Société
Interdiction de la poterie au goudron: Pourquoi est-ce un danger pour la santé?
02/07/2026 - 11:00
Khawla Znaizini
Le Secrétariat d'État chargé de l'Artisanat, de l'Économie sociale et solidaire s'attèle à l'élaboration d'une norme d'application obligatoire. Celle-ci permettra aux contrôleurs d'intervenir pour saisir et interdire les produits non conformes.
Le goudron (qatran) est lié depuis des décennies à un certain nombre de pratiques et d'habitudes héritées au sein de la société marocaine, qu'il s'agisse de son utilisation dans des recettes populaires ou pour la décoration des ustensiles en poterie destinés à la conservation et à la consommation de l'eau, partant d'une croyance répandue selon laquelle il leur confère des propriétés bénéfiques pour la santé et préserve leur qualité. Cependant, ces croyances commencent à reculer face aux résultats d'études et d'analyses scientifiques qui ont révélé des risques sanitaires pouvant découler de l'utilisation de cette substance dans des produits destinés au contact alimentaire.
Dans ce contexte, le Secrétariat d'État chargé de l'Artisanat, de l'Économie sociale et solidaire a décidé d'interdire l'utilisation du goudron dans la fabrication des ustensiles en poterie destinés à un usage alimentaire, après que des analyses de laboratoire ont démontré que plusieurs échantillons comprenaient des taux élevés de produits chimiques et de métaux lourds dépassant les limites autorisées par les normes de sécurité sanitaire, et susceptibles de migrer vers les aliments et les boissons, constituant ainsi un danger pour la santé des consommateurs.
Les résultats des analyses ont révélé la présence de métaux lourds, notamment l'aluminium, le cobalt, le mercure et l'arsenic, en plus de composés d'hydrocarbures aromatiques polycycliques et de composés plombifères.
Ceux-ci indiquent que ces substances s'accumulent progressivement à l'intérieur de l'organisme et peuvent être liées, en cas d'exposition continue, à des complications sanitaires touchant le système nerveux, le foie et les reins, ainsi qu'à des troubles digestifs, tandis que certains de ces composés sont classés parmi les substances cancérigènes.
Sera-t-il retiré des marchés ?
Dans ce cadre, Moha El Reech, directeur de la préservation du patrimoine, de l'innovation et de la promotion au Secrétariat d'État chargé de l'Artisanat, de l'Économie sociale et solidaire, a expliqué que la décision s'inscrit dans le cadre d'une politique visant à protéger la santé du consommateur et à élever la qualité des produits de l'artisanat, indiquant que le Secrétariat d'État a entamé des campagnes de sensibilisation au profit des producteurs et des consommateurs concernant les risques de l'utilisation du goudron dans les ustensiles en poterie destinés à un usage alimentaire, en attendant le parachèvement du cadre juridique régissant cette opération.
M. El Reech a ajouté, dans une déclaration à SNRTnews, que le Secrétariat d'État travaille à l'élaboration d'une norme d'application obligatoire propre à ce type de produits, qui constituera la référence juridique permettant aux contrôleurs d'intervenir pour saisir et interdire les produits non conformes.
Il a souligné que le secteur adopte actuellement 440 normes spécifiques aux produits de l'artisanat, dont 13 normes d'application obligatoire, dont le respect est suivi par des contrôleurs assermentés à travers des campagnes périodiques comprenant les unités de production, les points de vente et les marchés, où des échantillons de produits sont prélevés et soumis à des analyses de laboratoire pour s'assurer de leur conformité avec les critères adoptés, avant de prendre des mesures de retrait ou d'interdiction le cas échéant.
Il a affirmé que la nouvelle norme déterminera avec précision les caractéristiques techniques à respecter, les critères de conformité, ainsi que la méthodologie de prélèvement des échantillons et de leur analyse au sein de laboratoires spécialisés, garantissant ainsi un contrôle basé sur des fondements scientifiques et juridiques clairs.
Il a également insisté sur le fait que l'objectif de ce processus ne se limite pas à la protection de la santé du consommateur, mais englobe aussi la préservation de la qualité de la poterie marocaine, la sauvegarde de sa réputation et le renforcement de sa compétitivité sur les marchés nationaux et internationaux.
Dans ce cadre, le Secrétariat d'État a appelé les différents intervenants à organiser des campagnes de sensibilisation et d'éveil au profit des artisans et professionnels exerçant dans le secteur de la poterie et de la céramique, particulièrement les producteurs d'ustensiles destinés à un usage alimentaire, tout en les accompagnant durant la phase de transition vers des alternatives plus sûres, de manière à préserver le caractère esthétique et patrimonial de la poterie marocaine sans porter atteinte à la sécurité du consommateur.
Risques sanitaires à long terme
De son côté, la spécialiste de la nutrition Asmae Zriouel a affirmé que le goudron n'apporte aucune valeur nutritionnelle ou sanitaire, qu'il soit naturel ou frelaté, indiquant que la croyance dans les bienfaits de la consommation d'eau issue d'ustensiles enduits de cette substance n'est qu'une habitude héritée qui ne repose sur aucun fondement scientifique.
Elle a ajouté, dans une déclaration à SNRTnews, que le goudron en circulation actuellement est souvent frelaté et mélangé à d'autres substances qui augmentent sa dangerosité, expliquant que l'utilisation répétée de cette substance peut entraîner l'accumulation de métaux lourds à l'intérieur du corps, lesquelles substances peuvent s'infiltrer dans les aliments et les boissons, en particulier lors de l'utilisation d'ustensiles avec des aliments chauds ou de nature acide.
La spécialiste de la nutrition a affirmé que la consommation de ces substances peut causer des maladies qui apparaissent à long terme sans que les personnes ne les lient directement à la consommation de goudron.
Mme Zriouel a souligné que les enfants et les personnes atteintes de maladies chroniques comptent parmi les catégories les plus exposées aux complications, car les métaux lourds affectent l'absorption des éléments minéraux essentiels dont le corps a besoin, de même qu'ils peuvent influer négativement sur le système nerveux et les capacités mentales chez les enfants, en plus de leur impact sur le foie, les reins et le système digestif.
Les avertissements de l'experte en nutrition ne se sont pas limités à l'utilisation du goudron dans les ustensiles en poterie, mais ont également inclus ses autres utilisations traditionnelles à des fins esthétiques ou thérapeutiques, que ce soit sur les cheveux ou la peau ou dans certaines recettes populaires, affirmant que l'utilisation répétée, surtout lorsqu'il est mélangé à d'autres substances, peut causer des irritations cutanées et des allergies, et que sa dangerosité augmente si la substance est frelatée.
Une culture de consommation héritée
Pour sa part, le médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, Tayeb Hamdi, a considéré que la décoration de la poterie au goudron est une pratique traditionnelle ancienne, mais que les résultats des études médicales modernes ont prouvé que l'utilisation de cette substance dans les produits liés à l'alimentation constitue un risque réel pour la santé humaine.
Le Dr Hamdi a expliqué, dans une déclaration à SNRTnews, que les métaux lourds présents dans le goudron, tels que l'arsenic et l'aluminium, peuvent affecter le système nerveux et le cerveau, et peuvent causer, avec une exposition continue, des maladies touchant le foie et les reins, pouvant aller dans certains cas jusqu'à l'insuffisance rénale, en plus du lien entre certains de ses composants et l'augmentation du risque d'atteinte par le cancer.
Il a indiqué que la décision d'interdiction ne vise pas seulement à protéger le consommateur, mais comprend également la protection des artisans traditionnels qui manipulent directement cette substance durant le processus de production, en plus de la préservation de la réputation de la poterie marocaine et du renforcement de sa compétitivité sur les marchés nationaux et extérieurs.
Le Dr Hamdi estime que changer certaines habitudes liées à l'utilisation du goudron ne sera pas facile, compte tenu de leur lien avec le patrimoine populaire, puisque le retrait de ces produits des marchés et le renforcement de la sensibilisation scientifique à leurs risques constituent une étape essentielle pour limiter l'exposition à ces substances toxiques, et ancrer une culture de consommation basée sur la sécurité sanitaire, sans renoncer à la valeur de l'artisanat traditionnel marocain ou à son identité.
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