablir l’équilibre.
Une parole qui ne cherche ni à éteindre la joie ni à masquer un échec, mais à donner à l’événement son sens et ses limites. Le communiqué du Cabinet royal publié le 22 janvier 2026, à l’issue de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, accueillie par le Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, s’apparente ainsi à une relecture sereine et lucide de ce qui s’est produit. Il consacre les acquis réalisés et libère le débat de l’intrusion et de l’exaltation excessive. C’est un message politique et éthique qui dépasse largement le cadre du football.
Sa Majesté a choisi un vocabulaire différent de celui dicté par l’émotion et les réactions hâtives sous la pression de l’enthousiasme et de l’instant sportif : un vocabulaire de gratitude, de reconnaissance et de considération pour l’effort collectif. Car le message fondamental est que la valeur d’un événement ne se résume pas à son résultat final, mais à notre capacité, en tant que Marocains, à l’organiser avec maîtrise et à en faire une vitrine honorable parmi les grandes nations. Cette compétition continentale a été le miroir d’un pays qui a accumulé de l’expérience dans divers domaines et testé sa préparation à des défis plus vastes. Elle n’a jamais été, et ne sera jamais, le terrain d’un affrontement conjoncturel livrant place à des emportements gratuits.
Le communiqué du Cabinet royal établit un lien clair entre la réussite sportive et le saut qualitatif des infrastructures et de la politique sportive conduites par Sa Majesté. Il marque un passage explicite d’une logique de célébration ponctuelle à une logique de trajectoire et de continuité. Ce que le Maroc et les Marocains ont accompli dans le sport, les médias et les infrastructures stratégiques n’est pas une surprise émotionnelle, mais le fruit d’une vision royale clairvoyante. Les résultats remarquables ne sont pas le fruit du hasard : ils relèvent d’un projet aux contours précis. C’est un succès historique qui doit être lu comme l’indicateur d’un État capable de bâtir, d’investir et d’inscrire ses citoyens, partout dans le monde, au cœur d’un récit national fédérateur.
Le Maroc et les Marocains ont accueilli l’Afrique au sein même de leurs foyers et ont transmis, à travers leurs chaînes de télévision, la joie populaire et l’élan sportif d’une manière exceptionnelle, en tant que nation capable d’organiser et d’embrasser le continent avec tout l’amour et l’estime nécessaires. Le succès marocain est, en réalité, un succès africain dans son ensemble : que gagnerions-nous à transformer la joie africaine en occasion de discorde ?
L’Afrique n’est ni un espace subalterne ni une périphérie ; elle est une extension naturelle et, en même temps, un enjeu stratégique, civilisationnel et humain. C’est pourquoi le Cabinet royal insiste, dans son communiqué, sur le fait que le Maroc a été et demeurera un grand pays africain. L’identité n’est pas un slogan usé, mais une responsabilité que le Maroc assume avec sincérité et dévouement.
Le communiqué du Cabinet royal affirme enfin une vérité simple et profonde : une politique avisée ne se conduit pas sous le coup de l’émotion, et l’appartenance à l’identité africaine ne se mesure pas au bruit des tribunes, mais à la solidité des choix et à la profondeur des liens. À l’heure où certaines plateformes de dénigrement se livrent à la fabrication d’illusions, la sagesse royale rappelle l’essentiel : des partenariats solides, une confiance mutuelle et un destin commun. Tel est le cœur du message : au-delà du vacarme de l’instant, une nation avance, un continent capitalise sur ses expériences, et des relations que les dernières minutes d’un match de football ne sauraient ébranler.
Jamal El Khannoussi
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