Art & Culture
Le marché mondial de l'art en berne lors d'une année 2024 agitée
10/03/2025 - 11:34
AFP
Conflits en Ukraine et au Proche-Orient, incertitude politique aux Etats-Unis... Refroidi par la conjoncture, le produit mondial des ventes aux enchères d'oeuvres d'art a chuté de 33,5% en 2024 à 9,9 milliards de dollars, son plus bas niveau depuis 2009, révèle le rapport annuel Artprice publié lundi.
Le manque d'oeuvres de grande valeur, combiné à un contexte économique difficile, a entraîné un repli de 29% à New York, 28% à Londres et 21% à Hong Kong et Paris.
"Pour autant, le volume d'oeuvres vendues atteint un record avec plus de 800.000 transactions (+5%), qui compense cette baisse et assure au marché de l'art une liquidité", détaille à l'AFP le Français Thierry Ehrmann, à la tête d'Artprice, leader mondial de l'information sur le marché de l'art.
"Les grands collectionneurs sont restés sur la réserve, y compris pour des figures majeures comme Mark Rothko, Jasper Johns, Ellsworth Kelly ou Jean-Michel Basquiat". Idem pour Pablo Picasso avec des ventes mondiales divisées par deux en 2024, à 223 millions de dollars, selon le rapport.
"Les transactions de Fine Art (peinture, sculpture, dessin, photographie, estampe, vidéo, installation, tapisserie et NFT) se sont raréfiées à mesure que les gammes de prix s'élevaient. À l'inverse, l'activité autour des oeuvres abordables a connu une effervescence sans précédent, plus de la moitié trouvant preneur pour moins de 600 dollars", ajoute M. Ehrmann.
Les ventes en ligne ont attiré un public diversifié et jeune (39 ans d'âge moyen contre 63 en 1995), séduit par l'innovation et la création numérique, ainsi que des oeuvres moins onéreuses (1.000 à 5.000 dollars).
L'intelligence artificielle (IA) a aussi fait "une entrée historique" sur le marché de l'art avec une toile réalisée par un robot humanoïde autonome Ai-Da.
Ce portrait du mathématicien anglais Alan Turing s'est vendu pour un million de dollars, presque dix fois son estimation basse.
"Ces enjeux redessinent les contours du marché car les oeuvres issues de l'IA, outil adopté par une nouvelle génération d'artistes, s'imposent de manière croissante dans les salles de ventes", selon M. Ehrmann.
Par pays, 2024 est marqué par un effondrement des ventes en Chine, à 1,8 milliard de dollars (-63%) contre 4,9 milliards de dollars en 2023.
Le pays rétrograde au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis (3,8 milliards de dollars), à égalité avec l'Union européenne (1,8 milliard de dollars), devant le Royaume-Uni (1,4 milliard de dollars) et la France (732 millions de dollars).
Avec 648 millions de dollars de chiffre d'affaires, Paris remonte à la quatrième place devant Shanghai (167 millions de dollars) et Pékin (623 millions de dollars) et derrière New York (3,4 milliards de dollars), Londres (1,4 milliard de dollars) et Hong Kong (830 millions de dollars).
Les maisons de vente Christie's et Sotheby's Paris concentrent plus de 50% du marché français (380 millions de dollars) et les ventes les plus prestigieuses, comme "Le Melon entamé" de Chardin (1760), vendu 28,9 millions de dollars chez Christie's, plus du double de son estimation haute.
L'Inde s'impose progressivement avec des artistes contemporains et se classe au 10e rang mondial avec un total de 113,8 millions de dollars, derrière le Japon (120 millions de dollars).
Le prix record pour une oeuvre d'art en 2024 revient au Belge René Magritte avec "L'empire des Lumières" (1954), vendu 121 millions de dollars (contre 139 millions pour Picasso en 2023). Porté par les 100 ans du surréalisme, Magritte totalise 312 millions de dollars de ventes annuelles.
Le pop art américain affiche un nouveau record à 68 millions de dollars pour Ed Ruscha, né en 1937.
Le sculpteur français François-Xavier Lalanne fait une ascension fulgurante et intègre le top 10 mondial avec 106 millions de dollars, derrière Alberto Giacometti (115 millions).
La Japonaise Yayoi Kusama, 95 ans, connue pour son obsession des pois, se hisse à la 6e place du top 500 des performances aux enchères avec 158 millions de dollars de ventes mondiales, devenant la première femme du top 10 mondial de ces mêmes ventes.
Les femmes artistes représentent 48,5% des nouveaux entrants dans les ventes, contre 8% en 2005. Avec 12,6% des artistes représentés dans le top 500, elles battent un nouveau record mais leur présence reste marginale dans les classements mondiaux.
À ce jour, l'oeuvre la plus onéreuse d'une artiste aux enchères revient à l'Américaine Georgia O'Keeffe avec 44,4 millions de dollars en 2014. Aucune femme n'a franchi le seuil des 50 millions, dépassé plus de 150 fois par des hommes.
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