Economie
Le marché immobilier marocain en recul durant l’été 2025: La baisse de la demande inquiète les professionnels
08/08/2025 - 10:53
Ouiam Faraj | Mohammed Fizazi
Le marché immobilier marocain traverse une période de repli significatif durant l’été 2025, marquée par une baisse tangible de la demande, en comparaison avec les années précédentes. Ce recul, observé par les professionnels du secteur, survient dans un contexte où les prix des logements, notamment dans les grandes villes, poursuivent leur tendance haussière
Selon Adel Bouhaja, responsable au sein de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers, les transactions immobilières ont nettement diminué au cours de la saison estivale actuelle. Il attribue principalement cette situation à l’absence remarquée des Marocains résidant à l’étranger, qui ne se sont pas engagés dans l’achat de biens immobiliers comme c’était le cas les années passées. "Le secteur connaît habituellement un regain d’activité grâce aux Marocains du monde, mais cette année a déçu toutes les attentes", a-t-il déclaré à SNRTnews, soulignant l’impact direct de cette baisse de fréquentation sur les ventes.
M. Bouhaja précise néanmoins que les projets bénéficiant du programme de soutien direct au logement continuent d’enregistrer une demande soutenue, en particulier dans les petites villes. En revanche, leur impact reste limité dans les grandes métropoles comme Casablanca, où les problématiques structurelles du marché immobilier restent plus marquées.
Pour sa part, l’économiste spécialiste en habitat et en urbanisme Driss El Fina confirme une baisse préoccupante de l’activité dans le secteur immobilier. Il évalue le recul des transactions entre 20 % et 30 %, en lien direct avec la conjoncture économique défavorable dans les pays d’accueil des Marocains de l’étranger. "Les facteurs saisonniers qui, habituellement, soutiennent le marché n’ont pas joué leur rôle cette année", indique-t-il, citant notamment l’inflation et l’érosion du pouvoir d’achat qui affectent les capacités d’investissement des membres de la diaspora.
M. El Fina avertit également que cette baisse conjoncturelle pourrait évoluer vers une crise structurelle plus profonde. Il décrit un secteur en perte de vitesse, après avoir longtemps représenté un pilier de l’investissement et de l’emploi au Maroc. Selon lui, le marché traverse "sa phase la plus fragile depuis le début des années 2000", et les signaux actuels laissent présager une transformation de la crise en déséquilibre structurel durable, dépassant largement les simples variations saisonnières.
Parmi les causes avancées, El Fina évoque en premier lieu la rareté des terrains aménagés disponibles dans les zones urbaines, ce qui fait mécaniquement grimper les coûts de construction et réduit l’attrait des projets. Il souligne aussi l’extension des projets vers des zones périphériques ne disposant pas des infrastructures de base, ce qui limite leur viabilité économique. Enfin, il pointe le manque de diversification dans l’offre immobilière : celle-ci reste concentrée sur les logements destinés aux couches sociales les plus modestes, alors que les projets ciblant la classe moyenne, avec des exigences de qualité et de confort, sont quasiment absents du marché.
Adel Bouhaja partage ce constat et ajoute que les prix des terrains à bâtir ont connu une hausse significative ces derniers mois. Cette évolution s’est répercutée directement sur le marché, entraînant une augmentation généralisée des prix de l’immobilier, en particulier dans les grandes villes. Il observe par ailleurs que, bien que l’offre soit actuellement supérieure à la demande, les prix ne connaissent pas pour autant de baisse notable.
En parallèle, les données officielles confirment cette tendance au ralentissement. Le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville a fait état d’une baisse des ventes de ciment destiné au secteur du bâtiment. Ces ventes ont reculé de 0,94 % pour atteindre 236 000 tonnes, malgré une hausse cumulée de 11,03 % enregistrée à fin juillet.
Face à ces évolutions, les promoteurs immobiliers insistent sur la nécessité d’un rééquilibrage entre les objectifs de rentabilité économique et les exigences de l’intérêt social. Ils appellent à des mesures permettant de préserver le rôle stratégique du secteur immobilier, considéré comme l’un des moteurs essentiels du développement économique et social du pays.
Articles en relations
Economie
Technologie
Economie
Economie