Sport
Le football marocain, une passion qui se vit désormais en famille
08/07/2026 - 22:56
Morad Karakhi
Les tribunes combles ou les scènes de liesse populaire dans les rues ne suffisent plus à mesurer la profonde mutation du football au Maroc.
Ces dernières années, portée par la succession des performances des équipes nationales, l'émergence de nouveaux indicateurs sociaux confirme que le ballon rond n'est plus l'apanage de son public traditionnel.
Après l'épopée historique de l'équipe nationale A lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, suivie de l'éclat de la sélection féminine au Mondial, du sacre des U17 en Coupe d'Afrique, puis du titre de champion du monde des U20, jusqu'au récent parcours des Lions de l'Atlas en quarts de finale du Mondial 2026, l'appartenance à la « famille du football » transcende désormais le cercle des supporters habituels. Elle englobe aujourd'hui des catégories de la population qui ne suivaient auparavant les matchs que de manière épisodique ou lors d'occasions spécifiques.
Selon le sociologue Nabil Safi, cette transformation reflète des dimensions sociales qui dépassent le cadre purement sportif. Il souligne que le football est devenu un espace de revitalisation des liens familiaux et collectifs, les matchs s'étant mués en moments de communion rassemblant les différentes composantes de la société autour d'un symbole commun.
Dans une déclaration accordée à SNRTnews, le Dr Safi explique que « la famille, depuis les prémices de la socialisation, joue un rôle pivot dans le soutien de ses membres, l'encouragement des talents et la célébration des succès, car l'affect prime souvent sur la logique lorsqu'il s'agit de soutenir ses enfants et les valeurs ou ambitions qu'ils incarnent ».
Il ajoute que « les germes de l'affection et du sentiment d'appartenance demeurent profondément enracinés, même si certaines de leurs expressions s'estompent à des périodes données. Ils resurgissent sous de nouvelles formes dès qu'un cadre propice s'offre à eux, ce qui s'est manifesté de façon éclatante à travers le football ».
Du supportérisme saisonnier à l'intérêt permanent
Les répercussions des exploits sportifs ne se cantonnent pas aux résultats sur le rectangle vert ; elles redéfinissent la relation entre la société et le sport. Lorsque les sélections nationales deviennent une source de fierté collective, le suivi des matchs se transforme en une pratique sociale qui transcende les barrières générationnelles et sociales.
Au Maroc, ces réussites en série ont forgé un sentiment partagé de fierté, érigeant le suivi des matchs des équipes nationales en un rendez-vous familial par excellence. Les foyers se rassemblent devant les écrans de télévision, ou suivent les rencontres sur les places publiques et dans les fan-zones, un phénomène nettement plus prépondérant que par le passé.
Le Dr Safi affirme que « le sport constitue l'un des vecteurs majeurs ayant illustré le retour de la cohésion familiale, avec ce qu'elle comporte de solidarité, d'entraide et d'encouragement », estimant que le Mondial 2022 au Qatar a marqué un tournant décisif dans cette évolution, les mères s'affichant alors en première ligne des supporters de l'équipe nationale.
Il précise que la présence des mères ne relevait pas d'un simple soutien émotionnel, mais s'est érigée en symbole de l'énergie morale qui a accompagné les joueurs. Les images des internationaux marocains manifestant leur attachement à leurs origines et à leurs parents ont matérialisé un sens plus profond de l'appartenance, qui dépasse la victoire sportive pour toucher aux valeurs familiales et à la fidélité aux racines.
Au féminin, la ferveur prend une nouvelle dimension
Parmi les mutations les plus notables liées à ces performances figure la hausse significative de la présence féminine dans les espaces de supportérisme, que ce soit dans les stades, les fan-zones ou sur les plateformes numériques.
La femme marocaine n'est plus une simple accompagnatrice des membres de sa famille lors des matchs. Elle est devenue une supportrice avertie, maîtrisant les profils des joueurs, les schémas tactiques et les résultats, et participant activement aux débats sportifs quotidiens. Ce changement a également été stimulé par les succès des sélections féminines, qui offrent des modèles inspirants aux jeunes filles.
Ces dernières années ont également vu l'émergence d'une présence remarquable des grands-mères marocaines dans la célébration du Onze national. Des vidéos et photographies virales sur les réseaux sociaux les montrent suivant les matchs avec ferveur, scandant le nom des joueurs et vibrant au rythme des rencontres.
À cet égard, Dr Safi explique que « le supportérisme a glissé de la catégorie exclusive de la jeunesse pour devenir un comportement sociétal inclusif, auquel participent aînés et cadets, femmes et hommes, car le sport rassemble et l'amour de la patrie unifie ».
Il relève enfin que l'équipe du Maroc n'est plus seulement liée aux familles des joueurs ou à leur entourage immédiat, mais qu'elle incarne désormais « la grande famille marocaine ». L'accueil royal réservé aux membres de la sélection nationale accompagnés de leurs mères constitue l'illustration parfaite de cette symbolique, projetant aux yeux du monde la valeur de l'attachement à la famille et la fierté des origines.
Nabil Safi conclut en soulignant que le football s'est imposé comme l'une des vitrines de la force de la cohésion sociale marocaine, élevant le supportérisme sportif au rang d'expression d'appartenance et de joie collective.
Articles en relations
Sport
Sport
Sport
Sport